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Architecte et Urbaniste de l'Etat
Docteur en aménagement, en urbanisme et en études urbaines
Chercheure

Mes publications

Ouvrages

 

DE MEYERE, A., POULAIN, F, La reconstruction dans l'Oise, Éditions de la direction départementale des Territoires de l'Oise, décembre 2010 (à paraître), 350p.

POULAIN, F, Les Ateliers d'urbanisme Associatifs, Éditions de la direction départementale des Territoires de l'Oise, juillet 2010, 229p.

DE MEYERE, A., POULAIN, F. Le Millefeuille de l'Oise, Éditions de la direction départementale des Territoires de l'Oise, octobre 2010, 160p.

DE MEYERE, A., POULAIN, F, Manuel des Territoires de l'Oise, ou comment territorialiser le Grenelle de l'Environnement, Éditions de la direction départementale de l'Equipement et de l'Agriculture de l'Oise, janvier 2010, 500p.

POULAIN, F, Le camping aujourd'hui en France, entre loisir et précarité, Éditions de la direction départementale de l'Equipement et de l'Agriculture de l'Oise, septembre 2009, 172p.

POULAIN, F., POULAIN, E.,  L'Esprit du camping, Cheminements, 2005 , Éditions Cheminements, octobre 2005, 312p.

POULAIN, F.,  Le guide du camping-caravaning sur parcelles privées, Cheminements, 2005 (disponible sur le site de cheminements) , Éditions Cheminements, juin 2005, 128p.

COSSET, F., POULAIN, F., Ma cabane en Normandie, CRéCET, 2002 , Chalets, petites maisons et mobile homes du bord de mer, Coll. Les carnets d’ici, Centre Régional de Culture Ethnologique et Technique de Basse Normandie, 2002, 64p. ISBN 2-9508601-7-6 (br.)

 

Ouvrages collectifs

BOISSONADE, J., GUEVEL, S. POULAIN, F. (sous la dir.), Ville visible, ville invisible, Éditions l'Harmattan, 2009, 185p.

DE MEYERE, A. (sous la dir.), 2009, l'aménagement durable des territoires de l'Oise, Éditions de la direction départementale de l'Equipement et de l'Agriculture de l'Oise, 2009, 184p.

DE MEYERE, A. (sous la dir.), L'Oise, territoire 2008, Éditions de la direction départementale de l'Equipement de l'Oise, 2008, 127p.

 

Articles parus dans Études Foncières (2000-2009),Le Moniteur (2005), Espaces, Tourisme et Loisirs (2005- ), Les Cahiers de la Recherche Architecturale et Urbaine (2004), Territoires (2004), Le Caravanier, camping-caravaning (2004), Cahiers Espaces (2001-2003), Labyrinthe (2001), Urbanisme (2000).

 

Actes de colloques parus dans Changement climatique et prévention des risques sur le littoral, MEDAD (2007)  « Camper au XXIe siècle, ou le paradoxe du mouvement arrêté »  (2007) Identités en errance. Multi-identité, territoire impermanent et être social, BOUDREAULT, P-W, JEFFREY, D., (sous la dir.), Petites machines à habiter, Catalogue de l’exposition du concours « Home sweet mobile home ou l’habitat léger de loisirs », Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement de la Sarthe, (2004), « Le camping-caravaning sur parcelles privées, étude des effets réels d’une réduction des droits d’usage attachés au droit de propriété ».Droits de propriété, économie et environnement : le littoral, IVème conférence internationale (2004), FALQUE, M. et LAMOTTE, H., (sous la dir.).

 

 

Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 21:24

 

42Le camping-caravaning sur parcelles privées peut être défini comme l'occupation d'une parcelle, par le biais d'une location ou d'une acquisition, par un habitat de plein air qu'il s'agisse d'une tente, d'une caravane, d'un mobile home ou d'un camping-car en dehors d'un terrain de camping autorisé.

Il existe environ 250.000 parcelles campées en France, dont plus de 125.000 uniquement dans une bande littorale de 15km. Ces chiffres sont conséquents et pourtant il est nécessaire d'affirmer dès à présent qu'ils sont issus des recherches personnelles et d'un long travail sur le terrain de comptage et d'accumulation de données communales ou départementales qu'il est possible de trouver dans certaines études spécialement réalisées sur ce thème. Car pour savoir si vous connaissez cette pratique, voici la première question qu'il est possible de poser : « avez-vous remarqué ces caravanes ou mobile homes dissimulés derrière des haies bien taillées ? » et la seconde « savez-vous s'ils ont le droit d'être là ou pas? ».

 

 

Avant de pouvoir répondre à ces questions, arrêtons-nous quelques instants sur la manière dont le camping-caravaning sur parcelles privées se répand sur le territoire. Il existe trois techniques d'implantation sur le territoire.

La première est celle qui correspond à son sens premier -en tout cas celui que lui a donné le législateur- à savoir la mobilité. La caravane ou la tente s'implantent le temps des vacances, soit moins de trois mois consécutifs ou non, et laissant le terrain nu à la fin de la saison. Cela peut même avoir des avantages pour certains agriculteurs qui louent leurs parcelles l'été et qui les cultivent pendant le reste de l'année. Cette mobilité est favorisée par le développement de lieux d'hivernage ou de garage mort de caravanes souvent organisés par les agriculteurs du coin qui mettent à disposition contre rémunération un bout de hangar et qui, avec leur engin, tractent la caravane jusqu'à son lieu de repos hivernal. Cette première pratique se développe dès la fin des années 1970 et la mise en oeuvre de la politique de résorption du camping sauvage sur les côtes.

à cette époque, il n'est pas venu à l'esprit des campeurs de laisser leurs habitats qu'ils avaient payés fort cher sur leur parcelle l'hiver sans surveillance et surtout sans protection face aux intempéries. Cette pratique existe toujours aujourd'hui dans deux cas assez précis, le premier est lié à la présence de risques, d'inondations par exemple, qui conduisent les campeurs à enlever leur caravane durant les mois les plus sensibles -même si on s'aperçoit au bout d'un temps qu'ils préfèrent parfois mettre leur caravane sur des pilotis- et le second est lié à la présence d'un maire qui n'admet pas que les caravanes demeurent plus de trois mois sans autorisation et qui fait respecter la loi. Ce second cas est rare, mais il est précieux, car il démontre que le respect de la réglementation est possible.

La seconde est liée à un mouvement naturel de sédentarisation. à partir du milieu des années 1980, les habitats de plein air achetés neufs en France vieillissent et ceux achetés d'occasion en provenance directe d'Angleterre, comme les premiers modèles de mobile homes, commencent à décliner. Le matériel n'est plus en capacité de réellement supporter des voyages jusqu'au domicile des campeurs ni réellement jusqu'au lieu d'hivernage, d'autant que ce dernier est payant. Les habitats restent alors sur les parcelles.

Or, la caravane ou le mobile home sont supportés par une structure en acier qui rouille assez rapidement notamment lorsqu'elle est soumise aux vents salés du bord de mer. Les campeurs se voient alors dans l'obligation de « soutenir » leur habitat de loisir par des vérins ou des moellons, et lorsque c'est la structure extérieure ou la toiture qui subit les affres du temps et du climat, c'est une seconde peau qui est alors réalisée. Une fois édifiée, il est même parfois difficile de distinguer l'habitat de plein air originel.

Dans un mouvement parallèle, les campeurs commencent à aménager leur parcelle, qui devient alors leur premier ou second jardin, et leur désir d'appropriation grandit.

C'est alors la troisième technique d'essaimage qui prend le relais avec la fusion du camping-caravaning sur parcelles privées et du phénomène de cabanisation. Entendons-nous bien, la cabanisation correspond à la réalisation d'habitats plus ou moins précaires avec des matériaux de récupération. L'habillage d'une caravane ou d'un mobile home par une nouvelle peau, même faite en matériaux de récupération, ne correspond pas complètement à la définition de ce qu'est la cabanisation. Néanmoins, le parallèle est souvent fait et peut être véridique dès lors que l'habitat de loisir ne correspond plus qu'à un faible pourcentage de l'habitat dans son ensemble. Il est ainsi possible de se rendre sur des parcelles où il existe environ 6 à 7 petites structures accolées pouvant former un ensemble de 120m² environ mais dont seule une structure correspond à un mobile home.

Par ailleurs, ce qui est proche de la cabanisation est la manière dont les campeurs appréhendent leur jardin et leur habitat. L'appropriation est extrêmement forte et il existe une forme d'identification entre le campeur et sa parcelle, d'autant plus lorsqu'il s'agit de sa propriété et qu'il n'en possède pas d'autres ou plutôt, pas d'autres à usage de loisir.

 

Le camping-caravaning sur parcelles privées peut alors être défini par 5% de caravanes mobiles et environ 95% d'habitats sédentarisés. Les deux peuvent également se conjuguer c'est-à-dire qu'il est possible d'avoir une parcelle occupée par un agrégat d'habitats sédentarisés et que l'un des enfants vienne avec sa caravane mobile pour passer un mois l'été. Néanmoins, cette mobilité n'est pas à prendre en compte puisque l'important est de savoir si, à la fin de la saison, la parcelle retrouve son usage autorisé.

Car, et c'est là que le bât blesse, le législateur a prévu pour cette forme de loisir que les habitats restent mobiles et qu'ils demeurent moins de trois mois sur les parcelles sans qu'il soit besoin de demander d'autorisation. Dans le cas où les campeurs souhaitent que leurs habitats, toujours mobiles, demeurent plus de trois mois, il est nécessaire de demander et d'obtenir une autorisation. Mais il faut également que la parcelle ne soit pas soumise à une interdiction nationale empêchant le stationnement de caravane, comme la proximité avec un point de captage d'eau potable ou avec un monument historique ou à une interdiction communale qui peut limiter ou interdire le stationnement.

L'objet n'est pas ici de décrire avec force de précision les règles inscrites dans le code de l'urbanisme ou dans les documents d'urbanisme locaux ; mais il faut retenir que le stationnement d'une caravane moins de trois mois est autorisé sauf interdiction spécifique, et que pour une durée supérieure, il est nécessaire d'obtenir une déclaration préalable. Ajoutons par ailleurs que, pour le code de l'urbanisme, le camping-car est une caravane et que le mobile home a été réaffirmé comme ne pouvant être implanté qu'à l'intérieur de terrains de camping autorisés et que son usage en dehors de ces structures autorisées n'est pas possible. Mais la possibilité de pouvoir implanter ou non un habitat de loisir n'est pas la seule source réglementaire qu'il est nécessaire de vérifier.

Dans la majeure partie des cas, soit environ à 80% des parcelles visitées, les campeurs, et surtout leurs installations, se trouvent en infraction au titre du code de l'urbanisme pour dépassement de la durée de trois mois, pour construction sans permis de construire, pour implantation dans une zone où seules sont autorisées les activités agricoles ou la préservation de la nature ou dans une zone soumise à un risque d'inondation, d'incendie ou de submersion, ou au titre du code de l'environnement pour rejet d'effluents non autorisés... mais aussi pour implantation dans le périmètre d'un monument historique... Bref, il est souvent rapide de cumuler 4, 5 voire 8 infractions pour la même caravane ou le même mobile home.

Or, 80% de 250.000 parcelles conduit à mettre plus de 200.000 familles en infraction pénale.

 

 

Dans la plupart des cas, le phénomène du camping-caravaning sur parcelles privées n'est appréhendé ni dans sa globalité ni dans sa complexité. Et cela donne lieu à une gestion, disons, trop logique du problème ce qui entraîne que les solutions potentielles soient prises à l'envers.

La première solution pour résorber conduit à appréhender le camping-caravaning sur parcelles privées comme une pratique globalement illégale qu'il faut verbaliser.

Les verbalisations commencent et touchent de manière émiettée des campeurs sur parcelles privées. Après quelques mois d'instruction, le procureur de la République du secteur constate qu'il s'agit-là, non pas réellement de délinquants, mais plutôt de couples âgés environ de 60 à 80 ans, que les infractions ne sont ni graves, ni exceptionnelles et que leur passage au Tribunal de Grande Instance à l'instar de délits tels que braquages ou viols interpelle. Par ailleurs, le nombre de dossiers est considérable et il est parfois complexe de faire respecter le principe d'égalité des citoyens devant la loi lorsque de nombreuses années sont nécessaires pour épurer toutes les verbalisations réalisées.

Le procureur remarque également que, dans la plupart des cas, les habitats mobiles de plein air ont été sédentarisés depuis plus de trois ans par leurs propriétaires ce qui conduirait, sans préjuger de la décision des juges, à un non-lieu. Il opère alors un classement sans suite en constatant la prescription triennale de l'action publique. En effet, si la puissance publique n'a pas verbalisé dans les trois ans qui ont suivi la sédentarisation -et donc l'arrêt de l'infraction pour stationnement de plus de trois mois- il n'est plus possible de demander à la personne d'enlever son habitat de loisir à la condition expresse que son bien ne fasse pas l'objet de modifications substantielles. Il lui est donc possible de changer une porte ou de repeindre son extérieur mais il ne peut changer toute sa toiture en une seule fois. Cela nécessite également que des photos soient réalisées tous les deux ans et demi environ.

Les résultats de la verbalisation conduisent à ce que 0,02% des parcelles en infraction reviennent à leur usage légal par an ce qui démontre la faible efficacité de cette solution. Pour comprendre ce chiffre et au-delà des questions de prescription triennale, il arrive parfois que les campeurs soient condamnés à enlever leur caravane mobile mais non leurs cabanons ou leurs habitats sédentarisés. En fait, la parcelle reste campée.

A priori, la verbalisation est à réserver plutôt à la fin des procédures mais non au début. C'est sans aucun doute par le dialogue avec les campeurs qu'il est nécessaire de débuter, car tous et toutes savent qu'ils sont en infraction, et les articles dans la presse ou même leur regroupement en une Fédération Française de Camping-Caravaning sur Parcelles Privées le confirment.

La seconde idée reçue concernant le traitement de l'illégalité du camping-caravaning sur parcelles privées est celle qui, constatant la sédentarisation des installations, conduit à préconiser la création de Parc Résidentiel de Loisirs (PRL) car ces derniers peuvent accueillir 100% d'habitats légers de loisirs. Ces structures sont assez luxueuses et il en existe moins d'une centaine en France contre quelques 9.500 terrains de camping. En fait, ce qui conduit à ce que les Parcs Résidentiels de Loisirs soient peu nombreux est qu'il est nécessaire que les promoteurs réalisent tous les aménagements avant de pouvoir vendre le foncier, ce qui nécessite des investissements considérables qui ne sont pas réalistes par rapport à la résorption du camping-caravaning sur parcelles privées.

La troisième est liée à la relocalisation des campeurs, souvent un peu plus loin de l'endroit touristique où ils se trouvent de manière illégale, par des échanges gratuits de type « remembrement » ou par des échanges avec la nécessité pour le campeur d'ajouter un petit apport financier pour financer les réseaux, un assainissement aux normes... soit ce dont ils ne disposaient pas forcément dans leur précédente parcelle.

Mais cette solution ne fonctionne guère car les municipalités, pour rentrer dans leurs frais, ouvrent parfois l'achat de ces parcelles à tous ceux qui le souhaitent. Cela conduit à ce que les campeurs déjà en place, en hésitant un peu longuement car n'étant pas sûrs de vouloir réellement partir de « leur » parcelle, n'aient plus d'emplacements le jour où ils se décident réellement parce que, pendant ce temps, les parcelles ont été acquises par d'autres personnes. Cela multiplie le phénomène. De plus, les campeurs, qui n'avaient pas les moyens dans les années 1970 ou 1980 d'acheter une parcelle constructible, ne sont toujours pas capables aujourd'hui d'acheter une parcelle aménagée située à quelques kilomètres de la mer ou des sites touristiques, tant la pression immobilière a progressé. Se pose alors la question de l'équité entre les citoyens, car dans quelle mesure une collectivité peut-elle accepter de relocaliser des campeurs à fonds perdus ?

Il faut noter qu'en vingt ans, seule une vingtaine d'opérations de résorption a réellement abouti et principalement grâce à la quatrième solution.

Cette dernière solution consiste en la création de terrain de camping 1 étoile grand confort. Cela permet de créer des petits terrains de camping en copropriété de 35 emplacements où il est autorisé d'implanter 35 mobile homes qui peuvent se sédentariser ou habitats légers de loisirs. Cela résout dans un premier temps toutes les questions liées à la sédentarisation des habitats et à la présence de mobile homes. Cela permet également de constituer de petits syndics de copropriétés capables de gérer des espaces communs de faibles dimensions mais également et c'est parfois le point d'achoppement, le sanitaire commun. En effet, si la dénomination « grand confort » induit que toutes les parcelles sont desservies par les réseaux d'eau, d'électricité et d'assainissement, il est toutefois exigé par la réglementation qu'un sanitaire commun soit créé. C'est bien là où le dialogue instauré au départ, et qui a pu conduire à ce que les campeurs acceptent ce type de solutions, sert car il permet de montrer les usages possibles comme par exemple le nettoyage du matériel de pêche et la fermeture par une clé fournie exclusivement aux campeurs de ce terrain de camping particulier.

 

 

La complexité du camping-caravaning sur parcelles privées est globalement celle du camping en général. Comment penser à la base qu'il existe tant de parcelles campées que personne ne voit réellement et que leur « traitement » ou leur « régularisation » est si compliquée ? C'est en partie lié au fait que le camping est une pratique invisible. La société, en en faisant son alter ego, lui a également fourni les moyens de ne pas être vu.

Cette invisibilité a même généré son propre système de masques, car le camping-caravaning sur parcelles privées bénéficie de formes très diverses mais toutes concomitantes de tolérance.

Une forme de tolérance émerge juste après les premières verbalisations. En effet, dès les premières verbalisations, la puissance publique dans son ensemble s'aperçoit -ou plutôt ressent- les difficultés à venir. Elle décide alors de lancer une ou plusieurs études pour comprendre le phénomène. Ces études mettent quelques mois voire quelques années à être réalisées et leurs auteurs, bien souvent non spécialistes du sujet, proposent l'une des quatre solutions décrites précédemment en commençant par les plus logiques, donc les plus irréalistes. Cela conduit à ce que le projet démarre avec des chances de réussite quasi nulles mais permet au cycle de l'invisibilité de faire son oeuvre. à un moment donné, le sens même de la solution commence à être masqué par les difficultés générées par la solution elle-même. Il s'est passé environ cinq ans et tout le monde, sauf les campeurs et les élus, ont oublié. Il faut alors attendre une nouvelle prise de conscience de l'illégalité massive du phénomène pour que la roue des études se remette en marche.

Ce cycle de l'invisibilité a également des causes plus profondes qui sont liées en partie au fait que la société dans son ensemble n'est guère « choquée » par une appropriation « un peu » illégale de parcelles appartenant à des campeurs. Et ce pour quatre raisons : parce que les campeurs sont propriétaires de leurs parcelles et que l'on touche-là à une valeur très profondément ancrée en France, parce que le camping est une activité naturelle dans son fondement mythique et qu'il n'est pas envisageable que les campeurs sur parcelles privées puissent réellement avoir une activité nuisible pour la nature, parce que les habitats de loisirs sont dans l'imaginaire collectif « mobiles » et que la sédentarisation n'est pas vécue comme un problème et aussi parce qu'il s'agit un peu de la victoire de David contre Goliath, soit des gens du peuple contre les plus nantis qui peuvent disposer de résidences de qualité dans des sites d'exceptions.

Tout ceci conduit à un mélange qui peut provoquer chez certains acteurs la volonté de ne pas accélérer les procédures qui pourraient conduire à la résorption du phénomène illégal. Là encore, le cycle de l'invisibilité fait son oeuvre puisque, dans la quasi-totalité des procédures de résorption de ces vingt-cinq dernières années, l'un des acteurs a provoqué un arrêt plus ou moins définitif des actions en cours et a facilité l'oubli.

Cela n'empêche pas que le camping-caravaning sur parcelles privées est une pratique à 80% en infraction avec la réglementation française et que les évolutions en matière de protection de l'environnement notamment induites par les directives européennes ne laissent pas penser que les régularisations sur place seront nombreuses. La solution du terrain de camping 1 étoile apparaît aujourd'hui comme la plus réaliste et réalisable.

Par France Poulain
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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 21:23

 

Un instant « live »

Durant mes pérégrinations, j'ai réalisé plusieurs centaines d'entretiens parfois enregistrés et retranscrits. Pour cet ouvrage, il est apparu intéressant de pouvoir livrer un « live » de camping. Il faut le lire comme du direct. Mais sachez qu'une grande partie de ce que j'ai pu comprendre ces dernières années sur le camping et la société en général, vient de ces centaines (milliers) d'heures passées dans les caravanes, les mobile homes... sur les parcelles ou dans des bureaux à parler, écouter, entendre... et rediscuter encore.

J'avais commencé par une série d'entretiens avec un vrai guide d'entretien, puis après un premier seuil, qui correspond au moment où vous avez l'impression de pouvoir finir les phrases à la place des personnes que vous interviewez, je suis passée à des entretiens de type « récit de vie » avec une première question, toujours la même, qui était « et alors comment êtes-vous arrivés sur votre parcelle ? ». Je reconnaissais ainsi l'appropriation des campeurs sur leur espace. Dès lors, tout se passait bien car je les respectais. Et c'est bien ce que je cherche encore à vous montrer en publiant ces quelques lignes.

Ce petit texte est un message en direction de ceux ou celles qui souhaitent aborder la question du camping. Dépouillez-vous de vos préjugés, allez vers ces personnes sans crainte et avec la plus grande honnêteté possible. Vous êtes chez eux, sur leur territoire -et ce, même s'ils sont dans l'illégalité- et cela demande de passer du temps pour montrer que ce qui importe est ce qu'ils ont à vous offrir et non ce que vous avez à prendre (pour ceux qui voudraient "voler des vrais moments de vie") ou, lorsque vous êtes plus généreux, ce que vous avez à donner. Voici une tranche de ma vie... mais vous ne saurez ni où, ni avec qui...

 

France : je fais une étude sur le camping sur parcelles privées, et comme première question je voudrais savoir comment vous en êtes arrivés à acheter une parcelle, à mettre dessus un mobile home... un peu votre histoire...

Gérard : c’est relativement simple, moi j’ai eu un accident en 78, en 82 j’ai fait un infarctus... et je me suis il faut que je contrôle le voyage... et c’est là que ma tante, parce que c’est mon oncle et ma tante qui sont ici, qui ont dit : tiens nous on achèterait bien un petit bout de terre. Puis bon il s’est trouvé un bout de terrain à vendre. C’est le notaire qui nous l’a vendu. C’était un terrain qui appartenait à l'ancien maire... quand j’ai vu la proximité de la mer compte tenu de l'handicap que j’ai à marcher, j’ai dit c’est super parce que faire un kilomètre ou deux en marchant c’est impossible […]. Donc on a acheté le terrain, on l’a aménagé, on l’a clôturé... enfin bref... on a mis en premier une fosse septique qu’on a rendu étanche, et c’est une vraie fosse septique qu’on vide tous les ans. C’est ce qu’on a commencé à faire, tout de suite on a acheté les mobile homes, on a acheté le terrain en octobre 82 et le mobile home en 83. Ce qui fait que j’ai passé l’année en caravane. On a installé le mobile home et à l’époque ma mère vivait et elle était handicapée, c’est pour ça qu’on a construit un escalier comme ça. Voilà c’est l’histoire et c’est depuis 19 ans comme ça... au moins 16 ans car c’est depuis 3 ans qu’on nous cherche des poux dans la tête... on est bien habitués ici...

Jean-Claude, son oncle : c’est pas loin de chez nous..

Gérard : et puis pour moi c’est une sécurité, il y a mon oncle et ma tante qui viennent

France : donc là, enfin de compte jusqu’à 95, on ne vous a jamais rien demandé.

Gérard : jamais... pourtant je vous dit on est pas clandestins... j’ai tout les reçus là... pour services rendus de la commune, la perception de l'eau, et j’ai les refus du départ... j’ai toutes les années... Dès la première année, on a eu la visite du conseil municipal, à l’époque c’est un adjoint du maire qui est venu avec un conseiller municipal

France : parce que quand vous avez acheté c’était un terrain…

Gérard : c’est des dunes... On l’a dressé le terrain, parce qu’il était... ça n’a jamais été cultivé ici, l’y avait un trou au milieu, la nappe phréatique qui était à ciel ouvert... Évidemment quand on voit le terrain maintenant et toute la végétation environnante et puis bien dressée comme ça... on l’a payé 20 balles le mètre carré.... On a chacun 500 mètres carrés le terrain il fait 1050 mètres carrés... En 82 et puis maintenant qu’il est bien aménagé on voudrait nous le reprendre et à cette époque-là... Le plan de l’occupation du sol a été modifié... Faut pas oublier qu’en 82 le plan de l’occupation du sol c’était pas celui qu’il y a maintenant... Ils l’ont changé de zone mais... à la rigueur si vraiment ils jouent là-dessus c’est de l’arnaque, on s’est fait arnaquer par un maire qui devait être au courant lui quand même, puisqu’il nous a vendu ça alors que ça les dunes à l’époque je sais pas si ça valait même pas un franc à l’époque...

France : oui à peu près...

Gérard : bon alors s’il y a de la malhonnêteté quelque part elle est du fait de la personne qui nous l’a vendu. Parce que nous on est notarié c’est pas un terrain qui est vendu comme ça...

France : et tout le monde savait que vous alliez faire du camping dessus...

Gérard : oui tout a fait, quel était le but, entre nous, d’acheter un terrain comme ça pour pas faire du camping dessus... Toute la mairie savait, on les voyait tous les ans. Même les pompiers ils venaient nous vendre des calendriers, et puis le comité des fêtes qui est encore venu pour nous solliciter à participer à la fête de la commune à monter des stands. Nous, on nettoyait la plage […] et encore la dune

France : et puis il y a les touristes qui passent ?

Gérard : oui exactement. Mais aujourd’hui j’ai compté, il y a 5 personnes sur un peu près 7 ou 8 kilomètres et c’est sûrement des campeurs.

Jean-Claude : et d’ailleurs le cadastre était venu pour délimiter exactement les parcelles.

Gérard : oui, vous allez au cadastre ou à la mairie, la parcelle elle est numérotée. Moi c’est la 655 et toi (l’oncle) c’est la 656... Mais je vous dis : on est pas clandestins, on est pas des manouches…

Jean-Claude : on a tout mis en règle […] Mais on a pas les moyens de se payer une maison comme celle qui se construit là-bas et qui, normalement, ne devrait pas être là... Elle est dans la bande des cent mètres

France : oui, mais ce terrain est constructible... vous le savez bien... c’est toute la différence.

Gérard : et alors il y a pas de différence a part qu’ils vont plus polluer que nous, parce que nous nos moyens sont limités, je vous le disais quand on veut faire une grande poubelle ou même faire de la lessive ou n’importe quoi, j’amène un grand sac poubelles de 200 litres et les affaires d’une semaine et quand c’est sale au fur et à mesure on repart dans mon village et je jette tout […] On revient. Mais ces gens-là, moi, je peux même vous montrer l’endroit où ils évacuent, ils évacuent dans la mer

Jean-Claude : il y a un collecteur qui reçoit tout et ça va à la mer y a pas de station d’épuration y a rien...

Gérard : alors ça c’est un peu choquant et eux ils s’en foutent royalement des dunes ou de ce que vous voulez... Alors je pense que nous quand on sera plus là, parce qu’il faut y tenir... Parce qu’aujourd’hui il fait beau mais avec des bonnes rafales de vents.... Faut pas avoir peur pour venir ici...

Jean-Claude : personne ne nous y oblige...

Gérard : non mais je veux dire que nous partis... C’est pas ça qui va attirer les touristes. Je pense pas qu’on dérange beaucoup de monde...

France : mais quand vous dites nous partis... C’est dans le cas où on vous obligerait à partir...

Gérard : oui, parce que de toute façon faudra qu’ils nous obligent par la force... Moi je reste là parce que si c’est pour me mettre sur un terrain de camping... Il en n'est pas question. […] C’est pour toutes ces questions là, la proximité de mon habitation principale […] Ce qui m’embête c’est que nous qui n’avons pas de moyens financiers, et on était là en toute bonne foi en sachant qu’on était dans les règles, on veut nous éjecter. Par contre celui qui a du fric il peut monter, il peut polluer, il peut faire tout ce qu’il veut... J’ai l’impression qu’on retourne au temps des seigneurs... Parce que tout les beaux sites sont occupés par des gens qui ont du pognon, les belles forêts, les belles rivières, sont gardées par les riches... Alors nous on a juste ce petit truc là où vraiment il y a personnes parce qu’il y rien... Si vous avez des enfants faut les occuper... On a l’impression qu'on ne veut personne ici. Il y a rien d’aménagé, je parle pas que pour les mobiles, pour tout estivant qui vient ici les jours où il pleut, et il pleut souvent... Qu’est ce que vous faites des enfants, où vous les emmenez ? Il y a rien.

France : et est-ce que vous avez l’impression que pour ceux qui ont de l’argent « on » les laisse construire, et qu’en contrepartie de ces constructions, les autres espaces doivent naturels pour que les gens qui ont de l’argent puissent venir voir... la dune ?

Gérard : exactement, c’est ça... Moi je vois que ça se construit et de plus en plus dans la bande des 100 mètres et puis, d’accord c’est constructible.. mais moi je serais curieux de savoir si les maisons qui sont le long du... carrément sur la dune... Je voudrais savoir s’ils ont eu un permis de construire

Jean-Claude : maintenant faut faire quelque chose... à l’époque où on est arrivés il y 19 ans on parlait pas de tout ça, maintenant celui qui ne connaît pas la loi...

France : et vous en 95 vous avez eu la visite des gendarmes ?

Gérard : non c’est nous qui avons été à la gendarmerie, on a eu une convocation et il y avait tous les...

Jean-Claude : mais ils avaient pris leur précaution avant parce qu’on est arrivés et eux avaient la photo ils nous ont présenté leur dossier... Ils ont fait tout ce qu’il fallait pour qu’on puisse pas dire non... Mais ce n’était pas la peine, nous on est là...

Gérard : si vous voulez ce qui me dépasse, et vous pouvez le constater, il y a aucune dégradation, ça c’est la végétation du coin, c’est propre, vous pouvez faire le tour du terrain et tous les terrains sont comme ça. Vous trouverez rien qui sent, ni quelque chose de saccagé.

Jean-Claude : d’ailleurs c’est d’abord notre plaisir, nous, on essaye de faire quelque chose d’agréable à vivre, c’est pas notre intérêt de détruire plutôt d’enjoliver.

France : est-ce que les gendarmes vous ont expliqué pourquoi est-ce qu’ils vous ont fait venir ?

Jean-Claude : euhhh... Non... Oui il y avait une plainte au procureur de la république, ça pouvait pas être autrement il fallait bien qu’il y ait une plainte de quelqu’un pour qu’il puisse avoir une enquête. Eux ils ont fait que leur travail.

Gérard : ils ont été tout à fait corrects, ils compatissaient plutôt…

France : donc après il y a eu le passage aux tribunaux...

Gérard : après y a eu une volée de gens qui ont été convoqués au tribunal. Bon on y a tous été pour soutenir ces gens-là, aujourd’hui c’est ceux-là qui sont convoqués, demain ça sera nous... bon le tribunal relaxe, les mêmes repassent à un autre tribunal et sont condamnés... Moi je voudrais qu’on m’explique... y a une loi, il y a pas deux façons de l’interpréter... Mais laquelle qui est la bonne ? Celle qui a condamné ou celle qui a relaxé ? c’est les même juges, ils vont à la même école, la loi il y pas 36 façons de l’interpréter. C’est tout ça qu’on ne comprend pas… ou plutôt si on comprend un peu parce qu’on nous dit pas tout et moi je suppose que ceux qui ont du fric ne veulent pas de ces trucs-là. Mais je vous dit moi qu’on limite, qu’on fasse pas n’importe quoi je trouve ça normal, mais nous on a pas fait n’importe quoi...

Jean-Claude : avec un statut... même avec un statut, il est là... dans certaines conditions...

Gérard : nous on l’a proposé le statut à la communauté de commune. Ils l’ont pas...

France : c’est un statut pour être résidents ?

Gérard : non, pour nous uniformiser que tout soit de la même couleur...

France : oui, d’accord pour que ce soit plus propre...

Jean-Claude : oui, que se soit uniforme ou à la limite habillé à condition que ça n'aille pas trop loin...

France : mais vous, vous n'êtes pas passés au tribunal ?

Gérard : non, notre dossier est fait mais on n'est pas passés au tribunal…

France : mais vous avez eu la médiation ?

Gérard : non plus

Jean-Claude : il y a eu plusieurs représentants de l'administration qui sont venus, on a discuté de choses et d’autres pour avoir justement des idées...

Gérard : et puis en plus je vois pas ce qui les dérangent, on participe à l’essor de la commune parce que malgré tout, on va acheter à l'épicerie, etc. On fait vivre tout le monde... le bateau c’est pareil il a besoin d’entretien... on fait vivre la commune et on participe parce que les poubelles je les ramène chez moi.

Jean-Claude : ou on les porte directement au dépôt...

Gérard : on évite de laisser les poubelles au bout car les mouettes viennent piquer là-dedans et c’est nous qui ramassons... voilà pourquoi on a jamais fait de dégradation bien au contraire... on gêne personne... on est pas des voyous. On est des gens normaux... et là on se sentirait presque coupable de vivre comme on vit... alors que ce n’est pas le cas du tout... dans une belle villa c’est sûr […]

France : c’est un sentiment d’incompréhension ?

Gérard : d’abord de surprise, se réveiller au bout de quinze ans qu’on était ici qu’on a jamais vu personne sauf les gens de la commune et de la perception qui nous ont fait payer et qui semblaient satisfaits de nous puisque je vous dis on a participé à leur fête et on leur emprunte même leur petit local (...) donc que des bons rapports et d’un seul coup, d’un seul coup quand ça a changé de maire c’est là que ça c’est passé d’ailleurs. Quand ça a changé de maire, ils ont changé le plan d’occupation du sol et c’est là... mais à la rigueur c’est de la malhonnêteté parce que y a quand même le droit de prescription qui est de 3 ans… là il y a quinze ans …

Jean-Claude : et y a bien la loi de 1986 qui dit que tout occupant ne craignait rien, absolument rien... Ceux qui venaient à la suite...

Gérard : ceux qui sont arrivés après 86 je veux bien... mais la loi c’est quand même une loi on lui fait faire tout et son contraire à la loi... on est pas de juristes... on est obligés de prendre un avocat qui coûte relativement cher... c’est pour ça qu’on s’est mis en association... mais si tout le monde passe au tribunal je sais pas comment on fera. Pour l’instant, c’est la solidarité qu’on a entre nous...

France : justement l’association s’est donc créée à ce moment-là ?

Gérard : bien sûr parce qu’on savait très bien que pris individuellement on était foutus, y a des gens qui ont du mal à lire un papier...

France : parce ce sont des papiers juridiques ?

Jean-Claude : et puis tout seul on peut très bien vous faire des pressions vous savez, ils savent y faire et puis en disant si vous n’êtes pas partis dans les trois mois ça va vous coûter trois mille francs par jour de...

Gérard : la personne qui est toute seule elle a les jetons et elle part. Moi j’estime que c’est pas juste... Alors c’est pour ça qu’on s’est créé en association... Vous savez nous on représente à peu près 800 personnes... De là-bas à ici, ça représente en gros 4 personnes par mobile donc 800 personnes... Et huit cent personnes économiquement pour une région c’est important. Parce qu’on vit pas de l’air du temps on consomme.

Par France Poulain
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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 21:21

 

66La France est le premier pays au monde en nombre de terrains de camping. Cela ne veut pas dire qu'ils ne sont pas présents dans les autres pays, mais il existe tout d'abord une réelle corrélation entre le nombre de terrains et les débuts de la pratique pour les habitants du pays eux-mêmes et non l'arrivée des premiers touristes campeurs. Ainsi, ce sont principalement les pays post-industrialisés d'Amérique du Nord et de l'Europe qui disposent réellement d'une offre organisée depuis plusieurs dizaines d'années, permettant l'accueil de campeurs. Dans le reste du monde, il est difficile de réellement dire qu'il existe des terrains de camping pour les locaux. Car, dans la majeure partie des pays, il s'agit encore de sociétés devenues urbaines de manière récente et qui n'ont pas encore forcément développé la nécessité de disposer d'un alter ego « naturel ». Et, s'agissant de pays émergeants, une pratique comme le camping émergera-t-elle ?

Il existe environ 9.500 terrains de camping en France, soit un chiffre qui a légèrement diminué ces dix dernières années notamment par la disparition des terrains les moins rentables ou par l'abandon par les municipalités ou les comités d'entreprise de leur apport social pour les vacances des salariés.

 

En premier lieu, il faut prendre conscience que ces 9.500 terrains de camping ne sont pas identiques. Pour autant, il est possible de réaliser une segmentation en terme de typologie selon trois grands critères : leur mode de gestion, leur niveau d'aménités et la présence ou non d'un « concept ».

En terme de mode de gestion, il existe trois grands principes avec la gestion communale, celle faite par un gérant et celle faite par un gestionnaire-propriétaire.

La gestion communale induit qu'à un moment donné, souvent entre les années 1930 et 1960, la municipalité crée un terrain de camping pour développer l'offre touristique de son territoire, gérer les centaines voire les milliers de campeurs qui viennent sur sa commune et également dans un but social. Mais est-ce politique ? Il serait inexact de dire que toutes les municipalités socialistes ou communistes décident de la création d'un terrain de camping municipal mais, souvent, c'est plutôt lié au niveau de connaissance du phénomène du camping par les élus locaux. Ceux-ci, lorsqu'ils prennent conscience de la pratique, trouvent alors un terrain sur le territoire communal qu'ils équipent parfois au minimum, car ils ne disposent pas forcément du personnel municipal suffisant pour laisser quelqu'un à demeure. Il est ainsi courant que le terrain soit constamment ouvert et que le garde-champêtre ou l'un des employés municipaux passent le matin sur le terrain pour récolter la taxe de séjour. Dès lors, et surtout dans les collectivités aux moyens modestes, il est rare que ces terrains dépassent les 1 ou 2 étoiles.

Parfois, les municipalités confient la gestion et l'entretien du terrain à un gérant. Il s'agit-là d'un mode de gestion comparable à celui des chaînes de terrains de camping. Le gérant n'est donc pas le propriétaire du terrain. De fait, il est employé et ses résultats conditionnent à la fois la pérennité de son salaire mais également l'arrivée de primes potentielles.

Dans le cas d'un gérant employé par une collectivité, le salaire est fixé à l'avance et il est peu fréquent que des primes soient envisagées en fonction de la rentabilité du terrain de camping. Dès lors, le gérant, selon son intérêt pour le terrain de camping et le camping en lui-même, va plus ou moins s'investir dans le fonctionnement au quotidien. Il est donc possible d'avoir des gérants qui s'investissent comme si le terrain leur appartenait et d'autres qui font cela sans grande motivation.

Dans le cas d'un gérant engagé par une chaîne hôtelière, la question des résultats financiers est centrale. Il faut « faire du chiffre », ce qui passe par l'organisation de soirées, de jeux pendant l'après-midi pour les enfants, de tournois de pétanque... bref d'autant de distractions qui peuvent conduire les campeurs à consommer sur place et à moins sortir du terrain de camping pour faire leurs achats ou pour se détendre. Cela demande à ce que les gérants soient plus professionnels et à ce qu'ils soient recrutés dans le domaine de l'hôtellerie proprement dit. Cela nécessite également que ces gérants apprécient le contact avec le public, car il n'est pas évident d'exercer un métier « au service des autres ». La journée en pleine saison peut commencer à 5 heures du matin et se terminer vers 2 heures du matin après avoir fait la tournée des parcelles pour distribuer le pain, animer le jeu du matin et celui de l'après-midi et la soirée ; car les campeurs réduisent de plus en plus leur temps de vacances et veulent profiter de plus en plus de leur journée. C'est notamment dû à l'augmentation assez considérable du coût de location d'une semaine de mobile home ou de chalet, qui a globalement été multiplié par 2 voire par 3 en moins de dix ans. Il est donc nécessaire que la vie du terrain de camping tourne sur une semaine et qu'il existe un rythme permanent pour que les campeurs n'aient pas l'impression de s'ennuyer. L'augmentation en nombre d'étoiles ou un nombre important de parcelles peut également conduire à ce que les gérants engagent une équipe d'animation. Les problèmes demeurent mais changent de nature, puisqu'il faut prendre en charge et diriger une équipe pour que tout fonctionne, ce qui n'est pas évident surtout lorsque le gérant a connu pendant quelques temps un fonctionnement plus solitaire.

Dans le cas d'un gestionnaire-propriétaire, tout est différent. Il est chez lui et son rôle oscille entre celui de maire et celui de shérif. Il fait sa loi sur son terrain. Passons rapidement sur le cas de ces gestionnaires qui, au début des années 1980, ont décidé de vendre les parcelles aux campeurs afin de faire rentrer de l'argent rapidement. En fait, ils sont devenus des syndics de copropriétaires en ne conservant que les problèmes et en étant dans l'incapacité de faire partir un campeur problématique. Ces difficultés ont rapidement été connues dans la profession et il n'existe guère de terrains de camping où les gestionnaires ne soient pas demeurés propriétaires de leur terrain.

Comment marche alors un terrain de camping ?

Vous passez sous un porche. Peu de personnes le notent mais inconsciemment, vous entrez dans un autre monde, dédié au loisir et surtout aux règles édictées par un chef que vous acceptez. Ce passage sous une arche conditionne l'existence également d'un dedans et d'un dehors. Une fois dedans, les différences sociales sont en partie effacées, car remplacées par un autre fonctionnement en terme de société. Le propriétaire fixe le cadre dans lequel les campeurs ont le droit de passer leurs vacances. C'est cet encadrement qui conduit de nombreux campeurs à ne pas pouvoir aller dans un terrain de camping en considérant que le sens profond du camping est d'être libre et qu'il serait antinomique d'aller pendant ses vacances se remettre sous la coupe d'un autre « patron ». Pour la plupart, cela constitue un cadre rassurant. Ainsi, les difficultés qui pourraient émerger entre voisins sont immédiatement gérées, contrôlées voire réprimées par le gestionnaire.

Cela permet de comprendre pourquoi tant de Français vont dans des terrains de camping où ils se trouvent dans une très grande promiscuité alors qu'ils la rejettent durant tout le reste de l'année. La promiscuité est contrôlée et elle devient même source de plaisanterie, car il est dit que si vous manquez de sel, vous n'avez qu'à tendre le bras pour prendre celui que vous tend le campeur sur la parcelle d'à côté.

Concrètement, il ne faudrait pas se méprendre, le gestionnaire organise la vie de son terrain, certes parce qu'il a, à un moment, apprécié le camping et cru en son développement, mais principalement parce qu'il s'agit d'une activité économique. Il ne peut pas se permettre que des conflits éclatent et nuisent à l'ambiance générale du terrain de camping.

En passant, il est important de remarquer que les gestionnaires de terrains de camping ne se plaignent guère auprès des autorités publiques, sauf dans certains cas où des mesures de fermeture annuelle liées à la présence de risques, inondations, peuvent contraindre le développement et la pérennité de leur activité. Cela démontre, mais toujours par la détection d'un phénomène que l'on ne voit pas puisqu'il n'en existe pas de manifestations, la bonne santé du camping en France.

 

 

Les terrains de camping peuvent également être classés selon les aménités qu'ils proposent. Nous ne reviendrons pas ici sur le classement en étoiles. Il est juste nécessaire de retenir que plus le nombre d'étoiles augmente, plus il est nécessaire que le terrain de camping dispose d'un nombre important de parcelles car les aménagement coûtent cher et il faut les rentabiliser. On retient généralement qu'il faut 50 parcelles au minimum par étoile. En effet, comment rentabiliser une piscine si l'on en dispose que de 10 parcelles ?

Ce qui est intéressant à analyser depuis une dizaine d'années environ est l'évolution en terme de nombre de terrains de camping par étoiles. Pour les terrains de camping 1 étoile, il s'agit surtout des terrains où il n'existe pas de recherche de rentabilité mais uniquement la volonté d'offrir aux campeurs un lieu où dormir.

Il existe également le développement de l'autre extrémité du classement 1 étoile. Cela correspond à une offre peu importante en nombre mais qui, là-encore montre la plasticité du camping. Il s'agit des terrains de camping « concept ». Le concept peut être lié à la possibilité de dormir dans des caravanes de collections comme dans des Airstreams and vintage caravans par exemple, dans des yourtes sur le plateau des milles vaches, dans des arbres en Bretagne lorsque des cabanes perchées viennent agrémenter le terrain, dans des « castels » regroupant les terrains de camping situés dans les jardins d'environ 55 châteaux français ou bien encore et c'est sans doute le plus drôle, dans des terrains de camping « naturels ». Pour ces derniers, l'objectif est de réussir à dissimuler toutes les nouvelles technologies afin que les campeurs de type, disons-le rapidement, « bobo » puissent profiter du camping en toute simplicité. Le wifi est donc présent et tous les réseaux sont intégralement enterrés pour être complètement invisibles.

Les terrains de camping 2 étoiles commencent à être de moins en moins nombreux car il existe en fait une migration vers les 3 et 4 étoiles. Cela est dû à deux phénomènes. Tout d'abord, le 2 étoiles ne permettait pas de dégager une rentabilité suffisante et pour ceux qui le sont restés, ils sont souvent en train de rechercher des financements pour évoluer.

Les 3 et 4 étoiles proposent un niveau de confort qui est assez exceptionnel lorsque l'on se rappelle des débuts du camping. En fait, ce sont plutôt des petites villes très confortables et même, plus équipées que les communes avoisinantes. Il n'est pas rare que des terrains de camping 4 étoiles disposent de plusieurs piscines, qu'ils organisent des promenades à cheval, qu'ils proposent des activités comme le golf, le tir à l'arc... qu'ils construisent sur le site un restaurant, un bar-tabac, une petite épicerie... bref tout ce qui permet de disposer dans un laps de temps donné d'un luxe inconnu ou inatteignable pour les campeurs durant le reste de l'année. Cette offre de loisirs est également encadrée avec une sécurisation assez importante des sites : gardiens et patrouilles régulières, contrôle des papiers d'identité des visiteurs à l'entrée qui ne peuvent pénétrer que s'ils ont été annoncés à l'avance par les campeurs qui les ont invités, caméra-vidéos... et un encadrement pour les différents âges des enfants, avec parc pour les tous petits, animation pour les adolescents... afin que les parents puissent « profiter » de leur séjour en toute tranquillité. L'idée est la même que dans les grands hôtels, à savoir que le client est roi, qu'il faut tout mettre en oeuvre pour le satisfaire et que s'il ne respecte pas les règles, il peut quand même être invité à partir avant la fin de son séjour.

 

En second lieu, il faut appréhender le fait que les gestionnaires mènent une véritable adaptation de leur terrain à la clientèle qu'ils souhaitent. C'est la seconde segmentation qui peut être effectuée pour comprendre les terrains de camping et qui nécessite deux adaptations.

La première adaptation est liée au choix de clientèle qui est fait par le gestionnaire. Il serait illusoire de penser que le gestionnaire « subi » sa clientèle. Au contraire, il fait des sélections avant l'entrée et pas uniquement en terme de tarifs mais surtout en terme d'offre. Par exemple, certains gestionnaires se sont spécialisés sur les clients anglais ou hollandais. Ces deux catégories ont des besoins et exigences bien spécifiques, ne se mélangent quasiment pas et il n'est pas possible d'accueillir des hollandais dans un terrain de camping aux couleurs anglaises. Cela va concerner les produits présents dans la supérette, les magazines mais aussi les modèles de mobile homes ou de chalets proposés aux clients. Les Anglais préfèrent ainsi des modèles que nous pourrions qualifier, par rapport au goût français, d'un peu chargé en terme décoratif avec faux feu de cheminée, pilastre encadrant l'entrée, etc.

De la même manière, un gestionnaire peut choisir de proposer une partie de son terrain pour les « textiles » et une autre pour les « naturistes », car tous les gestionnaires de terrains de camping naturistes ne sont pas des pratiquants, certains le voient uniquement comme une diversification économique.

La seconde adaptation est consécutive au raz-de-marée du mobile home dans les terrains de camping. Ces derniers sont apparus en masse au courant des années 1990 et, plus récemment encore, on a vu apparaître des terrains de camping remplis intégralement de mobile homes.

Au cours des années 1980, le mobile home fait son apparition en étant débarqué des ferrys anglais et en colonisant progressivement les espaces touristiques français. La puissance publique fait alors le pari de soutenir l'industrie du bois et de privilégier l'habitat léger de loisirs de type chalet. Le mobile home est donc considéré, d'une manière un peu simpliste, comme n'étant pas amené à se développer puisque n'ayant pas été choisi comme modèle privilégié. Des règles sont édictées concernant l'implantation des habitats légers de loisirs mais non pour les mobile homes, qui demeureront sans définition réglementaire jusqu'en 2007. Ils sont jusque-là considérés, du fait d'une circulaire de 1981, comme « assimilable à des caravanes s'ils conservent leurs moyens de mobilité et qu'ils demeurent dans des structures autorisées ». Or, le public va préférer le mobile home. Pourquoi un tel choix ? Sans aucun doute parce qu'il existe une forme de familiarisation avec l'objet « mobile home » comme cela peut exister pour l'objet « pavillon » et que les modèles d'habitats légers de loisirs, en étant à chaque fois différents, car confiés et élaborés par des constructeurs différents sont assimilable aux maisons d'architectes. Les campeurs, en visitant ou en louant un premier mobile home, savent ce qu'ils achèteraient s'ils se décidaient à en faire l'acquisition.

Le mobile home a pris progressivement une place prépondérante dans les terrains de camping 3 et 4 étoiles et ce, sous deux angles. Le premier est corrélé à l'acquisition par le gestionnaire de mobile homes pour les mettre en location et le second est lié à la location d'une parcelle par le gestionnaire à un campeur qui achète par lui-même le mobile home. Cette seconde solution est assez performante en terme économique, car elle limite les coûts initiaux pour le gestionnaire, permet de savoir dès le 1er janvier quel sera en grande partie le chiffre d'affaires de l'année puisque la location est payée à ce moment-là. Il est même parfois possible pour le locataire de la parcelle de sous-louer le mobile home pendant l'été.

Cette évolution en terme d'habitats a également conduit à ce que l'occupation des parcelles soit modifiée. Dans les années 1960, les parcelles correspondent à des « rectangles » de verdure plus ou moins arborés où caravanes ou tentes s'installent au gré des saisons. Avec l'implantation de mobile homes, la parcelle est occupée en permanence même si les campeurs ne sont pas présents. Certains gestionnaires en arrivent donc à faire des choix : disposer 100% de mobile homes, conserver 25% de parcelles nues pour tentes, caravanes et camping-cars, faire un 50/50 entre mobile homes appartenant aux campeurs et mobile homes appartenant au gestionnaire... bref, tous les panachages possibles et imaginables mais toujours réalisés pour satisfaire les besoins de la clientèle.

 

 

Les choix sont également faits pour correspondre aux exigences des personnes de l'extérieur, qui ne veulent surtout pas pénétrer dans un terrain de camping et qui n'y voient que « HLM horizontaux » et « réserves d'indiens ».

Lors des dernières évolutions réglementaires, les gestionnaires représentant la profession ont bien senti que le courant actuel visant à préserver l'environnement et à ne plus porter d'atteintes à la nature exigeait de leur part un effort particulier en terme paysager. Cet effort, qui conduit aujourd'hui à ce que tout nouveau terrain de camping ou extension de plus de 10% du nombre d'emplacements pour un terrain existant, donne lieu à la production d'une notice, décrite à l'article R.443-2 du code de l'urbanisme, importante et qui doit préciser les mesures envisagées pour « limiter l'impact visuel des installations, répartir les emplacements au sein d'une trame paysagère, assurer l'insertion des équipements et bâtiments collectifs, organiser les circulations à l'intérieur du terrain (...) ». Cette concession faite par les gestionnaires a donné lieu à ce qu'en contrepartie, le nombre de mobile homes ne soit pas réglementé et que cela soit seulement le cas pour les habitats légers de loisirs. Selon les estimations, 60% du million d'emplacements existants aujourd'hui en France sont loués à l'année.

La troisième adaptation vient de l'interrogation concernant les dernières évolutions qui conduisent à ce que les terrains de camping accueillent de plus en plus de retraités du troisièmeâge, du quatrième voire de l'âge d'or de notre population.

Au contraire des campeurs « classiques » que l'on a pu observer depuis le début de la pratique du camping en France, les retraités ne sont plus dans la dualité loisir/travail.

Or, comment une structure ou une pratique sociale créée pour contrebalancer les impacts liés au monde du travail peut évoluer pour accepter des personnes qui n'agissent plus qu'en fonction du loisir ? Cela destructure en particulier les cycles mais aussi le rapport à l'espace ou aux services et pousse certains à déserter le terrain de camping durant la période estivale pour fuir les touristes. Ceux-ci ne souhaitent pas que le bruit soit trop présent. Aujourd'hui, il n'est pas rare de visiter, car il n'existe plus d'habitats de loisirs à louer, des terrains de camping spécifiquement dédiés aux campeurs retraités. Les gestionnaires peuvent également organiser un service de visites médicales effectuées par un médecin local venant toutes les semaines voir ses patients. En fait, avec quelques années de décalage, il semblerait que l'on assiste au mouvement américain de segmentation forte des différents âges de la vie et notamment des retraités qui ne souhaitent plus forcément voir les catégories plus jeunes. On pense ainsi à la ville privée Leisure World aux États-Unis où les moins de 55 ans ne sont pas admis. Les retraités disposent par ailleurs de moyens financiers plus conséquents que les salariés et sont donc amenés à pouvoir acquérir plus facilement un mobile home et à ce que les parcelles ne soient plus accessibles pour d'autres catégories de populations. Car, le gestionnaire en tant que responsable d'une entreprise économique va choisir la population qui est en capacité de payer le plus fort tarif pour être présente dans son terrain.

Plus globalement, on s'aperçoit que les terrains de camping français sont face à un risque que l'on appelle les gated communities ou « communautés embarrièrées », des lieux où ne sont admis que ceux qui appartiennent au sérail.

 

 

Que se passera-t-il lorsque les terrains de camping ne seront plus occupés que par des retraités, dont le nombre progressera mécaniquement avec le papy-boom et que les salariés qui demeureront les seuls à vivre la dualité loisir/travail n'auront plus accès aux espaces de camping ? Où iront-ils ?

Par France Poulain
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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 21:20

 

84Depuis leur création, les terrains de camping accueillent des personnes dont l'objectif n'est pas d'y passer des vacances et qui se trouvent présentes tout simplement parce qu'elles ne peuvent pas faire autrement. Or, il semblerait, selon certains, que le phénomène serait très récent, qu'il serait massif et qu'il conduirait à ce que la précarité dans les terrains de camping soit la principale caractéristique de ces derniers. Mais que penser de telles assertions ?

 

Lors de la création des terrains de camping, les caravanes et autres habitats de loisirs sont déjà utilisés par des populations de non-campeurs, comme par exemple les ouvriers des chantiers ou autres salariés, dont le travail est itinérant. Les centrales nucléaires ou les autoroutes sont en partie construites par des ouvriers qui « suivent » le chantier et qui dorment à proximité, à l'hôtel ou dans un terrain de camping.

Jusqu'en 1984, la pratique est autorisée mais cesse avec le décret n°84-227 du 29 mars 1984 qui supprime les dispositions incorporées par l’article 7 du décret du 11 janvier 1972 au code de l’urbanisme qui conduisaient à autoriser « l’ouverture de terrains aménagés exclusivement pour le stationnement des caravanes... » sans autre précision. Cette volonté nette de coupure sert de fondement à toutes les règles liées aux habitats de loisir depuis lors.

Pour mieux comprendre, un critère est important à définir. Les habitats de loisirs ne respectent pas les règles normalement édictées par le code de la construction et de l'habitation en terme de surfaces données pour chaque espace (chambre, salon...) parce qu'ils sont conçus pour se trouver au sein de structures organisées disposant d'équipements collectifs suppléant aux manques des habitats eux-mêmes. Ainsi, une caravane peut ne pas avoir de toilettes car il existe des toilettes collectives dans les terrains de camping. Il en est de même pour la taille des espaces, car le campeur dispose de la nature présente alentour et parce que le terrain de camping a mis en place une salle de télévision ou autre. Ils ne sont pas pensés pour être utilisés ou implantés en dehors de ces structures sauf pour la caravane durant moins de trois mois et cette autorisation ne dispense pas ses utilisateurs de respecter les règles en matière de rejets d'effluents par exemple.

Par ailleurs, il n'est pas possible d'élire domicile dans un habitat de plein air et d'en faire sa résidence principale1 car il est cohérent que les personnes aient un domicile principal pour la partie « travail » de leur vie et une résidence secondaire, mais détachée de nombreuses contingences, pour la partie « loisirs ».

Néanmoins, et même après 1984, il existe toujours une population présente dans les terrains de camping qui n'est pas là pour les vacances. Ces populations, outre les salariés, regroupent également d'anciens SDF qui trouvent dans les terrains de camping un lieu pour se resocialiser et surtout pour reprendre contact avec quelques contraintes. Il leur est ainsi possible de dormir dans des conditions plus « acceptables » que de simples cartons et ils n'ont qu'un loyer hebdomadaire ou mensuel à payer au gérant pour disposer d'un certain nombre d'aménités comme l'eau chaude, l'électricité... Car les études réalisées par les spécialistes des SDF montrent qu'il n'est pas forcément évident de repasser de la rue à un appartement où deux problèmes se posent : la « dureté » spatiale liée aux murs qui peut provoquer un sentiment de claustrophobie et la multiplicité des démarches qu'il faut accomplir pour conserver son logement : factures d'électricité, d'eau, de gaz, de loyers avec ou sans les charges, de téléphone... Bref une différence majeure avec le monde de la rue. C'est moins le cas dans le cadre des terrains de camping puisqu'il n'y a qu'un paiement à faire pour disposer de tous ces services.

Jusqu'en 2000, deux populations, celles des campeurs-vacanciers et celles des ouvriers et anciens SDF, se croisent sans se voir ni se rencontrer et c'est notamment dû au fait que les personnes, qui ne sont pas dans les terrains de camping pour les vacances, en ressentent une certaine gêne voire parfois de la honte. Ils savent que l'espace dans lequel ils ont élu domicile n'a pas été conçu pour eux et qu'ils ne s'y trouvent tolérés que s'ils demeurent dans la lisière, entre l'ombre et la lumière. C'est d'ailleurs très difficile de trouver de réelles études effectuées à cette époque sur cette question car elle n'est alors même pas soulevée.

 

à partir des années 2000, le phénomène est mieux identifié, du fait des études sur les terrains de camping loisirs réalisé par quelques chercheurs dont je faisais partie. Il m'a alors été possible de travailler également sur ceux et celles qui se trouvaient aussi dans ces espaces mais pour des raisons non liées au loisir. Quatre points peuvent être identifiés.

Le premier point est lié aux catégories présentes dans les terrains de camping ; celles-ci évoluent et ne sont restreintes aux seuls SDF ou salariés. Il est possible de rencontrer relativement peu de jeunes de moins de 25 ans, sauf dans certains terrains de camping spécialisés dans l'accueil d'étudiants qui louent leurs caravanes ou mobile homes neuf mois dans l'année aux étudiants et qui les louent pour des touristes durant les trois mois de l'été. Les jeunes sont alors compris dans un système. Lorsque des jeunes sont présents en dehors du cadre universitaire, ils sont alors souvent en couples et ont déjà commencé à emprunter la voix de la marginalisation.

Les jeunes couples avec enfants dont au moins l'un des deux travaille constituent la deuxième population qui n'était pas fréquemment présente dans les terrains de camping. Jusqu'à récemment, le fait d'avoir un salaire permettait de trouver à se loger en ville ou en périphérie, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui avec un seuil de pauvreté qui se situe à environ 1300 euros par mois pour un ménage. Il n'est alors pas rare de voir des couples entre 30 et 40 ans se retrouver dans un terrain de camping.

à partir de 45 ans, ce sont plutôt des hommes seuls que l'on voit arriver dans les terrains de camping après un divorce par exemple et qui, parfois si cela est couplé avec la perte d'un travail, vont demeurer longtemps dans un mobile home. Celui-ci peut leur appartenir s'il s'agissait avant leur résidence secondaire. à partir de 55 ans, si les personnes qui se trouvent-là ne sont pas des retraités qui ont choisi, pour le coup véritablement, de venir habiter à l'année dans leur habitat léger de loisir, il est rare qu'elles repartent vers une autre forme d'habitat.

Deuxième point, la rupture dans un parcours de vie peut expliquer en partie pourquoi les personnes se retrouvent dans un terrain de camping. Divorce, décès, chômage... sont les principales causes qui peuvent entraîner des individus à ne plus pouvoir assumer un logement classique parce qu'ils n'ont plus le droit d'y habiter, qu'ils n'ont plus les moyens ou dans certains cas, qu'ils n'arrivent plus à assumer mentalement les contraintes et les charges liées à un logement. La difficulté à trouver un logement peut également expliquer pourquoi des familles se retrouvent à l'entrée des terrains de camping pour demander s'il y a une place. Après enquête auprès de terrains de camping situés à proximité de diverses villes de grande ou moyenne importance, les gérants indiquent qu'ils sont sollicités trois à quatre fois par jour par des personnes pour savoir s'il y a des places.

Troisième point, la moyenne du séjour est de quatre ans, ce qui correspond à une durée « normale » pour une occupation d'un logement en France dans une trajectoire résidentielle. Il ne faudrait pas pour autant penser que toutes ces personnes demeurent quatre ans. En fait, certains ne vont demeurer que quelques semaines ou quelques mois avant de revenir à un logement classique, après un contrat temporaire par exemple ou le temps d'être hébergés dans la famille ou de trouver un logement dans la ville où ils viennent de trouver du travail. D'autres ne vont plus sortir du terrain de camping, comme certains SDF ou retraités, parce qu'ils ne sont plus en capacité de se voir ailleurs que là où ils résident. Ils peuvent donc demeurer vingt ou trente ans au même numéro de parcelle. Pour les catégories qui ne sont arrivées que récemment dans les terrains de camping, elles recherchent généralement à partir le plus rapidement possible mais cela conduit souvent à ce qu'elles restent trois à quatre ans dans le terrain.

Alors pour certains, le passage en terrain de camping est assimilable à une trajectoire résidentielle ascendante comme pour les SDF, elle peut également être descendante pour d'autres. Il est important les repérer afin qu'ils ne descendent pas plus bas.

Car et c'est le quatrième point qui est à retenir, le passage en terrain de camping est aujourd'hui globalement accepté comme un « possible » au sein d'une trajectoire résidentielle sur une vie entière, notamment liée à une forme de banalisation exercée par la médiatisation de la précarité dans les terrains de camping. Et certains d'évoquer la résidentialisation dans un terrain de camping comme un choix qui devrait conduire à faire évoluer la réglementation pour les autoriser. Ce discours est souvent celui d'anciens baroudeurs, assimilables aux travellers anglais, qui appréhendent la mobilité comme un mode de vie et qui ne correspondent qu'à 1 ou 2% des personnes qui se trouvent dans un terrain de camping car ne pouvant accéder à un logement classique. Le réel choix que ces personnes peuvent faire est entre la rue et le terrain de camping. Alors, oui, il est possible de dire qu'habiter à l'année dans un terrain de camping est un choix. Parfois, cela correspond même à une réécriture de l'histoire qui a conduit ces personnes dans le terrain de camping et en ce cas, c'est un travail important effectué par l'inconscient qui aide à accepter d'être dans un lieu qui n'est pas fait pour eux et au sein duquel ils restent toujours dans les franges.

De plus, l'exemple américain, pays où il est possible d'implanter une caravane, un mobile home ou un camping-car en dehors des structures de type terrains de camping, met en évidence que cela génère des « camps de pauvres » à l'extérieur des villes où se trouvent « parquées » les personnes qui n'ont plus accès ni à la mobilité ni à un logement digne.

En France, les habitats de loisirs ont été conçus et réservés pour les activités de loisirs. Il existe, et les lignes qui précèdent le démontrent bien, des usages alternatifs à ces habitats mais ils ne doivent pas être autorisés car ce serait alors un fleuve d'utilisateurs -et non plus des ruisseaux- qui verrait le jour.

 

 

Aujourd'hui, les estimations portent de 70.000 à 120.000 le nombre de personnes qui habitent dans un terrain de camping de manière plus ou moins pérenne parce qu'elles ne peuvent trouver de logements ailleurs. Cela comprend l'étudiant qui a trouvé un petit job de serveur sur le littoral l'été à un chômeur de longue durée. Cette complexité en terme de catégories explique en partie la largeur de la fourchette de cette estimation, mais ce n'est pas la seule raison.

Tout d'abord, il faut comprendre que cette pratique d'habiter « à l'année » ou dans des conditions précaires, pour d'autres motifs que le loisir, n'est pas légale. Dès lors, la « case » statistique n'existe pas et il est simplement demandé aux gestionnaires de faire remonter le nombre de nuitées qu'ils ont facturé. Ainsi, les chiffres du camping sont gérés à la nuitée. Or, si l'on déclare 56 nuitées, il n'est pas possible de différencier s'il s'agit de 56 personnes la même nuit ou de la même personne 56 nuits de suite. De même, les personnes payant pour un service hôtelier, le gérant n'a pas à leur demander si elles viennent dans le terrain de camping parce qu'elles n'arrivent pas à se loger ailleurs. En fait, tous les chiffres dont on dispose viennent d'enquêtes de terrain où il est nécessaire de demander à chaque gestionnaire, qui connaît parfaitement ses résidents, s'il a des campeurs ou des « précaires ».

Il ne faut pas qu'il y ait confusion sur le sens profond de ce qu'est un terrain de camping. Ce n'est pas un lieu alternatif pour que des personnes puissent y vivre à l'année dans des conditions précaires. Le terrain de camping est fait pour accueillir des campeurs venus pour leurs loisirs. Les gestionnaires le savent bien même si tous n'ont pas la même appréhension du phénomène.

Certains refusent d'avoir des personnes à l'année car ils ressentent que cela peut mettre en péril leur activité économique. En effet, les campeurs pourraient ne pas apprécier de voir des personnes dans la précarité pendant leurs semaines de vacances. Mais, comment faire lorsqu'un campeur, que le gérant connaît depuis vingt ans, lui demande de pouvoir rester quelques mois car il vient de divorcer ? Le gérant devient alors progressivement un assistant social mais sans en être réellement un. Son rôle se complexifie et s'éloigne fortement de son métier d'origine. C'est le gérant qui se retrouve seul face à ces personnes qui, si elles arrêtent de payer leur loyer à la semaine ou au mois, se retrouvent à la rue. Un choix bien difficile lorsque l'on sait que c'est sa propre subsistance qui est en jeu si les personnes arrêtent de payer ou plus simplement si leur nombre devient trop important et gêne ou empêche l'activité touristique.

D'autres décident au contraire de faire de leur terrain des « hôtels de plein air » et acceptent d'avoir 100% de personnes « à l'année ». Ces gestionnaires peuvent être alors amenés à « choisir » entre les personnes qui se présentent face à eux car, entre un couple dont les deux travaillent et une personne seule au RMI, l'une des deux demandes apparaît comme plus solvable que l'autre et le gestionnaire ne peut se permettre d'avoir des personnes qui ne paient pas leur loyer. Il est d'ailleurs nécessaire de rappeler que le séjour en terrain de camping n'est créateur d'aucun droit et qu'il n'existe pas de bail qui protégerait le locataire. Ce dernier paye à la semaine ou au mois et rien ne lui garantit qu'il peut rester plus longtemps dans le terrain de camping. Il ne peut également toucher l'Aide Personnalisée au Logement (APL) et les enfants ne peuvent normalement pas être scolarisés.

Cela peut fonctionner un temps mais parfois, lorsque le gérant est peu scrupuleux ou qu'il n'arrive pas à vendre son terrain de camping lorsqu'il décide de partir à la retraite, les terrains deviennent alors des lieux non-gérés et où peuvent se développer les trafics en tous genres. De manière certaine, il n'est plus question de parler de camping. C'est ce que l'on appelle des « points noirs ».

 

 

Alors, qu'est-il possible de faire concernant la précarité dans les terrains de camping. Tout d'abord, pour les jeunes ou les salariés qui ne passent que quelques semaines le temps d'un emploi mais qui conservent une résidence principale, il n'existe pas a priori de difficultés majeures. Il en est de même pour les retraités, dès lors qu'ils ont également une adresse principale qui peut parfois se trouver être celle de l'un de leurs enfants, et l'on retombe sur les questions auxquelles nous nous sommes confrontés dans la partie sur les terrains de camping « loisirs ». Il serait néanmoins possible de s'inquiéter des retraités qui arrivent dans les terrains de camping car ne pouvant plus payer leur logement en ville. Notons à ce propos que la pension ou la retraite sont des sommes versées sans qu'il soit fait contrôle de l'adresse des personnes. Aucune statistique n'existe sur le nombre de retraités précaires dans les terrains de camping.

Viennent ensuite la question des anciens SDF qui sont arrivés, dans le cadre d'une trajectoire résidentielle ascendante dans un terrain de camping. La caravane ou le mobile home correspond à une extension de leur enveloppe corporelle et, au-delà des avantages en terme de gestion financière des charges et autres sommes liées à un logement classique, l'habitat simplifié de loisir peut être assimilé à un palier qu'il n'est pas évident de franchir. Cela demande notamment à ce que des organismes spécialisés les recensent et les prennent en charge pour les refaire accéder à un parcours résidentiel ascendant.

Enfin, pour la catégorie des « salariés précaires », qui est sans doute celle qui a le plus émergé ces dernières années et qui n'était pas habituée auparavant à venir s'installer dans un terrain de camping, ils font souvent partie des demandeurs de logements sociaux mais ne sont pas prioritaires face à d'autres familles simplement parce qu'ils habitent dans un terrain de camping. La politique publique liée à la production de logements, notamment sociaux, est la réponse principale aux difficultés des ménages à se loger.

 

Ce qu'il faut retenir comme enjeu non négociable avec les gestionnaires et les autres acteurs, c'est qu'il est très important de veiller à l'hygiène et à la sécurité présentes dans les terrains de camping, sans préjuger de l'occupation plus ou moins permanente des parcelles et que, si des personnes se trouvent obligées d'être dans un terrain de camping de manière précaire, elles ne soient pas obligées de vivre dans des conditions dégradées. Car, n'oublions pas qu'une couverture chauffante ou un poêle à pétrole défectueux peuvent conduire à l'incendie d'une caravane et à sa destruction en moins de trente minutes.

1Cet ouvrage ne traite pas de la question des gens du voyage pour lesquels la caravane constitue leur habitat permanent.

Par France Poulain
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Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 21:18

 

98Depuis quelques années maintenant, il semble exister une certaine focalisation sur les personnes séjournant dans les terrains de camping dans des conditions précaires, sans doute parce qu'il est possible de venir les rencontrer de manière assez facile puisqu'il en existe quasiment dans tous les terrains de camping. L'idée sous-jacente est que l'observation de personnes qui utilisent des habitats de loisirs pour « autre chose » est un révélateur d'une certaine forme de décadence ou d'appauvrissement de la société, au même titre que cela peut être constaté aux États-Unis.

Mais les habitats de loisirs ont ceci de formidable qu'ils sont globalement mobiles et qu'ils peuvent, avec relativement peu de moyens, être implantés partout comme nous avons pu le voir dans le cas du camping-caravaning sur parcelles privées. Il est donc également évident que si la précarité peut être présente en lieu et place du loisir dans les terrains de camping, elle peut l'être également au sein du camping-caravaning sur parcelles privées.

 

Qui sont ces personnes ou familles qui s'implantent sur des parcelles privées ?

Ce sont plutôt des hommes seuls ou des familles nombreuses où l'emploi salarié est rare. Bien sûr, toute généralisation comporte son lot de simplifications et il est possible de rencontrer des familles où le père ou la mère est fonctionnaire ou ouvrier par exemple, mais leur seul salaire, ajouté à une rupture, n'a pas ou plus suffit à un moment donné à payer le loyer ou les traites du logement. Il leur a fallu rechercher une autre solution ; l'hébergement dans la famille proche est compliquée lorsque les familles font 4 à 5 personnes, l'hôtel coûte trop cher, les terrains de camping n'acceptent pas toutes les personnes précaires et à un certain moment, la famille a opté pour le logement en caravane, moins fréquemment en mobile home car cela dénote un passé de campeur.

C'est ce que l'on peut appeler le taquet de la précarité. Il est encore plus évident lorsque les individus n'arrivent plus à payer leur loyer en terrain de camping et qu'ils sont obligés de partir. Ils sont alors remplacés par des personnes qui peuvent payer les sommes demandées par le gestionnaire. Clairement, les coûts ont augmenté depuis plusieurs années au fur et à mesure que la demande croissait. Des personnes, qui trouvaient à se loger en terrain de camping dans les années 1990, n'arrivent plus à y demeurer et pour celles qui le souhaiteraient, avec les mêmes moyens financiers rapportés à aujourd'hui, ne peuvent plus y pénétrer.

La trajectoire résidentielle est descendante et très rapidement, ces personnes ne vont plus apparaître dans les statistiques ou les recensements divers. Par exemple, l'électrification du terrain ne va pas poser de problèmes car le gestionnaire de réseau n'a pas à vérifier la légalité de l'implantation et il n'a pas non plus à fournir ses listes pour qu'elles soient comparées avec l'usage autorisé des parcelles. Il en est de même pour l'eau. Tant que l'autorité compétente n'a pas de preuve que la demande de raccordement au réseau d'eau est liée à un futur usage illégal, il ne lui est pas possible de refuser le raccordement. Les précaires sur parcelles privées avec l'eau et l'électricité arrivent à monter des systèmes leur permettant de rendre fonctionnel tout le matériel présent dans une caravane comme le réfrigérateur, le chauffage... Et certains se dotent même de groupes électrogènes lorsque le raccordement n'est pas possible ou se branchent sur la batterie de la voiture pour regarder la télévision. Pour le gaz, de simples bombonnes suffisent.

à la différence des terrains de camping, les études montrent que l'occupation est ici annuelle et que les personnes se sédentarisent très rapidement. Il ne s'agit pas d'un séjour de quelques semaines. Seules quelques personnes s'installent sur une parcelle déjà occupée par un habitat appartenant par exemple à quelqu'un de la famille qui l'a implanté pour ses vacances d'été. Dans la majeure partie des cas, les individus ont déjà été rejetés par le système du logement classique, mais aussi par les terrains de camping. Après plusieurs échecs, ils n'ont alors plus la force de réitérer leur demande et de chercher à sortir de leur parcelle. Ils l'a louent parfois mais souvent ont réussi à acquérir un petit lopin de terre à la sortie des villes ou dans les bois et développent rapidement les mécanismes de l'appropriation de leur parcelle.

Si les parcelles sont extrêmement reconnaissables et qu'il est impossible de les confondre avec celles des campeurs, les personnes font des efforts pour personnaliser leur parcelle même si le caractère utilitaire de l'organisation de l'espace est privilégié sur celui plus décoratif mis en avant par les campeurs. Il existe des différences notables au niveau de la décoration qui est très importante pour les campeurs car ils surinvestissent sur cet aspect pour avoir une décoration sur la porte d'entrée de la parcelle, une allée plantée et parfaitement taillée -certains reviennent même en dehors de la saison pour qu'elle soit parfaite une fois l'arrivée des beaux jours- une terrasse d'exception, une peinture de façade refaite tous les 3 ou 4 ans pour que le mobile home soit impeccable et surtout une surenchère sur les petits objets décoratifs. Dans le cas de personnes précaires, l'important n'est pas forcément que tout soit « nickel » mais plutôt que tout soit fonctionnel. Ainsi, le cabanon ne va pas forcément être celui qui aura été acheté dans un magasin de bricolage mais plutôt fait avec des matériaux de récupération pour mettre à l'abri ce qui doit l'être.

 

 

Plus encore que le camping-caravaning sur parcelles privées, les études sur ce type d'occupation sont très rares et il n'existe quasiment pas de recensement de ces parcelles occupées par des familles précaires. Les personnes qui habitent sur ces parcelles sont également peu nombreuses à faire les démarches administratives nécessaires pour disposer d'autorisations pour occuper le sol comme des déclarations préalables ou des permis de construire. L'invisibilité est encore plus forte que pour d'autres situations. En fait, les quelques travaux qui existent le sont souvent parce qu'en étudiant des sites de camping-caravaning sur parcelles privées, il m'a été donné de visiter ou de rencontrer des personnes qui habitaient là à l'année et non uniquement pour les vacances.

Ces personnes dans la précarité bénéficient de l'invisibilité générée par la société pour tolérer le camping en général.

Ainsi, les parcelles « précaires » peuvent être dissimulées au sein d'espaces de loisirs même si les sites de camping-caravaning sur parcelles privées localisés à proximité de lieux touristiques, comme le littoral, ne sont pas occupés par des personnes vivant dans la précarité. Mais ne ce n'est pas forcément le cas lorsque les sites se trouvent un peu en retrait comme à 25 kilomètres des côtes par exemple sur le littoral méditerranéen ou à proximité des agglomérations. Un certain mélange se fait alors et peut conduire à des difficultés particulières car les deux populations n'ont guère de points communs.

 

 

Alors qu'est-il possible d'envisager pour ces personnes qui séjournent à l'année sur des parcelles privées dans des habitats de fortune ?

A priori, leur situation est plus problématique que celle des personnes qui se trouvent dans les terrains de camping tout simplement parce qu'on ne sait pas où elles sont réellement et qu'il est difficile de les repérer à moins d'avoir des informations par des associations, des élus, des voisins... qui signalent leur présence. Se pose alors la question de l'utilisation de la photographie aérienne pour repérer tous les habitats de plein air qui se trouvent sur parcelles privées en France car, même si leur existence est connue et qu'ils sont vus par ceux qui regardent les photographies, ils ne font pas l'objet de recensement lorsque la transposition de l'image à la carte est réalisée.

 

 

Survie, urgence, ces populations sont les moins bien connues de toutes celles qui utilisent des habitats de loisirs. Elles bénéficient aussi de moins d'assistance et ne sont généralement pas suivies par les services sociaux. Mais leur nombre ne cesse d'augmenter. Il n'est pas certain qu'il soit encore possible de les ignorer car il ne s'agit pas ici de tolérance d'une pratique illégale, comme pour le camping-caravaning sur parcelles privées mais bien du constat de l'augmentation de la précarité en France du fait de l'insuffisance de logements accessibles pour ces populations.

 

Par France Poulain
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