Pour commencer

 









Architecte et Urbaniste de
l'Etat
Docteur en aménagement,
en urbanisme et en études
urbaines
Chercheure

Mes publications

Ouvrages

· Ma cabane en Normandie, CRéCET, 2002  avec Fabienne Cosset (disponible sur la fnac)

· Le guide du camping-caravaning sur parcelles privées, Cheminements, 2005 (disponible sur le site de cheminements) 

· L'Esprit du camping, Cheminements, 2005  avec Elisabeth Poulain

 

Ouvrages collectifs

· « Camper au XXIe siècle, ou le paradoxe du mouvement arrêté » in Boudreault, P-W, Jeffrey, D.,  Identités en errance. Multi-identité, territoire impermanent et être social Coll. Sociologie au coin de la rue, Presses de l'Université Laval, 222 p., 2007.

· « Le camping-caravaning sur parcelles privées, étude des effets réels d’une réduction des droits d’usage attachés au droit de propriété ». Participation à la IVème Conférence Internationale « Droit de propriété, Economie et Environnement, thème 2002 : le littoral », organisée par le Centre d’Analyse Economique, le Groupe d’Etudes Droits de propriété et Environnement et l’International Center for Research on Environmental Issues, Université d’Aix-Marseille. 2002, juin

 

Télés & radios

· France Inter, Emission « Cha Cha Tchatche », 9 août 2007, Interview par Olivia GESBERT et Maja NESK

· TF1 : 13 heures, vendredi 10 mars 2007. 

· RFI, Emission Grand Reportage "Le camping pour la vie", 31 novembre 2006. 

· France 3, Emission "Le 19/20, Revue d'actu" intitulée "Etes-vous camping?", Ile de France-Centre, Interview par G.FAURE. 30.06.2006 

· France 5 : Phénomania : Camping : les recettes d'un succès , Interview par S.EDELSON, 31.12.2006 

· France Inter, Emission "C'est déjà le Matin" intitulée "L'habitat nomade", Interview par N.STOUFFLET, 15.03.2006 

· Radio France, Emission "Planète Mer" intitulée "Les Bidons-Plages", par N.FONTREL, 29.05.2005    

 

Publications 

· Maîtriser le camping sur parcelles privées, Le Moniteur, p.386, 11.11.2005 

· Un enjeu touristique oublié - La desserte et la mobilité en banlieue, Cahier Espaces, Tourisme et Loisirs, n°226, mai 2005, pp.52-55 

· La caravane invisible - L'irrésistible évolution des paysages littoraux par le camping-caravaning sur parcelles privées, Lettre de liaison de l'Observatoire du Littoral, IFEN, printemps 2005, 5p.

· Plein air et Camping - Deux notions qui ont évolué au fil du XXè siècle, Cahier Espaces "L'hébergement de plein air", février 2005, pp.29-34 

· Habitat de plein air, habitat mutable - De l'appropriation des habitats de plein air hors des campings, Cahier Espaces "L'hébergement de plein air", février 2005, pp.94-99 

· Tous campeurs, Cahier Espaces "L'hébergement de plein air", février 2005, pp.94-99 
· 
Ces campeurs qui ne décampent pas, Territoires, n°447, cahier  1, avril 2004, p.6. 

· La tolérance de l’habitat illégal sur le littoral, Etudes Foncières, n°108, mars-avril 2004, pp.13-16. avec marie benzaglou 

· Dessine-moi le camping, Le Caravanier, camping-caravaning, mars-avril 2004, n°264, pp.88-89 

· Quand le tourisme urbain gagne la métropole, Adapter les transports urbains aux nouvelles consommations, Cahiers ESPACES, n°78 « tourisme urbain », pp.110-115, juillet 2003. 

· Les inondations des espaces de loisirs dans la Somme, Etudes Foncières n°96, mars-avril 2002, pp.12-14 avec anne douvin 

· La valorisation symbolique du camping-caravaning sur parcelles privées in La valorisation des territoires, Labyrinthe, hiver 2001, pp. 38-48 

· Le camping, alternative à la résidence secondaire – propriétaire de son habitat, locataire de son terrain, Cahier ESPACES, n°69 « l’hébergement locatif », juin 2001, pp.106-112 

· Le coût de la résorption du camping illégal sur parcelles privées, Etudes Foncières n°88, automne 2000, pp. 41-45. 

· Immobile home, Urbanisme, n° 315, nov-déc 2000 pp.40-42    

 

 

Conférences 

· "Entre loisir et précarité, les deux visages du camping-caravaning sur parcelles privées", in colloque international "Anthropologie des abris de loisirs", université de Nanterre, nov. 2006 

· "Les 10 idées reçues de la précarité dans les terrains de camping", in Journée Nationale de Lutte contre l'habitat Indigne, Le Mans, nov. 2006 

· « Camper au 21ème siècle ou le paradoxe du mouvement arrêté » in atelier CR1 « Identités et territoires », AISLF, Association Internationale des Sociologues de Langue Française, atelier de F.Moncomble. (7 juillet 2004) 

· « Les territoires périurbains de loisirs, L’émergence de poches monofonctionnelles de loisirs à proximité des métropoles » Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement de la Sarthe, Le Mans, 2003, nov. 

· « Identification et territorialisation : le cas du camping-caravaning sur parcelles privées », UMR AUS 7136, Paris, 2003, nov. 

· "L’habitat léger de loisirs, entre préfabrication et cabanisation », Société Française d’Ethnologie, Paris, 2002, déc. 

·     « Le rôle de médiation de la DDE 50 dans la lutte contre le camping sauvage » table-ronde in « Le développement durable dans les pratiques professionnelles quotidiennes des agents de la DDE 49 », Angers, 2001, nov.                

· « La ville et la méditerranée » sous la direction de C.Vallat. Paris 2000, déc.  

 

 

Citations dans des articles 

· LOZANO, M.,  « Un loisir limité par la protection de l'environnement », Ouest-France, 4 août 2007 

· ROHOU, A., "Camping forcé pour 15000 franciliens", Le Monde pour MatinPLUS, n°11, mardi 20 février 2007, p.4 

· MERLO, A-M; "Accampento Parigi", Il Manifesto, 19.07.2006 

· DUCA, L., "Camping alternatif : de la tente à l'habitat léger de loisirs", Architecture à vivre, juillet 2006 

· PICARD, D., "La vie non rêvée dans les campings", Et les autres?, Fondation Abbé Pierre pour le logement des défavorisés, n°52, juillet 2006 

· CURTET-POULNER, I., "Les nouveaux bidonvilles", ParisObs, in Le Nouvel Obs, juin 2006. 

· BALLU, Th., "Quand la caravane a détrôné la tente", Ouest-France, 23 mai 2006. 

· LEBAS, M., "La cabane, un rêve de voyage immobile", Le Figaro, 22 mai 2006 

· GABRIELLI, A., "Le camping est un miroir passionnant de l'évolution de la société", p°9, Interview pour VDL Magazine, n°69, mars 2006. 

· De PREVOISIN, A., "Les campings travaillent trop sur leurs acquis", Interview pour Décisions, février 2006. 

· De THARLE, J-G., "L'esprit du camping : Tout un roman", Interview pour l'Officiel des Terrains, n°252, pp.42-46, février 2006 

· GILET, B., "L'esprit du camping de France et Elisabeth Poulain", La Nouvelle République, 22.12.2005 

· POTET, F., "Les caravanes de la misères", Le Monde, 22.12.2005 

· "Tout savoir sur le camping-caravning sur parcelles privées", Décisions, décembre 2005, p.28 

· TAYLOR, N., "Un guide du camping au champ", Le Parisien, 27.07.2005 

· LEWINO, F., "Avec mobil apparent", Le Point, n°1710, 23.06.2005 

· "Une nouvelle réglementation pour le caravaning", La Presse de la Manche, 28.03.2004

· "Caravaning : les nouvelles règles du jeu expliquées aux propriétaires", Ouest-France, 25.03.2004 

· JEANJEAN, B., "Habitats de loisirs : les idées fusent - Succès du concours d’architecture lancé en Sarthe", Ouest-France, 1.12.2003 

· MORTIER, B., L’habitat léger de loisirs déclenche une foule de concepts et d’idées, Le Maine-Libre, 29.11.2003. 

· GIL, M., Tourisme d’affaires, le tout balnéaire, Voyages d’Affaires, n°79, juin 2003, pp.80-85 (p.80) 

· De THARLE, J-G., France Poulain, Le Caravanier Camping-Caravaning, n°256, 07.03.2003

· SERVEAU, E., Tout sur le camping, La vie du Collectionneur, n°425, Interview, 30.08.2003

· GOURIN, D., D’abord l’auvent, puis le muret, Ouest-France, Interview, 22.08.2002 

· Caravanes sauvages sur le littoral, une réglementation en projet, Ouest-France, article paru suite à la réunion publique organisée dans le cadre de l’opération de résorption de la commune de Surtainville, Manche, 30.07.2001 

· Parution d’articles dans l’ARCA international et dans Echos Archi Nantes, déc. 1996 

Camping

Dimanche 31 décembre 2006

Pour tous ceux et toutes celles qui n'auraient pas eu la chance de pouvoir regarder ce documentaire auquel j'ai participé. En voici quelques lignes de présentation.

L'émission "Phenomania", magazine tout images, s'attache à étudier, sous toutes ses facettes, un succès culturel devenu un véritable phénomène de société...

samedi 30 décembre Durée: 53 mn Rediffusion : - dimanche 31 décembre 13:03 Résumé global Magazine de 52' proposé par Emmanuel Schwartzenberg et Christophe Koszarek, et coproduit par France 5/JaraProd. Réalisation : Cécile Levy. Durée : 52' Auteurs : Christophe Koszarek et Emmanuel Schwartzenberg Réalisation : Stéphane Edelson Production : Jara Prod Année : 2006 
Sorti sur les écrans en juillet 2006, le film "Camping", réalisé par Fabien Onteniente et interprété par Gérard Lanvin, Franck Dubosc, Claude Brasseur, Mathilde Seigner, connaît un succès immédiat avec presque 2 millions de spectateurs en première semaine et 5 millions après 5 semaines d'exploitation. "Phénomania" décrypte la surprise cinématographique de l'année. Le camping est une microsociété caractérisée par une mixité sociale dans laquelle on retrouve des valeurs partagées par tous les campeurs telles que l'amour de la nature, la convivialité, la solidarité. Dans le film, on retrouve ces valeurs ce qui permet à chaque spectateur, campeur ou non, de reconnaître un univers familier. Construit comme une plongée dans la société française, "Camping" est un film populaire dans lequel les Français peuvent aisément s'identifier. Film choral, les campeurs peuvent ainsi se reconnaître dans les personnages de Franck Dubosc ou Claude Brasseur tandis que les non campeurs se retrouvent totalement dans celui incarné par Gérard Lanvin. Même si les traits peuvent être parfois forcés, les personnages n'en demeurent pas moins réalistes. Depuis sa sortie, le film rafle les récompenses (meilleur film comique et réplique la plus drôle de l'année), la BO est devenue un tube de l'été et le DVD s'est placé en tête des ventes dès sa sortie. Et ce phénomène dépasse nos frontières puisqu'il a attiré l'attention de la presse étrangère à la grande satisfaction de tous les campings de France. 
 Tout est parti des souvenirs de vacances de Franck Dubosc, qui rêvait d'un film sur le camping, et l'a concrétisé grâce au réalisateur Fabien Onteniente. Tourné en quelques mois, Camping a attiré cinq millions de spectateurs en salle. Un succès qui ne pouvait pas échapper à 'Phénomania'.

 

Chaque année, dix millions de Français partent en vacances sous la tente ou en caravane. Ce chiffre explique en partie la popularité de Camping, comédie chorale dans laquelle une majorité de spectateurs peut se reconnaître.
Pour décrypter plus en profondeur ce succès, l'équipe de "Phénomania" s’est rendue au
Camping de la Dune, où le film a été tourné. Situé dans le bassin d'Arcachon, le site est devenu une attraction touristique en quelques mois, pour le plus grand bonheur de ses gérants.
Affiches, photos et objets du tournage rappellent que des vacanciers pas comme les autres sont passés par là : Gérard Lanvin, Mathilde Seigner, Claude Brasseur ou Franck Dubosc, qui rêvait d'un film sur ce thème depuis vingt ans…
De l'écriture du scénario au tournage en passant par les repérages et le casting, "Phénomania" revient sur les coulisses de ce long-métrage inspiré des souvenirs de l'acteur et réalisé en quelques mois. Mais, plus généralement, le magazine tout en images se penche sur le succès de ce mode de vacances et les clichés ou les a priori qu'il véhicule.
Aujourd'hui, avec 9 500 campings, la France représente le premier parc européen et le deuxième au niveau mondial, après les Etats-Unis. Réunis par des valeurs comme l'amour de la nature, la convivialité, la solidarité et la simplicité, les campeurs forment une microsociété.

Lieu de rencontres, d'amitié et de drague, le camping serait-il aussi un lieu de mixité sociale ? Les journalistes de "Phénomania" ont posé la question à plusieurs intervenants. Une chose est sûre : Camping a redoré le blason des campeurs et rendu "tendance" une pratique souvent considérée comme ringarde. Stéphanie Thonnet. 

Dans ses spectacles, Franck Dubosc revient régulièrement sur le thème du camping, un univers qu'il a fréquenté jusqu'à l'âge de 36 ans. Après avoir réfléchi à l'écriture d'un film sur le sujet, le comédien propose à Fabien Onteniente de développer le projet avec lui. Ecrit et tourné en quelques mois, le film sort sur les écrans en juillet 2006. Le succès est immédiat, avec presque 2 millions de spectateurs en première semaine et 5 millions après cinq semaines d'exploitation.  

 

Une microsociété : Dès 1936 et les premiers congés payés, les Français découvrent les joies de planter une tente. Aujourd'hui, la France a le premier parc européen et le deuxième mondial, avec 10 millions de campeurs chaque année et 9 500 campings. Le camping est une microsociété caractérisée par une mixité sociale dans laquelle on retrouve des valeurs partagées par tous les campeurs, telles que l'amour de la nature, la convivialité et la solidarité. Dans le film Camping, on retrouve ces valeurs, ce qui permet à chaque spectateur, campeur ou non, de reconnaître un univers familier. 

 

Portrait ou caricature ? Construit comme une plongée dans la société française autour de personnages qui sonnent juste, Camping est un film populaire dans lequel les Français peuvent aisément s'identifier. Film choral, les campeurs peuvent ainsi se reconnaître dans les personnages de Franck Dubosc ou Claude Brasseur, tandis que les non campeurs se retrouvent totalement dans celui incarné par Gérard Lanvin. Même si les traits peuvent être parfois forcés, les personnages n'en demeurent pas moins réalistes.

Consécration : Succès cinématographique de l'année 2006, Camping aura peut-être redoré le blason des campeurs et rendu le camping tendance. Depuis sa sortie, le long métrage rafle les récompenses (meilleur film comique et réplique la plus drôle de l'année), la BO est devenue un tube de l'été et le DVD s'est placé en tête des ventes dès sa sortie. Et ce phénomène dépasse nos frontières, puisqu'il a attiré l'attention de la presse étrangère, à la grande satisfaction de tous les campings de France. Alors, à quand un Camping 2 ?

Le camping en chiffres Le film Camping - 5 millions d'entrées - 15 millions d'euros de budget et Le camping en France - 9 millions de campeurs - 9 500 campings - 1er parc européen - 2e parc mondial, derrière les Etats-Unis

Intervenants / Autour du film Fabien Onteniente, réalisateur ; Patrick Godeau, producteur ; Philippe Guillard, co-scénariste ; Toma de Mattéis, directeur artistique ; Franck Dubosc, co-scénariste et comédien. / Spécialistes  Fabienne Pionneau : Directrice générale de la Fédération Française de Camping et de Caravaning (FFCC). Jean Viard :Sociologue spécialisé entre autres sur les vacances et directeur de recherches CNRS au Centre de recherches politiques de Sciences Po. France Poulain : Architecte et urbaniste. Emmanuel Ethis : Sociologue du cinéma et directeur adjoint du Laboratoire Culture et communication de l'université d'Avignon. Généralistes : Jean-François Kahn Directeur du journal Marianne.  Jacques Mandelbaum Critique cinéma au Monde.  Serge Trigano Président du Club Méditerranée de 1993 à 1997, il est aujourd'hui patron de trois PME en relation avec le tourisme.   Jean-Loup Dabadie Scénariste, dialoguiste et acteur. Christian Binet Dessinateur et auteur de la série Les BidochonsAurélie Bernede Assistante de direction au Camping de la dune, où a été tourné le film Camping  

Par France Poulain
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Dimanche 31 décembre 2006

Voici le texte d'une conférence donnée à Tours,  « Camper au 21ème siècle ou le paradoxe du mouvement arrêté » in atelier CR1 « Identités et territoires », AISLF, Association Internationale des Sociologues de Langue Française, atelier de F.Moncomble. (7 juillet 2004). (texte intégral)

C’est par le mouvement que nous pouvons définir l’époque actuelle. Le mouvement est   partout ; il  caractérise en particulier les habitats de plein air qui semblent répondre à ce besoin.

Les habitats de plein air semblent correspondre à un besoin de mouvement. Les tentes, caravanes, mobile homes ou camping-cars apparaissent comme les figures mêmes de la mobilité et de la non-pérennité. Leur existence est subordonnée à une résidence dite principale et leur particularité est de permettre aux usagers de voyager et de séjourner dans des lieux de manière temporaire. Tout laisse à penser que les campeurs recherchent certes le plein air mais que c’est surtout l’idée de la mobilité qui les séduit. L’hypothèse de cette identité partagée par l’ensemble des campeurs est émise par le chercheur, ce qui pose problème car il n’est pas certain que les personnes concernées en aient réellement conscience. (faut-il laisser cela ?)

Dans le cadre de cette hypothèse, nous allons analyser l’évolution de la pratique du camping, en nous interrogeant particulièrement sur l’existence potentielle d’une mémoire qui se serait créée au sein des terrains de camping et qui serait de nature à perdurer au-delà de la présence concrète des campeurs et/ou de leurs habitats. Existe-t-il une mémoire commune du mouvement et de la mobilité qui s’attache aux lieux ? Comment s’est-elle constituée et fonde-t-elle leur identité ? Les lieux portent-ils cette mémoire de la mobilité ? Les évolutions en matière d’habitat, notamment l’apparition du mobile home, ont-elles eu des conséquences sur cette mémoire ? Quel est le rapport entre cette mémoire et la réalité présente dans les terrains de camping ?

Les résultats présentés ici sont issus d’une recherche en cours portant sur l’analyse de plusieurs terrains de camping situés sur l’ensemble du territoire national. La localisation géographique est importante notamment pour déterminer si cette « culture » de la mobilité peut être similaire quel que soit le lieu étudié ? Des différences existent-elles en fonction de la durée d’occupation ou du taux de mobilité des parcelles ?

Depuis un peu plus d’un siècle, le camping s’est imposé comme le mode de vie de loisirs permettant une liberté quasi-totale de mouvement. Aujourd’hui idéalisé comme porteur du concept de nomadisme, la vie de plein air a permis aux urbains, de partir, de voyager, de s’affranchir de la sédentarité et de rêver d’ailleurs. Passer sans traces et sans marquer un espace. Nous allons nous attacher à décrire les habitats premiers du camping, à savoir la tente et la caravane afin de mettre en évidence les éléments « de mobilité » issus de leurs (dans= j’ai enlevé) leurs caractéristiques propres. Comment l’identité intrinsèque des campeurs s’est-elle constituée autour de la mobilité et d’une liberté totale de mouvement ? Nous étudierons également les premiers lieux d’accueil créés spécialement pour ces habitats mobiles et nous essayerons de comprendre comment s’est constituée l’identité des campeurs et la mémoire des lieux.

Les habitats de camping sont mobiles et subordonnés à l’existence d’une résidence principale. Les modèles des premières tentes sont issus des stocks militaires et ont été utilisés par des individus seuls ou en petits groupes afin de retourner à un mode de vie anti-urbain.

Il a fallu attendre le début du 20ème siècle, en Europe, pour que des citadins utilisent la tente comme un habitat de loisir. « Les pionniers de la randonnée-camping (...) partaient coucher dehors au grand ébahissement de leur entourage, utilisèrent comme premier abri une simple toile tendue horizontalement au-dessus d’eux par les quatre coins au moyen de cordes attachées à des arbres »[1]. Les premières tentes civiles pour les loisirs sont appelées les « bonnets de police » car elles sont faites grâce à « deux piquets plantés verticalement à quelques mètres l’un de l’autre et reliés par une corde permettent de poser la couverture de peau »[2]. La tente est le moyen le plus économique de partir en vacances et « constitue la pièce principale du matériel de campement. Elle seule donne ce sentiment d’indépendance complète, de liberté absolue qui fait la meilleure part de la joie du campeur. Plus d’hôtels ou de granges à chercher de porte en porte, plus d’étapes que l’on doit allonger souvent en vain pour trouver un gîte convenable »[3].

L’apparition de la tente canadienne va changer beaucoup de choses : « on a ajouté des murs d’environ 35 cm et parfois une abside permet de ranger des sacs »[4]. La canadienne restera un modèle commercialisé jusqu’aux années 1990 et aura quelques concurrentes célèbres. Ainsi, l'Itisa, tente à mât d’origine anglaise, sera fabriquée dans le monde entier. « En France, c’est le Touring Club de France qui s’en fait le promoteur. On la perfectionne, en changeant la forme de son trapèze, en composant un élément horizontal au sommet du mât, en lui adjoignant des auvents plus ou moins vastes. Le poids est toujours situé entre 3 et 5kg »[5]. Les tentes lourdes étaient proscrites par les campeurs qui les trouvaient souvent peu pratiques et difficiles à monter. Avec l’arrivée des congés payés, les campeurs recherchent de tentes plus spacieuses où la famille peut habiter, ce qui diminue la mobilité initiale.

Tout d’abord roulotte, l’habitat de loisir le plus vendu en France au cours du 20ème siècle (plus d’un million d’exemplaires vendus) a été dénommé « caravane » en référence à ce qui constitue encore aujourd’hui le rêve absolu en terme de voyage et de découverte. Il est néanmoins assez étonnant que ce terme lié à une vie sauvage ait pu être rattaché à un habitat hyperindustrialisé. Est-ce parce que la caravane permettait de revenir à une vie plus naturelle ?

Le terme « caravane » est historiquement assimilé aux longues processions[6] humaines ou animalières qui servent à transporter les marchandises. Les premières caravanes sont citées dans la Bible[7] dans la Genèse lorsque les frères de Joseph essayent de le tuer en le jetant dans une citerne vide. En Europe, le terme de caravane signifiant convoi est importé du Moyen-Orient par les Croisés au 11ème siècle. Les premiers modèles de remorques conçues pour circuler et/ou pour y séjourner furent les litières. Les berlines de voyage poursuivirent le mouvement. Mais le véritable tournant viendra avec l’apparition des verdines[8] plus confortables que les tentes traditionnelles.

Au milieu du 19ème siècle, les touristes anglais sont les premiers utilisateurs de ces « roulottes[9] » pour leurs loisirs. Dès 1896, L. Baudry de Saunier, qui est le premier journaliste automobile et « fondateur des revues La Locomotion, La Vie Automobile et Omnia »[10], publie un article visionnaire sur la roulotte dans le Touring-Club de France : « La roulotte est un élégant mode de tourisme ; conduire un véhicule attelé à sa maison me paraît devoir être un plaisir très vif. (…) Il faut devancer la mode et la mode sera demain, certainement de parcourir la Normandie ou la Provence dans son appartement à roulettes »[11]. Dans cet article, L. Baudry de Saunier cite également le Journal de l’art du Carrossier (Coach builder’s Art journal) qui « vantait en ces termes l’utilité des roulottes et leur confort : « Elles contiennent, au centre, sous le plancher, une baignoire ». »[12].

Pendant l’entre-deux guerres, R.R. Miller se rend en Angleterre et expose que les roulottes construites par des hommes riches « étaient luxueuses et confortables, de véritables maisonnettes sur roues. Elles étaient meublées très complètement de lits, tables, étagères, armoires, fourneau et une ou deux tentes supplémentaires étaient jointes pour loger des serviteurs et les amis pour lesquels ils n’y avaient pas de place dans la roulotte »[13]. Ce type de roulotte fut également utilisé en France, principalement par des particuliers qui construisirent leurs propres remorques habitables. Par exemple, « M. Bouthet des Gennetières, qui se plaisait à parcourir la France en famille dans une sorte d’omnibus attelé à quatre chevaux, décide en 1913 qu’il est l’heure de vivre avec son temps. Il fait donc poser sa roulotte sur un châssis de camion. (…) [En 1922], M. Collin-Dufresne va plus loin : sa villa roulante sur châssis Renault de 45 HP possède un étage télescopique offrant trois chambres et une extension en toile servant de salle à manger aux domestiques »[14].

Les années 20 sont marquées par le développement de l’automobile et les personnes aisées feront tracter leur habitacle par des voitures. « En 1939, on estime le nombre de caravanes circulant en France à une centaine »[15]. Pendant les années 30, la plupart des roulottes fabriquées sont réalisées par des constructeurs autodidactes. M. Constantin-Weyer visite « des remorques-roulottes faites en série (…) avec une ingéniosité magnifique, faites d’une vieille paire de roues d’autos, d’un essieu, de deux voliges et d’un heureux assemblage de contreplaqué et de toile d’avion »[16]. Entre l’utilisateur d’une caravane et le campeur, quelles différences pouvons constater ?

Qu’est-ce qu’un campeur ? Quelles sont les envies qui ont poussé des citadins, bénéficiant du confort moderne, à vouloir repartir dans la nature ? A partir des écrits des principaux auteurs contemporains de l’émergence de ce mode de vie de loisirs, nous allons essayer de mettre en avant ce qui a conduit les citadins « hors la ville » et par la même de mettre en évidence ce qui constitue les grands traits identitaires des premiers campeurs.

Le thème d’un retour salvateur à la nature a été utilisé dès les premières années du camping en France puisque les grands auteurs sur le camping comme J. Loiseau, J.J. Bousquet ou J. Hureau estiment même que le camping a été créé en réaction aux nouveaux modes de vie qui ont fait leur apparition à la fin du 19ème siècle. En plus de fortifier les corps et les esprits, le camping permet de ne plus subir les contraintes imposées par la vie urbaine et offre la possibilité à chacun d’être son propre maître. Il ne s’agit pas d’une question de distance ou des caractéristiques de la nature visitée, mais plutôt du sentiment d’être en dehors de la ville. La fuite est d’ordre physique et psychologique. Jamais réellement éloignés de la ville, les premiers campeurs tiennent un discours qui met l’accent sur la (marque=enlevé) coupure, liée à la mobilité et au déplacement.

Le camping est envisagé comme intercesseur entre l’homme et la nature. J. Hureau expose qu’il est nécessaire de « se retrouver de temps en temps au sein de la nature, échapper pour quelques heures aux bruits de la ville, se réapprendre à écouter la leçon de la terre, des arbres, du ciel, [car c’est] le seul moyen d’échapper à l’abêtissement et à l’asservissement total »[17]. Cet auteur estime que le camping est particulièrement bien adapté aux jeunes des villes, qu’ils soient étudiants, ouvriers, bureaucrates ou intellectuels ; car ils n’ont pas les moyens d’avoir une résidence secondaire pour s’extraire du monde urbain. Cette idéologie d’un retour salvateur à la nature est notamment développée par les scouts dans la mise en œuvre de camps pour les jeunes.

Les courants idéologiques auront des conséquences sur les habitudes des citadins et les pousseront à se rendre à la campagne. M. Constantin-Weyer décrit dans le flâneur sous la tente l’arrivée d’une petite troupe de citadins dans son petit coin de verdure choisi pour un week-end. « Les autos se rangèrent en bon ordre sur la prairie, comme pour un bivouac militaire. Les unes traînaient une remorque, et je m’aperçus que ces remorques étaient des roulottes. D’autres laissèrent échapper des tentes multicolores. Une voix de femme s’écria : Tiens, un « canoë »… [Le narrateur aperçoit à ce moment un de ses amis] - Comment diable êtes-vous ici, lui dis-je ? -        Week-end ! … Nous faisons partie d’une association de campeurs, comme vous le voyez. Tous les samedis matins, nous partons de Paris pour un coin quelconque de France. Nous avons qui des roulottes, qui des tentes. Et nous restons là, en pleine campagne, jusqu’au lundi matin. Le lundi à une heure de l’après-midi, nous sommes de retour à nos bureaux »[18]. Les campeurs, débutants ou aguerris, ont tous la volonté de reprendre en main leur vie en ayant une existence autonome pendant quelques jours. J. Loiseau estime qu’il n’y a rien de plus gratifiant que de « vivre indépendant ! ne compter que sur soi, rompre la monotone tyrannisé des habitudes acquises et des conventions humaines, fuir le rythme assourdissant des villes. Etre libre, enfin, de réfléchir et de méditer au contact de notre grande mère à tous, la Nature »[19]. Il ne s’agit pas d’assurer l’ensemble de sa subsistance mais plutôt de vivre à son propre rythme, qui n’est ni celui de la ville, ni celui de la campagne. Ce nouveau rythme est celui des loisirs que découvrent en masse les citadins de l’après-guerre.

En 1957, J.L. Ballereau expose que le campeur est et demeure un être civilisé mais qu’il peut grâce au camping s’évader des chaînes qui le retiennent car « cet attribut du nomadisme, la tente, qui en certains points du globe constitue encore l’unique habitat de peuplades peu évoluées, est devenu l’instrument incomparable grâce auquel le civilisé s’évade aussi souvent qu’il le peut de la ville surpeuplée. [L’homme citadin est] las de la vie artificielle qu’il y mène et de l’atmosphère viciée où il étouffe, il éprouve un besoin extrême d’air pur et de soleil »[20]. Et déjà, l’ensemble de ces auteurs commence à rejeter les « hédonistes » qui recherchent la caravane pour leurs vacances, car il leur semble que c’est moins « naturel » que la tente.

Durant la première moitié du 20ème siècle, les campeurs chercheront les lieux situés en pleine nature, tout en effectuant des allers-retours en ville afin de se ravitailler. Ils seront toujours peu nombreux à réellement vivre de cueillette et de chasse pour se couper complètement de la vie urbaine. La mémoire des campeurs ne se fera pas au niveau des lieux de camping puisque les campeurs remportent tout et ne laissent, du moins dans le meilleur des cas, que des traces minimes de leur passage : feuillées, barbecue ou souvenirs de modernité dans les villages ruraux traversés. Les échanges qui vont constituer le groupe et l’identité commune des campeurs se développeront dans les clubs de camping, comme le Touring Club de France, la fédération française de camping-caravaning, les compagnons de la bonne humeur, le Camping-Club Français, l’association des Voyages de camping et de vie en plein air, l’Auto-Camping Club de France ou le Moto-camping Club de France. Il n’existe pas d’attachement à un terrain en particulier, si ce n’est par le biais d’écrits ou de paroles transmises dans et par ces associations.

Les terrains de camping se sont développés afin de répondre à l’augmentation du nombre de campeurs et de caravaniers et à leur demande sans cesse accrue de services et de lieux leur permettant de passer des vacances dans les meilleures conditions possibles. Le mouvement fait des pauses. Les habitats demeurent majoritairement mobiles et seules les infrastructures demeurent ; pourtant les personnes qui s’y trouvent semblent appartenir à la même communauté. Est-ce lié à leur habitat et à sa mobilité initiale ou à leurs attentes de vacanciers ? Viennent-ils parce qu’ils savent qu’ils vont se retrouver « entre eux » ?

En France, l’accroissement du camping et surtout de la caravane est corollaire au développement du taux de motorisation des ménages et à l’industrialisation de la fabrication des caravanes.

Après la fin de la guerre, les roulottes sont progressivement abandonnées, les constructeurs passent à une fabrication industrialisée de caravanes et de véritables entreprises industrielles remplacent les quelques 2000 compagnies familiales issues de la guerre. A partir des années 1960, les constructeurs se regroupent ou disparaissent, ce qui clarifie le marché. L’ère de l’industrialisation arrive et les modèles auto-construits disparaissent de la circulation. La préfabrication des habitats mobiles leur permet de devenir des biens de consommation accessibles. En octobre 1960 « la firme Georges et Jacques présente la Pitt, une « presque 3 mètres » à 2900 francs. On la baptise boîte d’allumettes... Les rieurs déchantent : le succès commercial est considérable »[21].

En 1965, la libéralisation des importations des hébergements de plein air permet aux modèles anglais peu coûteux d’inonder le marché français. Les innovations se succèdent et les Français découvrent les fenêtres panoramiques, le mini-bar dans les années 70, et par la suite les bow-windows et autres améliorations venues d’Outre-Manche. Les dimensions et surfaces des modèles augmentent, jusqu’à ce que les campeurs ne puissent plus effectuer que des allers-retours entre leurs résidences principales et le terrain de camping qu’ils ont choisi. L’itinérance diminue considérablement.

A partir de 1950, le développement de la caravane va connaître une envolée spectaculaire. Elle devient plus confortable, plus autonome et les campeurs l’utilisent au maximum de ses possibilités en séjournant là où ils le souhaitent : bord de mer, étang,… les sites privilégiés seront pris d’assaut. Les campeurs prennent plaisir à parcourir les routes et profitent des moments de détente situés sur les trajets. La mobilité des habitats permet aux citadins de connaître de nouvelles formes de vacances et de découvrir le plaisir de disposer de plusieurs lieux de résidence. C’est la mobilité qui fait le succès de ces habitats préfabriqués.

La caravane procure l’avantage de pouvoir être implantée partout. Ainsi jusqu’à la fin des années 1970, de nombreux campeurs pratiquent le camping sauvage et envahissent « de grandes zones naturelles ouvertes et d’accès libre, correspondant en général à des massifs dunaires. Sa caractéristique essentielle est la bordure immédiate du littoral, quel que soit le contexte alentour. Ce qui compte c’est camper les pieds dans l’eau »[22], mais la concentration massive que connurent ces espaces poussent les pouvoirs publics à mettre en place une politique publique de résorption, à assurer le développement du camping-caravaning sur parcelles privées[23] et surtout à renforcer l’importance/la place des terrains de camping. Les campeurs sont de plus en plus nombreux à rechercher un confort amélioré par des services supplémentaires. Ils le trouveront dans les terrains de camping qui passeront du statut largement associatif à celui d’entreprises privées.

Les premiers terrains de camping sont simplement des socles pré-aménagés pouvant recevoir les « habitats qui bougent ». Il ne s’agit plus uniquement de champs offerts aux campeurs utilisant la tente et se regroupant autour d’un feu de camp. Les terrains commencent à être rationalisés : des parcelles sont dessinées sur le sol, des allées et des équipements collectifs sont mis en place (lieu pour faire sa vaisselle, douche, sanitaires,..). Ces équipements permettent aux campeurs de passer des vacances très agréables puisqu’ils ont l’opportunité de disposer de tout le confort moderne. Il est ici nécessaire de rappeler que la grande majorité des caravanes ne possédait pas de toilettes et que tous les campeurs ne se sentaient pas une âme d’aventurier ou de robinson.

Les habitats et la population qui les occupent se renouvellent en permanence et les campeurs apprécient de ne pas se retrouver dans un univers figé. Ce ne sont pas des lotissements de résidences secondaires immobiles. Tout est sans cesse en mouvement, à la fois parce que les habitats et leurs propriétaires ne demeurent que quelques jours ou quelques semaines mais également parce que la mise en commun d’un certain nombre de services habituellement intégrés aux habitations imposent des déplacements incessants. Les rencontres au bac à vaisselle ou l’attente du pain le matin constituent des moments privilégiés qui participent à la constitution d’un mode de vie particulier, d’une force insoupçonnable de l’extérieur. Et ce mode de vie s’impose à tous ceux qui séjournent.

 Nous faisons l’hypothèse que la mobilité des habitats a conduit à ce que la mémoire collective des campeurs -et fondatrice de leur identité- s’imprègne et s’intègre aux lieux, comme des odeurs dans les murs. Dans le cas des terrains de camping, la mémoire des lieux s’est constituée à partir d’habitats en mouvement et non d’un cadre urbain fixe. Or, ici les habitats et les gens sont mobiles, mais la permanence de ce mouvement crée une identité, une mémoire commune. On assiste à une fixation de l’identité des campeurs. Il suffit d’être dans l’un de ces lieux pour être campeur. Cela facilite l’identification et n’existe plus de faire de grandes traversées de l’Afrique ou de se rendre au fond des bois.

Avec plus de 11500 terrains de camping, la France est le premier pays au monde en matière d’accueil d’habitats de plein air. Ces lieux offrent un peu plus d’un million de places dont 60% sont louées à l’année qui accueillent de plus en plus des habitats sédentarisés, dans une proportion inconnue. De fait, ces lieux ressemblent plus à des lotissements de loisirs qu’à des lieux de camping et pourtant les vacanciers qui s’y trouvent ne se définissent que comme campeurs, dans leur relation au plein air et à la liberté procurée par la mobilité. Est-il alors possible que la mémoire de la mobilité perdure et ait créé un environnement spécifique dans les terrains de camping ? Quand le mouvement s’arrête et que les habitats de plein air se sédentarisent, la mémoire perdure-t-elle ? La mémoire qui s’est constituée est-elle plus forte que la réalité ? Est-elle attachée au lieu, c'est-à-dire au terrain de camping ? Est-ce que toutes les personnes qui vivent dans des habitats « immobiles » sont campeurs ? En effet, ne faut-il pas que les personnes restent dans l’alternance de résidences pour appartenir à cette culture du camping ? Que se passe-t-il pour tous ceux qui ne sont plus mobiles et qui demeurent dans les terrains de camping car ils n’ont pas d’autre choix ?

« Mobile home » : un terme encore plus évocateur de mobilité que ceux de « tente » ou de « caravane » alors que cet habitat assimilé à une caravane de grandes dimensions ne peut être déplacé que sur un poids lourd. Plus de 20.000 unités sont vendues par an. Le boom du mobile home est parallèle à l’explosion du camping-car et à la régression de la caravane[24].

En 1970, les vacanciers se tournent de manière massive vers les mobile homes anglais, seuls disponibles alors sur le marché, peu confortables et résistant mal aux intempéries. Les campeurs sont obligés de faire des travaux d’aménagement qui conduisent les détracteurs du camping à traiter les regroupements de ces habitats de « bidon-villes », mais ces jugements négatifs ne freinent pas les ventes. En 1997, Bernard C. explique qu’il avait acquis « un mobile home [car c’était] une solution moins coûteuse et plus confortable que [sa] simple caravane »[25]. De fait, les campeurs apprécient le confort, les surfaces importantes et l’esthétique extérieure de plus en proche d’un petit pavillon. Depuis 1995, les concepteurs de mobile homes améliorent l’isolation et utilisent des matériaux plus performants. Le prix d’achat du neuf varient entre 15.000 et 65.000 euros.

Le principal inconvénient du mobile home est qu’il est non-mobile par essence car il ne peut être tracté par une voiture du fait de son poids et de son manque de souplesse. En 1974, S. Benard explique déjà que les mobile homes « sont des caravanes mutantes ayant perdu les moyens de se déplacer autrement que sur la plate-forme d’un camion ou d’un wagon. [Il ne s’agit pas de caravanes d’habitation, mais] le public continue de les considérer, à tort, comme des caravanes, alors qu’elles en sont la négation, la vocation première de la caravane étant justement la mobilité. »[26]. L’auteur fait référence au fait qu’il est nécessaire de transporter les mobile homes sur des poids lourds. Cet habitat de grandes dimensions participe à la diminution de la mobilité des campeurs et ceux qui choisissent un habitat de ce type sont progressivement amenés à le laisser à demeure.

En France, il existe plus de 11500 terrains de camping, c’est dire si l’offre est extrêmement importante : du champ à peine aplani au terrain multiservices avec plusieurs piscines, jeux divers pour les enfants, multiples restaurants, bar, discothèque, boulangerie, tabac, presse, cours d’équitation, de tir à l’arc … et aussi de nombreux services de sécurité tels que caméra, gardiens avec leur chien, contrôle à l’entrée, etc. Les nouvelles formes identitaires construites à l’intérieur des terrains de camping ne sont plus basées sur la mobilité mais bien plus sur une appropriation permanente du sol, même si les campeurs ne sont pas présents à l’année sur leur parcelle.

Les habitats légers de loisir permanents ont progressivement remplacé des autres modes d'hébergement réellement mobiles (tente, caravane ou camping-car) et ont fait évoluer les modes d'occupation de l'espace. Auparavant, seul le garage mort des caravanes hors de la période d’utilisation estivale posait problème. Les gérants proposaient alors de les mettre en hivernage dans un endroit approprié. Avec les résidences mobiles, plus question d’utiliser cette technique car le déplacement sur poids lourd empêche les manipulations annuelles. Les résidences mobiles et les habitats légers de loisirs restent stationnés sur des parcelles spécialement aménagées pour cela. Les branchements aux réseaux, les plantations de haies sont plus nombreuses que sur les parcelles « de passage » et représentent un investissement certain. Pour les rentabiliser, les gérants louent ces parcelles à l'année ou les vendent ainsi équipées pour les résidences secondaires des campeurs. Ces derniers y voient plusieurs avantages puisqu'ils peuvent ainsi être assurés de pouvoir venir année après année dans leur lieu de prédilection pour les vacances, de se trouver dans la même configuration et auprès des mêmes voisins.

Les études réalisées sur le terrain montrent que le voyage n’existe plus qu’entre la résidence principale et la résidence secondaire. Cette perte des caractéristiques du camping liée au fait que les personnes ne se déplacent plus avec leur habitat a-t-elle des conséquences sur l’identité des campeurs ? Se voient-ils de manière différente ?

Un nouveau mode de résidentialité s’est constitué autour de l’acquisition d'une résidence mobile en vue d'une utilisation ponctuelle ou semi-permanente durant l'année et de son stationnement « définitif » sur des parcelles louées à l’année. Ce mode de location est prioritairement utilisé par les propriétaires de caravanes ou de résidence mobile, même si rien n’empêche un campeur d’implanter une tente sur sa parcelle.  Les habitats de plein air sont devenus de véritables résidences secondaires qui offrent la possibilité aux campeurs de « changer de vie, travailler de manière différente ou paresser, rêver ou connaître une autre qualité d’ennui ; celle enfin que l’on aime assez pour avoir sur elle des droits durables de propriété

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par France Poulain
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Lundi 5 février 2007

Cet article est extrait de ma thèse (2003)

L’étude de l’évolution réglementaire du camping qui suit s’attache à questionner les grandes périodes que l’on peut déterminer et surtout d’analyser quelques dates clés. Il ne sera pas question d’analyser l’évolution de la réglementation pour les terrains de camping sauf si ceux-ci indiquent un signe d’évolution de la position du législateur envers la pratique dans son ensemble. Actuellement, seul le stationnement des caravanes hors des terrains aménagés inscrit dans le Code de l’Urbanisme peut être analysé comme étant une volonté directe de réglementer le camping-caravaning sur parcelles privées. Les textes juridiques liés à la pratique du camping sont relativement peu nombreux du fait du décalage inévitable entre l’apparition d’une pratique et son encadrement réglementaire, le fait qu’il s’agisse d’une pratique de loisir mais également parce que le camping a été défini depuis 1959 comme étant une activité d’intérêt général. Nous émettons l’hypothèse qu’il semble ne jamais y avoir eu d’urgence à réglementer cette pratique de loisir, ce qui est vérifiable par l’analyse des textes ayant précédés la mise en œuvre des textes de lois mais des projets inaboutis. Les possibilités offertes aux campeurs sont également réduites par la présence d’un certain flou autour de la définition du mobile home ou résidence mobile. Le mobile home a une définition juridique basée sur l’accumulation de textes de jurisprudence. Ces textes ne sont pas connus par la majorité des campeurs qui assimilent le mobile home à une caravane. Cette non-définition ne protège en rien les campeurs sur parcelles privées dont les droits d’usage attachés à leur parcelle sont sans cesse réduits par l’arrivée de nouveaux textes ayant une portée sur le territoire, comme la loi Littoral ou Paysages.  

Par France Poulain
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Lundi 5 février 2007

A partir de l’étude des différents décrets de 1959, 1968, 1972, nous nous interrogerons sur le décalage existant entre une pratique et la réglementation qui s’y rapporte et sur les difficultés d’adaptation d’un texte unique pour une pratique qui peut être multiple. Serait-ce l’une des conséquences de la non-définition initiale du camping qui a conduit à créer une quasi-invisibilité réglementaire pour le camping-caravaning sur parcelles privées ?

En moins de dix années, le camping prend son envol et passe de quelques centaines de milliers à plusieurs millions de pratiquants. Les pratiques évoluent également avec l’apparition massive de la caravane qui remplace peu à peu la tente. Cette période est marquée par l’aboutissement des travaux parlementaires par le décret n°59-275. Durant cette période, le camping-caravaning sur parcelles privées progresse peu rapidement car concurrencé par le camping sauvage et les terrains de camping illégaux. 

Au milieu des années 1950, le développement de l’automobile et les départs toujours plus nombreux vers le littoral, principalement méditerranéen et atlantique, incitèrent les hommes politiques à se pencher sur l’organisation d’un véritable encadrement législatif du camping et à finaliser le premier texte national sur le camping. « Jusqu'alors, le camping assimilé de fait au nomadisme se trouvait soumis pour son exercice, en l'absence de toute réglementation globale et cohérente, au pouvoir discrétionnaire d'une réglementation locale au "coup par coup" sur lequel la jurisprudence n'exerçait qu'un contrôle timide »[1]. Les travaux parlementaires aboutissent au décret n°59.275 du 7 février 1959[2] qui constitue le premier cadre réglementaire national du camping. Ce décret est signé par M. Debré, Premier Ministre de l’époque. Ce texte permet aux maires d’interdire le camping pour des motifs d’ordre public et reconnaît à cette pratique le caractère d’activité d’intérêt général. A. Poupard rappelle que cette formule a une valeur juridique précise : « elle signifie qu’il ne peut être mis obstacle à la pratique du camping pour la satisfaction d’intérêts particuliers. En outre, cette notion d’intérêt général permet aux « personnes publiques » d’intervenir plus facilement pour organiser en service public les activités ainsi classées et donc de pouvoir plus aisément bénéficier de l’expropriation pour cause d’utilité publique des terrains destinés à leur pratique. Garantie par la loi, la liberté de pratique du camping s’exerce cependant dans le cadre de dispositions réglementaires qui prévoient des zones non autorisées et certaines possibilités d’interdictions »[3]. L. Montange expose que le décret ainsi que l’ensemble des textes qui lui font suite –décrets d’application, arrêtés, instructions et circulaires- précisent les modalités d’accueil des campeurs sur un terrain, qu’il soit ou non aménagé. Les communes et les départements prendront acte de la création de ce décret pour édicter un certain nombre de décrets locaux portant sur la limitation des possibilités d’installation hors des terrains privés de camping. Ainsi, le 26 juin 1959, un décret « tendant à préserver le caractère du littoral Provence-Côtes d’Azur » limite à dix campeurs et trois installations par terrains sur une part importante des territoires littoraux. Ce décret ainsi que ceux qui suivront sont basés sur l’article 2 du décret n°59-275 qui autorise la mise en œuvre de décrets visant à limiter voire à interdire la pratique du camping dans certaines zones. 

L’aboutissement du décret n°59-275 fait évoluer le camping en terrains aménagés mais laisse le camping-caravaning sur parcelles privées se développer librement. 

En 1967, G. Marinier rapporte à ses lecteurs que le camping et le caravaning sont libres en France et qu’il est juste nécessaire d’obtenir l’autorisation du propriétaire du terrain ou de celui qui en a la jouissance pour pouvoir s’installer, mais conseille aux campeurs de se rendre à un chapitre juridique inséré au cœur de son ouvrage. Suite à ces textes, G. Marinier ajoute qu’à « la lecture de ces textes, on serait tenté de croire que la pratique du camping et du caravaning est parfaitement organisée par les pouvoirs publics, et que les usagers, comme les propriétaires et les gestionnaires de terrains aménagés, peuvent se contenter d’appliquer à la lettre lesdits textes. Ce serait trop simple. En fait, l’application rigoureuse de ces décrets et arrêtés est souvent impossible et les autorités chargées de les faire respecter n’ont pas toujours les pouvoirs et les moyens nécessaires »[4]. Pour G. Marinier, les principaux problèmes sont nettement visibles au niveau des terrains de camping où les normes de classement et où les mesures permettant le contrôle de l’hygiène changent d’un département à un autre mais il ne voit pas de problème pour le camping sur parcelle privée dit camping « solitaire ». Il expose ainsi qu’on « peut estimer qu’il est possible de stationner n’importe où, à la condition de ne pas choisir un emplacement figurant sur la liste des lieux proscrits, et sous réserve de l’autorisation du propriétaire ou de la personne qui a la jouissance du terrain »[5]. La permissivité induite par ses propos est importante et il va même plus loin que les auteurs précédents car il écrit « cette autorisation peut être considérée comme tacite lorsque le terrain est éloigné de toute maison d’habitation et lorsque le caravanier ne s’y installe que pour une seule nuit »[6]. Toujours en 1967, J.V. Vic écrit au terme « autorisation » dans un lexique sur le camping-caravaning que « quand on se trouve dans une zone éloignée de toute habitation, telles que landes, terres incultes, montagne…, on est contraint d’agir autrement [que de demander une autorisation]. Mais c’est le seul cas excusable »[7]

A la fin des années 70, la caravane devient « un sport, un mode de vie réservé à une élite éprise d’écologie avant l’heure, une magnifique aventure, fruit d’une industrie neuve en proie à une irrépressible demande et en butte à des pouvoirs publics hostiles »[8]. La plupart des pouvoirs publics ne voient pas d’un bon œil, ces estivants nomades qui pratiquent un nouveau sport aux antipodes des pratiques vacancières existantes. A. Poupard dit ainsi que « les précurseurs de la caravane étaient [déjà] regardés par beaucoup de façon plus ou moins hostile et souvent qualifiés de romanichels »[9]. En 1967, « le Secrétaire d’Etat au Tourisme menace même d’interdire la pratique du camping au bord de la mer et des plans d’eau intérieurs »[10] du fait de cette assimilation aux nomades. C’est la Fédération Française de Camping-Caravaning et ses dizaines de milliers de membres qui empêcheront ce revirement législatif. 

B. 1967-1989, un rattachement au droit de l’urbanisme 

Durant cette période, les pouvoirs publics s’occupent principalement du traitement des nuisances des terrains de camping illégaux et de la gestion des difficultés croissantes induites par le camping sauvage. De ce fait, le nombre important de nouveaux pratiquants du camping-caravaning sur parcelles privées est considéré comme négligeable par les pouvoirs publics qui s’attachent plus à tenter de contrôler l’apparition de propriétaires privées qui accueillent de très nombreux campeurs sans avoir les autorisations pour cela. Les décrets de 1968 et 1972 ont comme objectif de limiter les possibilités offertes en dehors des terrains de camping et de réglementer le camping dans les terrains aménagés. Les textes réglementaires visent la sauvegarde de la possibilité pour les propriétaires d’accueillir des campeurs et le contrôle du nombre de campeurs admissibles sans qu’il y ait de risques sanitaires ou de concurrence illégale avec les terrains de camping autorisés sur une seule parcelle privée. Suite au mouvement de résorption du camping sauvage des années 1970 et d’une meilleure gestion des terrains de camping illégaux, les pouvoirs publics se sont aperçus que le camping-caravaning sur parcelles privées avait pris une certaine ampleur. Ils découvrent alors l’existence d’une nouvelle branche du camping uniquement gérée par un décret de 1959 maintenant ancien et des décrets locaux d’interdiction non respectés. Au cours des années 1980, les études portant sur la compréhension de cette nouvelle pratique se multiplient et entraînent les pouvoirs publics à conduire un groupe national de réflexion pour élaborer de nouveaux textes de lois, plus adaptés aux évolutions récentes du camping. 

En 1967, la création de la Loi d’Orientation Foncière a comme effet de définir par des plans et des règlements les espaces autorisant le stationnement des caravanes et l’aménagement de terrains de camping. Cette influence est de faible portée car les petites et moyennes communes littorales ne disposeront pas tout de suite d’un Plan d’Occupation des Sols. Dans le cas où ces communes disposent d’un plan de cadrage, il apparaît souvent qu’il n’existe aucune précision quant au stationnement des caravanes, ce qui conduit à l’autoriser sur l’ensemble du territoire communal à l’exception des zones nationales d’interdiction. 

Le second décret, n°68.134 du 9 février 1968 modifie celui de 1959. Ce nouveau décret impose la présence d’une déclaration préalable pour toute personne mettant à la disposition des campeurs un terrain, non soumis à autorisation du fait de sa capacité. De plus, il obligea les gérants à obtenir un arrêté de classement fixant la catégorie desdits terrains compte tenu de leur degré d’équipement avant la mise en exploitation des terrains aménagés. Le décret n°68-134 fixe à vingt campeurs et six installations de camping le nombre maximum de personnes et/ou d’installations par parcelles, ce qui permet de contrôler les terrains de camping illégaux et de ne permettre qu’une occupation familiale des terrains privés. L. Montange rapporte que P. Dumas, Secrétaire d’Etat auprès du Premier Ministre chargé du Tourisme écrit dans une circulaire que « la pratique libre du camping doit être préservée. En tout état de cause, le camping ne sautait être interdit sur la totalité du territoire d’une commune donnée ». P. Dumas indique qu’il n’est pas possible d’interdire le camping hors des terrains aménagés, ce qui permet de préserver à la fois le camping sauvage tel qu’il est pratiqué par les scouts ou les randonneurs mais également par tous ceux qui séjournent sur des parcelles privées de manière fixe. 

Il faut attendre le décret n°72.37 du 11 janvier 1972 pour voir apparaître une disposition particulière soumettant à autorisation le stationnement des caravanes pendant une durée supérieure à trois mois. Ce même décret institue une réglementation spécifique relative à l’ouverture de terrains aménagés pour le stationnement exclusif des caravanes. Le législateur prend conscience de l’apparition d’un « phénomène de la sédentarisation anarchique des caravanes et autres habitats légers de loisirs tant sur les zones à haute fréquentation touristique (et tout particulièrement le littoral) qu'aux abords des grandes villes »[11] a tenté de réguler le phénomène en imposant une demande de permis de construire pour les constructions sans fondations. Dans la circulaire n°72-186, du 20 octobre 1972, il est indiqué que « les constructions et abris démontables ou transportables, ayant pour vocation d’être fixés ou posés au sol, tels les constructions édifiées par éléments préfabriqués ou modules, ainsi que les maisons mobiles, les bungalows et les chalets démontables, entrent dans le champ d’application de l’article 84 modifié du code de l’urbanisme et de l’habitation ; leur implantation doit être autorisée par un permis de construire. Toute caravane perdant ses moyens de mobilité est assimilée à ces constructions »[12]. 

En plus des notions de sécurité et de salubrité publique, ces décrets montrèrent l’intérêt croissant de l’Etat français pour la protection de l’environnement et le contrôle des évolutions urbanistiques du territoire national. Ces volontés sont concrétisées par l’introduction de l’ensemble de la réglementation relative à l’hébergement de plein air[13] au sein du Code de l’Urbanisme, par le décret n°84.227 du 29 mars 1984. Ce décret modifie le Code de l’Urbanisme et entraîne la suppression des dispositions incorporées par l’article 7 du décret du 11 janvier 1972 où le législateur a prévu « l’ouverture de terrains aménagés exclusivement pour le stationnement des caravanes... » sans autre précision. A. Poupard précise que « l’arrêté ministériel du 15 mars 1972, pris pour son application atteste bien par la qualité des signataires (ministre de l’Equipement, et les secrétaires d’Etat au Logement et au Tourisme, sur avis des ministres de l’Intérieur, de l’Environnement, de l’Agriculture, du Travail, de la Santé et de la Sécurité Sociale) que la caravane est prise en compte non seulement au titre de véhicule de tourisme et de loisirs mais aussi tout simplement de ... logement »[14]. A ce niveau, le législateur prend en compte le fait que la caravane est plus qu’un habitat de loisir. Les terrains aménagés sont séparés entre ceux qui étaient destinés à une exploitation touristique et ceux qui ne l’étaient pas. Les populations concernées par ces terrains de « non-loisirs » sont les travailleurs du bâtiment et les gens du voyage. Le décret de 1984 supprime les articles qui se référaient à la possibilité de créer ce genre de terrains et empêche les terrains de camping comme lieu de résidence principale. Le décret de 1984 précise les conditions de la décentralisation des compétences en matière d’urbanisme afin de tenir compte de la mise en application de la loi du 7 janvier 1983 portant sur la répartition des compétences entre les communes, les départements, les régions et l’Etat. Les communes dotées d’un POS approuvé ont acquis la décentralisation des compétences en matière d’interdiction de camping ou de stationnement des caravanes hors des terrains aménagés, des autorisations de stationnement isolé des caravanes, des autorisations de terrains aménagés permanents ou saisonniers et les actes qui s’y rapportent tel que le certificat d’achèvement des travaux et du régime de la déclaration préalable pour la réception habituelle de campeurs hors de terrains aménagés. Sauf en ce qui concerne le classement des terrains et de la possibilité d’augmenter le seuil de capacité au-delà duquel le régime de l’autorisation d’aménager le terrain est exigé qui reste à la compétence de l’Etat. Pour les communes non dotées de POS approuvé, l’ensemble des compétences précitées peut être exercé au nom de l’Etat, par le préfet ou le maire. 

Durant ces dernières années, la réglementation a peu évolué en terme de camping puisque aucun nouveau texte législatif n’a été élaboré. D’autres textes ayant une portée plus générale ont une action indirecte sur la pratique du camping comme la loi Paysage ou l’application des Plans de Prévention de Risques. L’encadrement juridique du camping et plus largement des habitats de plein air –caravane, mobile home et habitation légère de loisirs- a été augmenté par de nouveaux textes de jurisprudence.  

A partir de 1987, la Direction de l’Architecture et de l’Urbanisme met en place un Groupe de Travail « hébergement de plein air » regroupant les meilleurs spécialistes du camping et du camping-caravaning sur parcelles privées pour élaborer de nouveaux textes réglementaires, sous la direction de Mme Meaux. Le groupe de travail s’attache principalement à traiter les problèmes posés par l’évolution des habitats légers de loisirs dans les structures collectives et travaille parallèlement sur le stationnement des caravanes en dehors des terrains aménagés. Les travaux portent sur l’analyse des évolutions de la pratique notamment avec l’apparition de nouveaux comportements face à la sédentarité des habitats et au désir des campeurs de pouvoir disposer d’une résidence fixe à l’année. Il s’agit de fixer les limites d’aménagement pour les structures collectives. Un certain nombre d’études sont faites sur des terrains spécifiques, comme l’île de Noirmoutier, Guidel (Morbihan), Hem-Monacu et Eclusier (Somme), Rang-du-Fliers (Pas-de-Calais), Puget-sur-Argens (Var) et Vendays-Montalivet (Gironde). Ces études sont encadrées par J. Toledano (CETE Nord-Picardie) qui effectue une étude portant sur les régularisations illicites. De fait, le groupe de travail souhaite suivre les évolutions et donner les moyens aux élus de résorber les infractions provoquées par le stationnement isolé ou par les terrains de camping. Les premiers résultats aboutissent en 1989 et font état des possibles modifications du Code de l’Urbanisme. Concernant le camping-caravaning sur parcelles privées, on peut noter que les habitats légers de loisirs devraient être considérés comme de réelles constructions et nommés constructions à usage d’hébergement. La gestion du stationnement des caravanes est analysée comme étant possible par le biais des règlements des Plans d’Occupations des Sols. Le statut de la résidence mobile n’est pas défini bien que Y. Lessart[15] note qu’il est nécessaire de rendre « réglementaire » la circulaire de 1988. Les modifications sont bien plus importantes en ce qui concerne les structures collectives surtout à propos de la fiscalité des habitats qui deviennent sédentaires. Lors du départ de Mme Meaux, les textes sont abandonnés alors même qu’ils étaient prêts pour être présentés à l’Assemblée Nationale. Depuis 1989, seuls quelques nouveaux textes de jurisprudence sont apparus surtout sur la définition du mobile home et de son caractère mobile (voir le paragraphe sur le statut du mobile home). 


[1] Journées d’information sur l’hébergement de loisirs, 16 et 27 mais 1983, Centre Interrégional de Formation Professionnelle de Nantes, 1983, np.

[2] Décret du 7 février 1959 - Art.1er – Le camping est considéré comme une activité d’intérêt général et est librement pratiqué, dans les conditions fixées par le présent décret, avec l’accord de celui qui a la jouissance du sol, sous réserve, le cas échéant, de l’opposition du propriétaire.

Art. 2 – Un décret déterminera les conditions selon lesquelles le camping pourra être interdit ou réglementé dans certaines zones, sauf dérogations accordées par les préfets, notamment sur l’entreprise des routes, les places publiques, dans le voisinage des points d’eau captée pour la consommation et dans l’intérêt de la protection des monuments historiques et des sites

Art.3 – Les maires peuvent, par des arrêtés de police motivés, soumettre à des conditions particulières ou interdire d’une manière temporaire ou permanente, la pratique du camping sur les emplacements où cette pratique porte atteinte au maintien de l’ordre et à la protection de la salubrité publique. Ces interdictions ne sont opposables aux usagers que si des mesures de signalisation ont été prises dans les conditions prévues par un décret. (…)

[3] POUPARD, A., Textes officiels, camping, caravaning, hébergements de plein air, Sp/mai 2001, Fédération Française de camping et de caravaning, 2001, p.1

[4] MARINIER, G., Le caravaning, Larousse, 1967, p.253

[5] op. cit. (MARINIER, 1967), p.331 

[6] op. cit. (MARINIER, 1967), p.331

[7] VIC, J.V., Camping et caravaning, Larousse, 1967, p.16

[8] LEROUX, B., GIRARD, M., Caravanes de chez nous, MDM, 1998, p.8

[9] op. cit. (POUPARD, 1968), p.35

[10] op. cit. (LEROUX, 1998), p.88

[11] Journées d’information sur l’hébergement de loisirs, 16 et 27 mais 1983, Centre Interrégional de Formation Professionnelle de Nantes, 1983, np.

[12] Circulaire n°72-186 du 20 octobre 1972 (relatif au stationnement des caravanes).

[13] le terme « hébergement de plein air » regroupe les caravanes, les mobile homes, les habitations légères de loisirs et les camping-cars.

[14] POUPARD, A., « Caravaning et aménagement », Etudes Foncières n°46, mars 1990, p.21

[15] Entretien Y.Lessart 00FP17(DDE56).08092000

Par France Poulain
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Mardi 13 février 2007

Voici une petite recherche que j'ai faite sur l'argot du camping, pour répondre à la question suivante "y a-t-il des mots ou des expressions spécifiques au camping?"

Les « pique-niqueurs » techniquement dénommés « saucissonneurs » ressemblent autant à des campeurs qu’un diplodocus à un escargot (Panneel, 9). 

Il y a des pyramidales triangulaires telle la tente-cercueil (Panneel, 20)

La tente peut être close de plusieurs manières, dont celle des fermetures à galons, ris ou lambias (cordonnets noués ou entrelacés). (panneel, 33)

Les tendeurs sont des petites pièces en duralumim ou en os destinés à tendre les cordonnets –dénommés « tensions »- qui fixent au sol le toit de la tente à l’aide de piquets. (panneel, 34)

Les haubans sont des codons qui servent à étarquer les mâts. Ils sont fixés à l’extrémité du bec de l’auvent –aussi bien de la tente que du double-toit- et doivent être tendus le plus loin possible de la tente. Quoi que n’étant pas à proprement parler des « haubans », ni des « tensions », il convient de parler ici des « ceinturages » de sécurité par grand vent. Une canadienne est généralement ceinturée dans le sens de la longueur, tandis qu’une pyramidale est littéralement « corsetée ». On peut encore « haubaner » son mât par des tensions supplémentaires, en patte d’oie, montées au vent. (panneel, 35).

Les piquets de sol sont des « fiches » que l’on enfonce dans le sol pour y fixer les tensions et les haubans. Suivant l’importance des tentes, il en existe des formes variées. Les automobilistes adoptent soit des « harengs » de bois, soit des « cornières » en fer cadmié. Pour le pédestrian, il n’y a qu’un modèle vraiment rationnel et pratique : c’est le plus simple, dit « piquet fil » à bout pointu. Le modèle « langue d’aspic » n’est pas mieux à conseiller. (panneel 36)

Un campeur n’emploie jamais le terme « cuisine ». C’est n’est pas assez « distingué » et d’ailleurs « popoter » signifie parfaitement ce qu’on veut lui faire dire : faire de bons repas avec des moyens succincts. (panneel 49) 

Le matériel de popote est la « batterie de cuisine » du campeur. Elle se compose d’une marmite dénommée « popote » avec un couvercle hermétique et mobile, formant poêle, d’une louche, d’une écumoire. On peut y ajouter une cafetière, une boule à thé (chaussette), un ouvre-boîte, un seau à eau ou vache à eau en tissu caoutchouté avec bouchon vissé, ou en toile à voile blanche, de même forme que celle en caoutchouc, mais sans goût et de tissu beaucoup moins fragile). (panneel, 60-61)

Le bidon peut être une « peau de bouc » landaise, basque ou espagnole. C’est une véritable peau cousue et retournée, poils en dedans et dans l’intérieur de laquelle on laisse une certaine quantité de goudron pour la calfater, son seul inconvénient est qu’il est nécessaire de savoir parfaitement la « culotter » au vin rouge. (panneel 64) 

Le « portefeuille » est une boîte en aluminium dans lequel 4 ou 6 œufs peuvent s’encastrer côte à côte. Les « coques » sont des « œufs » en aluminium à 2 tronçons vissés entre eux. (panneel, 67). 

Le fanion

Les sacs : le pédestrian a un bergan, le cycliste des sacoches et le canoéiste a des sacs en caoutchouc. (vibert, 78)

Le premier des Spartiates du camping, le prince, l’as, celui qui possède les plus fortes qualités, est l’homme qui fait du camping à pied et tout seul. Il part un beau matin dans ses gros souliers ferrés, vêtu de laine et de drap épais, une bonne canne à la main ; en bandoulière, il a une gourde, un appareil de photographie, ou une boîte de fer-blanc renfermant un carnet avec des crayons. Il porte sur les reins un sac qui contient côte à côte son linge, une batterie de cuisine de pygmée, et sa maison ! Littéralement, cet homme là, c’est l’escargot. (Baudry de saunier, pp.12-13)

Sa coquille, sa maison, est une minuscule toile de deux mètres de longueur, qu’il trend sur un sol sec au moyen de petits bambous et de petits cordages ; il s’y coule pour dormir ; il y dort roulé dans un autre morceau de toile. Vous vous figurez certainement qu’ainsi saucissonnée, il souffre là mille douleurs de reins et d’occiput ! Quelle erreur ! (Baudry de saunier, p.13)

Quelques éléments de matériel : petite hachette, marmite, plat, seau en toile, pelle-bêche formant serpe et scie, poêle à manche pliant, lanterne à cheminée de verre, passoire à café, marmite-popote, passoire à café ou mouchoir, clairon ou mirliton, (bonnamaux, 28)

On vend sous le nom de manteau-tente, manteau universel, un large morceau d’étoffe de loden de 2m.50 de long sur 1m.25 de haut, bordé à 5 centimètres sur tout le pourtour. Il est muni au bord supérieur d’une coulisse avec un fin cordeau qui permet de le serrer autour du cou, les bords latéraux portent une dizaine de boutons et boutonnières se faisant vis-à-vis. Enfin, il est ménagé dans l’étoffe deux larges ouvertures pour passer les bras, soir verticales, soir plutôt obliques, longues de 40 à 50 centimètres. Ces ouvertures peuvent se fermer par une large bande d’étoffe à recouvrement et 3 boutons. Un capuchon à larges bords complète le manteau. Celui-ci peut servir de pèlerine, petite tente portative, couverture, toile couvre-sol, hamac, nappe, etc., etc. Son poids en loden est d’environ 1 kg. 800. ( bonnamaux, p.44) 

L’entraînement au fardeau consiste à accomplir sac au dos une série de marches en augmentant progressivement la charge. L’entraînement à la marche, complément du précédent, consiste à faire à la même allure une série de marches de plus en plus longues. (bonnamaux, p.61)

Les pieds seront graissés avec du « philopode » ou de la « lanoline ». Si la peau est trop tendre, on peut la durcir en l’enduisant d’une solution de formol étendue de 10 à 20% d’eau ; éviter de badigeonner les espaces interdigitaux. Cela n’empêche pas de graisser la peau. On peut aussi tanner la peau en mettant pendant quelques jours une pincée de tan dans la chaussette. (bonnamaux, p.127). 

Le camping ce n’est pas seulement une tente qui change de place tous les jours, mais aussi un cœur qui randonne dans la nature (tourte, p.245)

« Pudding camping » Cuire 750gr. De rhubarbe coupée en petits cubes avec ¼ d’eau et 200gr. De sucre. Sitôt tendre, jetez-y en pluie 5 cuillerées de semoule. Laisser cuire ¼ d’heure en remuant. Laissez refroidir dans la gamelle (mouillée au préalable) et servez avec une sauce à la vanille. (tourte, p.221)

Oignons camp-volant. Dix beaux oignons d’égale grosseur. Pelez. Cuisez dans de l’eau ou du bouillon de légumes salés, jusqu’à ce qu’ils soient tendres. Rangez sur les assiettes, saupoudrez de ciboulette, persil ou autres herbes et versez dessus du beurre très chaud… C’est très bon… Surtout si l’on aime les oignons. (tourte, p.211)

Le campeur en deuil ne va pas campeur au Mont-blanc mais plutôt dans la Forêt-noire. (tourte, p.202)

Le camping fixe : c’est le supplice de TENT…AL (tourte, p.183)

Loisirs au camp. Faire des harpes éoliennes qui, suspendues aux haubans de la tente, chanteront au vent. (tourte, p.175)

Parole de campeur. La route qui mène au camp-volant commence à ta porte. (tourte, p.174)

Marsh Mallows. En Amérique, les campeurs s’amusent, le soir, à faire ramollir et griller au-dessus du feu de camp des pâtes de guimauve blanches, roses, jaunes appelées « Campfire » en les piquant au bout d’une baguette pointue ou de la fourchette, la pâte se boursoufle, grésille et c’est un passe-temps en même temps qu’un régal fade. (tourte, p.169)

Lavette. Obtient un certain succès chez les campeuses ménagères, mais offre l’inconvénient de conserver une humidité grasse, de fermenter, de salir et d’empester… mieux vaut une poignée d’herbe, du sable ou de la cendre du foyer. (tourte, p.89)

Par France Poulain
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