Pour commencer

 









Architecte et Urbaniste de
l'Etat
Docteur en aménagement,
en urbanisme et en études
urbaines
Chercheure

Mes publications

Ouvrages

· Ma cabane en Normandie, CRéCET, 2002  avec Fabienne Cosset (disponible sur la fnac)

· Le guide du camping-caravaning sur parcelles privées, Cheminements, 2005 (disponible sur le site de cheminements) 

· L'Esprit du camping, Cheminements, 2005  avec Elisabeth Poulain

 

Ouvrages collectifs

· « Camper au XXIe siècle, ou le paradoxe du mouvement arrêté » in Boudreault, P-W, Jeffrey, D.,  Identités en errance. Multi-identité, territoire impermanent et être social Coll. Sociologie au coin de la rue, Presses de l'Université Laval, 222 p., 2007.

· « Le camping-caravaning sur parcelles privées, étude des effets réels d’une réduction des droits d’usage attachés au droit de propriété ». Participation à la IVème Conférence Internationale « Droit de propriété, Economie et Environnement, thème 2002 : le littoral », organisée par le Centre d’Analyse Economique, le Groupe d’Etudes Droits de propriété et Environnement et l’International Center for Research on Environmental Issues, Université d’Aix-Marseille. 2002, juin

 

Télés & radios

· France Inter, Emission « Cha Cha Tchatche », 9 août 2007, Interview par Olivia GESBERT et Maja NESK

· TF1 : 13 heures, vendredi 10 mars 2007. 

· RFI, Emission Grand Reportage "Le camping pour la vie", 31 novembre 2006. 

· France 3, Emission "Le 19/20, Revue d'actu" intitulée "Etes-vous camping?", Ile de France-Centre, Interview par G.FAURE. 30.06.2006 

· France 5 : Phénomania : Camping : les recettes d'un succès , Interview par S.EDELSON, 31.12.2006 

· France Inter, Emission "C'est déjà le Matin" intitulée "L'habitat nomade", Interview par N.STOUFFLET, 15.03.2006 

· Radio France, Emission "Planète Mer" intitulée "Les Bidons-Plages", par N.FONTREL, 29.05.2005    

 

Publications 

· Maîtriser le camping sur parcelles privées, Le Moniteur, p.386, 11.11.2005 

· Un enjeu touristique oublié - La desserte et la mobilité en banlieue, Cahier Espaces, Tourisme et Loisirs, n°226, mai 2005, pp.52-55 

· La caravane invisible - L'irrésistible évolution des paysages littoraux par le camping-caravaning sur parcelles privées, Lettre de liaison de l'Observatoire du Littoral, IFEN, printemps 2005, 5p.

· Plein air et Camping - Deux notions qui ont évolué au fil du XXè siècle, Cahier Espaces "L'hébergement de plein air", février 2005, pp.29-34 

· Habitat de plein air, habitat mutable - De l'appropriation des habitats de plein air hors des campings, Cahier Espaces "L'hébergement de plein air", février 2005, pp.94-99 

· Tous campeurs, Cahier Espaces "L'hébergement de plein air", février 2005, pp.94-99 
· 
Ces campeurs qui ne décampent pas, Territoires, n°447, cahier  1, avril 2004, p.6. 

· La tolérance de l’habitat illégal sur le littoral, Etudes Foncières, n°108, mars-avril 2004, pp.13-16. avec marie benzaglou 

· Dessine-moi le camping, Le Caravanier, camping-caravaning, mars-avril 2004, n°264, pp.88-89 

· Quand le tourisme urbain gagne la métropole, Adapter les transports urbains aux nouvelles consommations, Cahiers ESPACES, n°78 « tourisme urbain », pp.110-115, juillet 2003. 

· Les inondations des espaces de loisirs dans la Somme, Etudes Foncières n°96, mars-avril 2002, pp.12-14 avec anne douvin 

· La valorisation symbolique du camping-caravaning sur parcelles privées in La valorisation des territoires, Labyrinthe, hiver 2001, pp. 38-48 

· Le camping, alternative à la résidence secondaire – propriétaire de son habitat, locataire de son terrain, Cahier ESPACES, n°69 « l’hébergement locatif », juin 2001, pp.106-112 

· Le coût de la résorption du camping illégal sur parcelles privées, Etudes Foncières n°88, automne 2000, pp. 41-45. 

· Immobile home, Urbanisme, n° 315, nov-déc 2000 pp.40-42    

 

 

Conférences 

· "Entre loisir et précarité, les deux visages du camping-caravaning sur parcelles privées", in colloque international "Anthropologie des abris de loisirs", université de Nanterre, nov. 2006 

· "Les 10 idées reçues de la précarité dans les terrains de camping", in Journée Nationale de Lutte contre l'habitat Indigne, Le Mans, nov. 2006 

· « Camper au 21ème siècle ou le paradoxe du mouvement arrêté » in atelier CR1 « Identités et territoires », AISLF, Association Internationale des Sociologues de Langue Française, atelier de F.Moncomble. (7 juillet 2004) 

· « Les territoires périurbains de loisirs, L’émergence de poches monofonctionnelles de loisirs à proximité des métropoles » Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement de la Sarthe, Le Mans, 2003, nov. 

· « Identification et territorialisation : le cas du camping-caravaning sur parcelles privées », UMR AUS 7136, Paris, 2003, nov. 

· "L’habitat léger de loisirs, entre préfabrication et cabanisation », Société Française d’Ethnologie, Paris, 2002, déc. 

·     « Le rôle de médiation de la DDE 50 dans la lutte contre le camping sauvage » table-ronde in « Le développement durable dans les pratiques professionnelles quotidiennes des agents de la DDE 49 », Angers, 2001, nov.                

· « La ville et la méditerranée » sous la direction de C.Vallat. Paris 2000, déc.  

 

 

Citations dans des articles 

· LOZANO, M.,  « Un loisir limité par la protection de l'environnement », Ouest-France, 4 août 2007 

· ROHOU, A., "Camping forcé pour 15000 franciliens", Le Monde pour MatinPLUS, n°11, mardi 20 février 2007, p.4 

· MERLO, A-M; "Accampento Parigi", Il Manifesto, 19.07.2006 

· DUCA, L., "Camping alternatif : de la tente à l'habitat léger de loisirs", Architecture à vivre, juillet 2006 

· PICARD, D., "La vie non rêvée dans les campings", Et les autres?, Fondation Abbé Pierre pour le logement des défavorisés, n°52, juillet 2006 

· CURTET-POULNER, I., "Les nouveaux bidonvilles", ParisObs, in Le Nouvel Obs, juin 2006. 

· BALLU, Th., "Quand la caravane a détrôné la tente", Ouest-France, 23 mai 2006. 

· LEBAS, M., "La cabane, un rêve de voyage immobile", Le Figaro, 22 mai 2006 

· GABRIELLI, A., "Le camping est un miroir passionnant de l'évolution de la société", p°9, Interview pour VDL Magazine, n°69, mars 2006. 

· De PREVOISIN, A., "Les campings travaillent trop sur leurs acquis", Interview pour Décisions, février 2006. 

· De THARLE, J-G., "L'esprit du camping : Tout un roman", Interview pour l'Officiel des Terrains, n°252, pp.42-46, février 2006 

· GILET, B., "L'esprit du camping de France et Elisabeth Poulain", La Nouvelle République, 22.12.2005 

· POTET, F., "Les caravanes de la misères", Le Monde, 22.12.2005 

· "Tout savoir sur le camping-caravning sur parcelles privées", Décisions, décembre 2005, p.28 

· TAYLOR, N., "Un guide du camping au champ", Le Parisien, 27.07.2005 

· LEWINO, F., "Avec mobil apparent", Le Point, n°1710, 23.06.2005 

· "Une nouvelle réglementation pour le caravaning", La Presse de la Manche, 28.03.2004

· "Caravaning : les nouvelles règles du jeu expliquées aux propriétaires", Ouest-France, 25.03.2004 

· JEANJEAN, B., "Habitats de loisirs : les idées fusent - Succès du concours d’architecture lancé en Sarthe", Ouest-France, 1.12.2003 

· MORTIER, B., L’habitat léger de loisirs déclenche une foule de concepts et d’idées, Le Maine-Libre, 29.11.2003. 

· GIL, M., Tourisme d’affaires, le tout balnéaire, Voyages d’Affaires, n°79, juin 2003, pp.80-85 (p.80) 

· De THARLE, J-G., France Poulain, Le Caravanier Camping-Caravaning, n°256, 07.03.2003

· SERVEAU, E., Tout sur le camping, La vie du Collectionneur, n°425, Interview, 30.08.2003

· GOURIN, D., D’abord l’auvent, puis le muret, Ouest-France, Interview, 22.08.2002 

· Caravanes sauvages sur le littoral, une réglementation en projet, Ouest-France, article paru suite à la réunion publique organisée dans le cadre de l’opération de résorption de la commune de Surtainville, Manche, 30.07.2001 

· Parution d’articles dans l’ARCA international et dans Echos Archi Nantes, déc. 1996 

Société

Dimanche 31 décembre 2006

Un Zone Interdite spécial sur le camping dans les inédits de l'été 2006. (présentation).

Héritier de la caravane, le camping-car a séduit les Français : ses ventes ont été multipliées par trois en dix ans. En 2005, le cap des 20.000 immatriculations a été franchi : la France possède désormais le deuxième parc européen, derrière l’Allemagne. Aujourd’hui, malgré un prix de vente de 40.000 euros en moyenne, 200.000 Français sont propriétaires d’un camping-car. Au palmarès des marques, la gamme Challenger (Groupe Trigano) réalise plus de 2000 ventes par an en France. En matière de prix, le record appartient au Silverstar (Groupe Pilote), facturé 370.000 euros. Ce camping-car de 9,50 m de long, bâti sur châssis Mercedes, est suréquipé en électroménager et audiovisuel.

bibliographie

« Aménagement des camping-cars », Collectif AFNOR 2006.
Guide destiné aux professionnels qui installent et équipent des camping-cars et aux particuliers qui désirent équiper eux-mêmes leurs véhicules.

« Guide officiel 2006 camping-caravaning », Michel Ameglio, Ediregie, 2006.
Tous les campings de France (10.600 adresses).

« Le Guide du camping-caravaning sur parcelles privées », France Poulain, Cheminements, 2005.
Une lecture utile à tous ceux qui cherchent des solutions pour que le camping-caravaning sur parcelles privées puisse continuer à exister en France.

« L’Esprit du camping », France Poulain et Elisabeth Poulain,Cheminements, 2005.
La France est le pays du camping. Quelles sont les raisons qui poussent plusieurs millions de personnes chaque année en France à faire du camping ?

Par France Poulain
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Vendredi 9 février 2007

Ce texte est issu d'une conférence donnée au Colloque "Anthropologie des Abris de Loisirs" qui s'est déroulée à l'Université de Nanterre, en novembre 2006, sous l'égide de la Société Française d'Ethnologie.

Invisibilité et tolérance sont les deux maîtres mots qualifiant l’originale pratique d’occupation de l’espace qu’est le camping-caravaning sur parcelles privées. Mais comment est-il possible d’en arriver à cette définition alors que la France dispose du plus grand nombre de pratiquants au monde rapportés au nombre d’habitants ? que le nombre de parcelles campées dépasse sans aucun doute les 250.000 ? et que le taux d’infraction est de plus de 80% ? Ces interrogations en entraînent d’autres en cascade, notamment celle qui consiste à se rechercher l’origine des mécanismes qui permettent à une société de décider, consciemment ou non, de ne pas voir ce qu’elle met réellement en œuvre au quotidien.

Les travaux de recherche que je mène depuis une dizaine d’années maintenant combinent des méthodes spécifiques de recherche liées aux aspects « loisirs » ou « précarité » du camping-caravaning sur parcelles privées avec une analyse de l’intérêt porté en retour par les médias à la thématique du camping, car leurs choix indiquent à la fois ce qu’ils veulent montrer et à la fois ce qu’ils souhaitent « cacher » ou du moins ce qui ne leur semble pas vendeur. Il est ainsi possible d’appréhender les deux faces du miroir. Je me suis ainsi principalement basée sur l’analyse des productions « médias » mais également des nombreuses discussions avec des journalistes. 

Un phénomène massif pourtant peu médiatisé

Le camping-caravaning sur parcelles privées est le processus d’appropriation ou de jouissance d’un morceau de territoire (parcelle cadastrée) à des fins d’implantation, de manière temporaire ou non, d’une caravane, d’un mobil-home, d’un chalet ou d’une habitation légère de loisirs. Il s’agit une pratique invisible qui ne conduit pas à une identification par les campeurs eux-mêmes. En effet, ils ne savent souvent pas comment se nommer et le terme de camping-caravaning sur parcelles privées n’est également ni reconnu, ni utilisé au niveau des médias, des hommes politiques ou des personnes en charge de l’urbanisation du littoral. Sans doute parce qu’ils estiment préférable de ne pas mettre en lumière un problème complexe au risque de faire surgir d’importantes manifestations populaires.

En effet, l’invisibilité offre la possibilité de tolérer une pratique illégale à plus de 80%[1]. Et le nombre massif d’infractions ne conduit pas les médias à s’en saisir comme ils pourraient le faire pour un sujet représentant « David contre Goliath » ou plus concrètement le petit propriétaire foncier contre l’Etat français. Néanmoins depuis quelques années, les campeurs commencent quand même à avoir une identité médiatique parce que certaines affaires judiciaires donnent lieu à des reportages. Les articles les plus informatifs sont ceux qui précèdent et suivent les procès menés à l’encontre des contrevenants. Les journalistes précisent de manière approfondie les raisons qui ont entraîné des relaxes ou des condamnations, notamment les moyens d’obtenir la prescription triennale.

L’étude des articles permet de mettre en évidence la portée des actions et du message des campeurs et s’il n’est pas possible de présenter ici l’ensemble des articles publiés depuis environ vingt ans consacrés à l’expression des volontés des campeurs, il est utile de remarquer que ces articles montrent la détermination des campeurs et leur permet surtout de pallier une concertation souvent inexistante. La diffusion des articles de presse ou des reportages radiophoniques ou télévisuels engendre plusieurs réactions. En premier lieu, les responsables d’association estiment que l’invisibilité leur permet de bénéficier, et ce avec raison, d’une plus grande tolérance. Néanmoins, nombreux sont ceux qui, a contrario, remarquent que les médias sont plus intéressés par les démarches collectives et que cela peut conduire les pouvoirs publics à aller vers l’action. Mais cette identité recréée par les journalistes, qui sélectionnent les éléments les plus parlants pour rendre la situation plus simple à comprendre et surtout plus haute en couleur, n’est pas si anodine. Ainsi, même s’ils se basent souvent sur des faits réels, il apparaît que certains éléments caractéristiques sont parfois magnifiés au détriment d’autres laissés dans l’oubli ou inventés de toute pièce. Des assimilations sont ainsi parfois faites avec les gens du voyage ou avec les précaires présents sur les parcelles privées.

Retenons néanmoins que, quoiqu’en majorité illégale, il apparaît que ces éléments ponctuels de médiatisation ne suffisent pas rendre cette pratique visible. Les journalistes montrent plus d’intérêt lorsque l’aspect « infraction » est mis de côté et que l’on aborde la question de l’esthétisme décoratif développé par les campeurs sur leur habitat cabanisé. 

L’esthétique non-glocalisée du camping cabanisé intéresse néanmoins

En parcourant plusieurs milliers de kilomètres le long des rivières (Somme, Loire, Sarthe,…) et au sein des espaces privilégiés pour la détente (littoral, forêt,..) et ce, le plus souvent pendant les périodes estivales, j’ai pu réaliser plusieurs milliers de photographies et de croquis d’habitats de camping. Aujourd’hui, mes travaux de recherche portent sur quelques sites très déterminés afin de mettre en évidence les modes de vie et les formes de sociabilité qui s’y développent. Et si ces témoignages visuels présentent une grande diversité, une analyse plus poussée et surtout croisée entre les différentes régions montre l’émergence d’une certaine forme d’homogénéité. En effet, le camping-caravaning sur parcelles privées paraît être une occupation de l’espace aux caractéristiques similaires quel que soit le lieu choisi et la commune étudiée, tant les habitats, les répartitions en surfaces moyennes et les localisations des parcelles dans les espaces agricoles et naturels sont identiques.

Les campeurs ne paraissent pas s’approprier un style architectural local ou régional mais se créent plutôt leur propre style. Ce style se retrouve sur l’ensemble des parcelles de camping et seules les aménagements extérieurs et les plantations peuvent fournir des indications pour localiser géographiquement une caravane photographiée sur sa parcelle. Les éléments locaux peuvent être le fait de styles architecturaux spécifiques, de gamme de couleurs, de formes de fenêtres, de volets ou de toitures, de matériaux et de techniques de construction ou d’éléments décoratifs comme les passementeries de briques pour le faîtage des toitures. Les campeurs pourraient s’inspirer des styles régionaux pour construire leur appentis ou annexes mais les études sur le terrain montrent que cela n’est pas le cas. Mais l’analyse des habitats ou de leurs ajouts ne permet pas de déterminer un style architectural particulier. La non-diversité dans les outils, les matériaux et les conseils de mise en œuvre conduit les campeurs à cabaniser leur habitat de plein air selon les mêmes règles. Quasiment tous les campeurs, à l’exception de ceux qui disposent de compétences particulières comme les menuisiers, réalisent leurs ajouts selon les mêmes principes constructifs les aménagements qu’ils désirent.

Les campeurs ne se réfèrent pas à un style préexistant. Ils considèrent que la caravane et le mobile home constituent un style en eux-mêmes et que leur ajouter un autre style les travestirait. Ainsi, le style du camping-caravaning sur parcelles privées conjugue un habitat préfabriqué, des ajouts auto-normés par les campeurs sur la base des formes et matériaux disponibles dans les magasins de bricolages et des éléments décoratifs présents dans toute résidence secondaire. Il n’existe pas de styles régionaux ou locaux en ce qui concerne les habitats de plein air et seules les espèces plantées et le style des clôtures et barrières peuvent fournir des indications pour attacher un mobile home à une région.

Mais les journalistes s’intéressent quand même à la multitude des formes d’appropriation des habitats et des jardins. Et si les éléments décoratifs disposés par les campeurs ne présentent pas de caractéristiques qui permettent de les rattacher à un territoire, il leur permet de réaliser des reportages sur l’aspect « mignon » ou « joli » de ce petit habitat de loisirs. En effet, qui n’a pas rêvé devant la photographie d’une cabane peinte en rouge au bord de la mer ou posé dans un arbre ? Cet aspect esthétique existe de manière quasi autonome face au problème posé par l’implantation souvent illégale des caravanes ou des mobil-homes et en tout cas très largement éloigné de ses aspects précaires. En effet, il pourrait être quasi obscène de mélanger dans un magazine de décoration ou d’architecture l’aspect esthétique avec la précarité et la pauvreté. Néanmoins, c’est ce dernier aspect qui est aujourd’hui le plus médiatisé et qui pourrait conduire à sortir la pratique dans son ensemble de son invisibilité. Cela pourrait-il entraîner alors la fin de la tolérance ou son accroissement ? l’évacuation des parcelles ou le démarrage de bidonvilles ?

Mais moins que la précarité au bout du chemin

Pour les « précaires », les sites et les temporalités changent car les résidents essayent souvent de s’implanter à proximité des moyennes et grandes villes. Les lieux sont plus dispersés et les regroupements ne sont pas de même nature que pour les « loisirs ». Il est donc nécessaire de mener un travail d’investigation plus fin pour les localiser. Cela fait maintenant deux ans que j’ai engagé un travail de recherche sur cette pratique d’occupation de l’espace. Il ne m’est pas possible de révéler les sites sur lesquels je travaille car cela pourrait mettre les personnes concernées dans des situations complexes. Le constat du développement du nombre de « précaires » vient en premier lieu avec la mise en évidence de l’apparition de nouvelles populations sur des sites de camping-caravaning sur parcelles privées consacrés aux loisirs. On assiste ainsi à des rachats de caravanes ou de mobil-homes et à la sédentarisation de familles là où seuls des vacanciers venaient. Et en second lieu avec les résultats obtenus à partir des études menées sur l’évolution des terrains de camping. Ainsi, la pression immobilière draine de plus en plus de populations vers les terrains de camping et cela génère un phénomène de « taquet » qui pousse au remplacement des populations les plus précaires par des populations aux finances plus solides. Les populations les plus fragiles se retrouvant alors à l’extérieur et étant obligées de trouver une solution alternative, qui est parfois celle du camping-caravaning sur parcelles privées.

La motivation des médias en tous genres à parler du camping-caravaning sur parcelles privées se modifie alors profondément. La détresse humaine faisant toujours vendre, selon le principe bien admis que chacun se rassure en regardant des plus pauvres que soi, les journalistes tiennent à savoir pourquoi et comment des personnes en arrivent à cette situation. Mais, je ne pense pas aujourd’hui que l’invisibilité soit remise en cause et ce pour une raison simple. Les médias sont fortement plus concernés par les « précaires » qui se trouvent dans les terrains de camping. Car si l’intérêt est fort pour les plus pauvres que soi, il est néanmoins mâtiné du besoin de savoir qu’il existe un niveau encore inférieur à celui qui est présenté. Et c’est celui de la précarité sur parcelles privées. La précarité dans les terrains de camping fait parler d’elle, car l’on sait -et ce « on » est en partie lié à notre inconscient collectif- que nous pouvons tous nous retrouver à plus ou moins court terme dans cette situation. Dès lors, il est possible de créer une certaine psychose liée à un futur possible et envisageable pour tous ceux qui éprouvent aujourd’hui des difficultés à se loger. Cette hypothèse étant plus éloignée en ce qui concerne la précarité sur parcelles privées, elle est alors moins mise en lumière et il n’est donc pas évident qu’elle suffise à renverser une tolérance aussi profondément ancrée dans notre fonctionnement sociétal.  

Références bibliographiques  

OUVRAGE Poulain France, 2005, Le guide du camping-caravaning sur parcelles privées, Bron, Cheminements. / Poulain France, Poulain Elisabeth, 2005, L’esprit du camping, Bron, Cheminements. / Poulain France, 2002, Ma cabane en Normandie, Caen, Centre Régional de Culture Ethnologique et Technique.


[1] L’illégalité peut se rapporter à des infractions au Code de l’Urbanisme ou au Code de la Construction et de l’Habitation (dépassement des durées autorisées, défaut d’autorisation de stationnement, défaut de permis de construire…).

Par France Poulain
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Dimanche 25 février 2007

S’interroger sur l’évolution de la place de la femme dans la pratique du camping permet de comprendre les grands cycles constitutifs de la pratique actuelle mais également de visualiser les apports du camping sur la vie quotidienne des femmes en terme de tenue vestimentaire, de rapport au corps ou de liberté sexuelle.

La femme et les sports de plein air

A partir des années 1920, les femmes sont de plus en plus nombreuses à tester des activités de plein air. Dès lors, le camping leur apparaît comme un moyen pour pratiquer un sport en extérieur comme la randonnée ou plus rarement le kayak.

Les premières campeuses durent insister pour se joindre aux groupes de randonneurs

En France, les premières femmes à faire du camping furent les fiancées ou les épouses de campeurs. Ces derniers souhaitaient faire partager leur passion et entamaient de véritables négociations avec leurs responsables associatifs car les responsables d’associations de campeurs voyaient d’un mauvais œil l’arrivée de personnes pouvant troubler l’harmonie d’un groupe. Il était alors nécessaire d’apporter les garanties en particulier au sujet de l’absence de troubles qu’elles causeraient. J.Loiseau, grand responsable associatif des années 1940 expose qu’il accepte une ou deux personnes féminines dans son groupe car elles peuvent apporter une certaine détente mais qu’il ne faudrait pas dépasser ce nombre au risque de perturber la cohésion du groupe. J.Loiseau voyait en toute femme un trouble potentiel alors que M.Constantin-Weyer voyait surtout les troubles que pouvaient apporter les épouses à leurs maris. En 1946, il expose ses réflexions sur le couple et le camping : « Il est beau de pratiquer le camping en couple. C’est l’amour, qui est une belle chose. Mais c’est un peu moins le camping. Il arrive un moment où l’on regrette les robinets à eau chaude du cabinet de toilettes, où l’on trouve la tente étroite et inconfortable. Et puis, l’amour est trop grand, trop exclusif pour que la Nature vienne à vous. A quoi bon ? Vous ne la regarderiez pas »[1]. Ces considérations de campeurs d’avant-guerre ne supporteront pas le développement des loisirs de masse et la libéralisation de la condition féminine. 

 

Tenue correcte exigée mais après 1950, le corps se dévoile

Les quelques ouvrages parus à cette époque montrent que les auteurs font la part entre les avantages et les inconvénients de leur venue. Ainsi, les femmes sont appréciées pour s’occuper de la cuisine mais il est nécessaire de respecter certaines contraintes vestimentaires surtout lorsqu’elles se trouvent dans des bourgs ruraux.

Après 1950, le camping se popularise et devient le mode d’hébergement favori des Français. La pratique se diversifie et de nouveaux campeurs apparaissent principalement en bord de mer. Pendant ces périodes de vacances consacrées au repos et non plus aux activités sportives, le corps se dévêt et le camping devient l’un des lieux de libéralisation des mœurs.

Après 1960, la caravane allège les contraintes domestique

A partir des années 1960, la tente et plus encore la caravane ont offert la possibilité à de multiples vacanciers de se rendre là où ils le désiraient et de disposer d’un confort suffisant pour passer quelques semaines de détente. Ce profond bouleversement s’est produit parallèlement au développement de la société de loisir. En effet, la mobilité inhérente à ce mode d’habitat a permis à des millions de Français et de Françaises de parcourir des milliers de kilomètres tout en transportant leurs habitudes avec eux. A.T’Serstevens estime à ce propos que le camping est une « commodité de voyage, un moyen de se débarrasser de la contrainte des étapes et de l’internationalisme incolore des palaces »[2]. Par ailleurs, le confort présent dans les caravanes a favorisé la diminution des contraintes domestiques. 

 

Les habitats de loisir permettent aux femmes de diminuer leurs tâches ménagères du fait de la taille mais également de la liberté apportée par le mot « vacances ». Cet attrait pour une vie simple a souvent conduit les femmes à opter pour le camping plutôt que pour l’acquisition d’une résidence de campagne qui ne leur aurait pas diminué leur quantité de travail. Les modes de vie qui ont été constitués dans les habitats de plein air ont offert aux femmes la possibilité de changer les règles du jeu. Bien sûr, l’ensemble des ouvrages écrits jusque dans les années 1970 considèrent que la présence féminine permet de gérer les problèmes d’intendance, de préparer à manger et de s’occuper des enfants. Accessoirement, la femme peut aussi participer à la bonne marche de la caravane en étudiant les cartes avec son mari. G.Marinier écrit ainsi : «  aujourd’hui, les femmes savent lire une carte routière et ne demandent pas mieux que d’aider leur mari à suivre l’itinéraire qu’ils ont préparé ensemble »[3]. Ces considérations étaient toutes le fait d’auteurs masculins[4] qui n’avaient pas pris en compte que les femmes prendraient le camping comme prétexte pour modifier les habitudes familiales en terme de domesticité. Certes, les femmes continuent à assumer la majeure partie des tâches domestiques dans un habitat de loisir mais elles les ont diminués. Elles vont continuer à nettoyer et à faire la cuisine dans leur habitat de loisir mais que cela leur prendra moins de temps que dans leur résidence principale. En effet, les ménagères expliquent qu’il y « a moins de travail ici, on fait cela plus vite et puis bon si on ne le fait un jour ce n’est pas grave »[5].

La diminution due au rétrécissement de l’espace est augmentée par le relâchement des codes sociaux. Les habitats de loisirs sont toujours bien tenus mais les femmes investissent moins de leur temps et leurs préoccupations dans l’entretien de leur intérieur. Cet allègement des contraintes domestiques est vécues par les femmes comme une avancée sociale dont elles profitent pendant leurs vacances. Par ailleurs, le rôle important du barbecue conduit les hommes à participer à l’élaboration des repas. Les grillades sont prises en charge par les hommes et les femmes préparent les assaisonnements ou les salades. Les repas de vacances sont à la fois plus simples au niveau du décorum mais continuent à être travaillés afin que les invités soient bien reçus.

Les humoristes ont profité de ces modifications de comportements dans le couple et dans la famille pour pousser la caricature d’une femme dominatrice le temps des vacances. Le camping devient alors le lieu idéal pour délaisser à l’homme l’ensemble des tâches ménagères. Depuis environ un siècle, le camping a été le théâtre de l’évolution des comportements entre homme et femme, notamment au niveau de la répartition des tâches ménagères ou de la prise en charge des activités familiales. Il apparaît que les femmes ont développé de nouveaux rapports dans le couple ou dans la famille en acquierant une certaine autonomie pendant ces périodes de loisirs où les statuts sociaux avaient la possibilité d’être redéfinis.  


[1] CONSTANTIN-WEYER, M., Le flâneur sous la tente, Stock, 1946, p132 [2] T’SERSTEVENS, A., Les joies du plein air, Arlea, 2000 [1940], p.72 [3] MARINIER, G., Le caravaning, tourisme-vacances, Larousse, 1967, p.301 [4] On note seulement deux auteurs féminines : Jo Tourte qui a écrit de nombreux ouvrages avec son mari et Elisabeth Von Arnim qui a écrit un ouvrage sur les déboires conjugaux d’un mari dont l’épouse s’émancipe lors d’un séjour en roulottes. [5] Entretien 01FP50(Pirou).524(07082001) 

Par France Poulain
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Dimanche 25 février 2007

La présence de caravanes est un signe révélateur de l’implantation d’artistes plus ou moins mobiles dans des lieux réputés inhabitables. Les rassemblements de caravanes ne sont pas imaginables dans les terrains de camping classiques, ni sur les aires réservées pour les gens du voyage. De fait, les possesseurs de caravanes dans le monde artistique sont conduits à rechercher des lieux accessibles et non occupés par une autre communauté. Les caravaniers-artistes sont alors entraînés vers les espaces en friche dans les grandes métropoles. Par ailleurs, les artistes qui recherchent des lieux de création sont également amenés à investir certaines friches industrielles et à utiliser la caravane comme moyen d’apporter du confort dans des lieux a priori inhabitables. 

La caravane est un objet préfabriqué qui est porteur de l’essence de la société post-industrielle. Au départ, la caravane est un habitat mobile et autonome qui permet aux urbains de se rendre dans la nature sauvage. Paradoxe s’il en est, l’objet a pris le nom de ce qui représentait la liberté pour la société urbaine, à savoir les longues traversées dans les déserts africains ou moyen-orientaux. La pensée collective assimile la caravane à la quintessence du voyage puisqu’elle permet aux êtres qui l’empruntent d’accéder à un niveau supérieur de spiritualité. Aujourd’hui, la caravane moderne est évocatrice de la mobilité en liberté et surtout de la possibilité de s’affranchir des lieux « normaux » d’hébergement. Les caravaniers peuvent s’installer là où ils le désirent selon leur gré. Les gens du voyage et ceux du cirque ont été les premiers à utiliser cet habitat mobile pour leur vie de tous les jours en remplacement des tentes. Aujourd’hui, les caravanes de cirque ou celles des artistes de rue sont principalement localisées dans des environnements urbains. Ainsi, la caravane n’est plus seulement un objet de vacances mais est également devenue un habitat mobile pour les artistes en ville. 

Les caravanes peuvent être utilisées par les gens du cirque, des artistes de rue itinérants, des intermittents du spectacle (éclairagistes, musicien..) ou des acteurs. Ces différentes catégories d’artistes n’utilisent pas de la même manière leur habitat mobile puisque les surface habitables, les durées d’occupation pendant une année et les périodes de semi-sédentarité varient avec le métier exercé. La principale distinction existe entre une utilisation légale et permanente de la caravane comme lieu de vie comme c’est le cas pour les gens du cirque et une utilisation moins autorisée et plus ponctuelle sur l’année pour les artistes itinérants. Les études montrent que les friches sont les lieux les plus adaptés pour ces modes de vie, en particulier parce que les caravanes, les chapiteaux et autres scènes nécessitent de grands espaces planes.

Par France Poulain
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Dimanche 8 avril 2007

Identités en errance. Multi-identité, territoire impermanent et être social

Auteur : Pierre-W. Boudreault, Denis Jeffrey - Collection : Sociologie au coin de la rue 222 pages - 2007 - ISBN : 978-2-7637-8421-2

Résumé : Sous la direction de Pierre-W. Boudreault et Denis Jeffrey
Sommé d’être soi-même dans un monde d’individus libérés des allé­geances morales face à sa société, ne devrait-on pas repenser la question de l’identité dans des cadres humains plus volatils ? L’individu étant conscient de la nécessité d’être libre et autonome, tout ce qui peut représenter un mur ou une limite est repoussé, rejeté, combattu. En retour, sans limites ni cadres de référence acceptés collectivement, l’individu risque l’errance s’il ne trouve pas l’écho ni le miroir capable d’indiquer la mesure de ses limites personnelles.  Dans un monde pluraliste où l’enchevêtrement culturel et la différence s’imposent à l’encontre de la ressemblance et de la similitude, la quête identitaire se déploie, en quelque sorte, à partir d’une offre diversifiée de formes de reconnaissance. Nombre d’individus sont à la recherche d’emblèmes identitaires qui les représentent. Ne vivons-nous pas à l’ère des identités libérées ou à l’ère des identités en quête de frontières ? En fait, la modernité la plus actuelle ne se démarque-t-elle pas par cet hyperphénomène des identités en errance ?Jérôme Boissonade, Pierre-Wilfrid Boudreault, Hélène Brunaux, Mario Côté, Denis Jeffrey, Małgorzata Kowalska, Michel Maffesoli, Denis Martouzet, Małgorzata Melchior, Françoise Moncomble, Guillaume Penel, Fabio Poggi, France Poulain, José Augusto Dos Santos Alves. 

Table des matières :

Présentation
PREMIÈRE PARTIE // L’IDENTITÉ EN TENSION
La modernité morale et la question de l’identité Denis Jeffrey, Université Laval, Québec
Changer de nom et changer d’identité : le cas des survivants de l’Holocauste qui ont survécu sous une identité d’emprunt Małgorzata Melchior, Université de Varsovie
Des confins de l’Europe à l’Europe des confins Małgorzata Kowalska, Université de Białystok, Pologne
Un nouveau paradigme communicationnel au tournant du XIXe siècle et l’émergence de l’individu social moderne José Augusto Dos Santos Alves, Centro de História da Cultura da Universidade Nova de Lisboa

DEUXIÈME PARTIE // VITALITÉ ET TERRITOIRE IMPERMANENT

Quartiers sensibles : les dessous d’une territorialisation Françoise Moncomble, Université de Paris 12
Les jeunes et les incertitudes du rassemblement. De la surexposition à la perspective publique Jérôme Boissonade, Université du Littoral, Institut des Mers du Nord – IPRAUS
L’urbaniste est-il en mesure de créer les conditions spatiales de l’urbanité ? Denis Martouzet, Centre d’études supérieures d’aménagement, École Polytechnique de l’Université de Tours
Camper au XXIe siècle, ou le paradoxe du mouvement arrêté France Poulain, Architecte, Laboratoire Théories des mutations urbaines, UMR CNRS Architecture, Usage, Société

TROISIÈME PARTIE // ÊTRE SOCIAL ET INDIVIDU HYPER-POSTMODERNE
Jeunes et imaginaire en région éloignée Pierre-W. Boudreault, Mario Côté, Université du Québec à Chicoutimi
La ville à cinq ans. Représentations mentales des enfants et politiques urbaines pour l’âge préscolaire à Gênes Fabio Poggi, IUAV, Venezia, Université Paris 12
Usages de l’espace urbain comme révélateurs de formes de reconnaissance chez des jeunes danseurs de hip-hop Hélène Brunaux, LISE /CNAM-CNRS UMR 6209
L’équipement sportif public innovant comme vecteur de (re)création identitaire du lien social Guillaume Penel, CRIS Lyon I,laboratoire RELACS, Université du Littoral

CONCLUSION // DE L’UNIVERSEL AU PARTICULIER
De l’Universel au Particulier Michel Maffesoli, professeur à la Sorbonne

© Tous droits réservés aux Presses de l'Université Laval

Par France Poulain
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