Pour commencer

 









Architecte et Urbaniste de
l'Etat
Docteur en aménagement,
en urbanisme et en études
urbaines
Chercheure

Mes publications

Ouvrages

· Ma cabane en Normandie, CRéCET, 2002  avec Fabienne Cosset (disponible sur la fnac)

· Le guide du camping-caravaning sur parcelles privées, Cheminements, 2005 (disponible sur le site de cheminements) 

· L'Esprit du camping, Cheminements, 2005  avec Elisabeth Poulain

 

Ouvrages collectifs

· « Camper au XXIe siècle, ou le paradoxe du mouvement arrêté » in Boudreault, P-W, Jeffrey, D.,  Identités en errance. Multi-identité, territoire impermanent et être social Coll. Sociologie au coin de la rue, Presses de l'Université Laval, 222 p., 2007.

· « Le camping-caravaning sur parcelles privées, étude des effets réels d’une réduction des droits d’usage attachés au droit de propriété ». Participation à la IVème Conférence Internationale « Droit de propriété, Economie et Environnement, thème 2002 : le littoral », organisée par le Centre d’Analyse Economique, le Groupe d’Etudes Droits de propriété et Environnement et l’International Center for Research on Environmental Issues, Université d’Aix-Marseille. 2002, juin

 

Télés & radios

· France Inter, Emission « Cha Cha Tchatche », 9 août 2007, Interview par Olivia GESBERT et Maja NESK

· TF1 : 13 heures, vendredi 10 mars 2007. 

· RFI, Emission Grand Reportage "Le camping pour la vie", 31 novembre 2006. 

· France 3, Emission "Le 19/20, Revue d'actu" intitulée "Etes-vous camping?", Ile de France-Centre, Interview par G.FAURE. 30.06.2006 

· France 5 : Phénomania : Camping : les recettes d'un succès , Interview par S.EDELSON, 31.12.2006 

· France Inter, Emission "C'est déjà le Matin" intitulée "L'habitat nomade", Interview par N.STOUFFLET, 15.03.2006 

· Radio France, Emission "Planète Mer" intitulée "Les Bidons-Plages", par N.FONTREL, 29.05.2005    

 

Publications 

· Maîtriser le camping sur parcelles privées, Le Moniteur, p.386, 11.11.2005 

· Un enjeu touristique oublié - La desserte et la mobilité en banlieue, Cahier Espaces, Tourisme et Loisirs, n°226, mai 2005, pp.52-55 

· La caravane invisible - L'irrésistible évolution des paysages littoraux par le camping-caravaning sur parcelles privées, Lettre de liaison de l'Observatoire du Littoral, IFEN, printemps 2005, 5p.

· Plein air et Camping - Deux notions qui ont évolué au fil du XXè siècle, Cahier Espaces "L'hébergement de plein air", février 2005, pp.29-34 

· Habitat de plein air, habitat mutable - De l'appropriation des habitats de plein air hors des campings, Cahier Espaces "L'hébergement de plein air", février 2005, pp.94-99 

· Tous campeurs, Cahier Espaces "L'hébergement de plein air", février 2005, pp.94-99 
· 
Ces campeurs qui ne décampent pas, Territoires, n°447, cahier  1, avril 2004, p.6. 

· La tolérance de l’habitat illégal sur le littoral, Etudes Foncières, n°108, mars-avril 2004, pp.13-16. avec marie benzaglou 

· Dessine-moi le camping, Le Caravanier, camping-caravaning, mars-avril 2004, n°264, pp.88-89 

· Quand le tourisme urbain gagne la métropole, Adapter les transports urbains aux nouvelles consommations, Cahiers ESPACES, n°78 « tourisme urbain », pp.110-115, juillet 2003. 

· Les inondations des espaces de loisirs dans la Somme, Etudes Foncières n°96, mars-avril 2002, pp.12-14 avec anne douvin 

· La valorisation symbolique du camping-caravaning sur parcelles privées in La valorisation des territoires, Labyrinthe, hiver 2001, pp. 38-48 

· Le camping, alternative à la résidence secondaire – propriétaire de son habitat, locataire de son terrain, Cahier ESPACES, n°69 « l’hébergement locatif », juin 2001, pp.106-112 

· Le coût de la résorption du camping illégal sur parcelles privées, Etudes Foncières n°88, automne 2000, pp. 41-45. 

· Immobile home, Urbanisme, n° 315, nov-déc 2000 pp.40-42    

 

 

Conférences 

· "Entre loisir et précarité, les deux visages du camping-caravaning sur parcelles privées", in colloque international "Anthropologie des abris de loisirs", université de Nanterre, nov. 2006 

· "Les 10 idées reçues de la précarité dans les terrains de camping", in Journée Nationale de Lutte contre l'habitat Indigne, Le Mans, nov. 2006 

· « Camper au 21ème siècle ou le paradoxe du mouvement arrêté » in atelier CR1 « Identités et territoires », AISLF, Association Internationale des Sociologues de Langue Française, atelier de F.Moncomble. (7 juillet 2004) 

· « Les territoires périurbains de loisirs, L’émergence de poches monofonctionnelles de loisirs à proximité des métropoles » Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement de la Sarthe, Le Mans, 2003, nov. 

· « Identification et territorialisation : le cas du camping-caravaning sur parcelles privées », UMR AUS 7136, Paris, 2003, nov. 

· "L’habitat léger de loisirs, entre préfabrication et cabanisation », Société Française d’Ethnologie, Paris, 2002, déc. 

·     « Le rôle de médiation de la DDE 50 dans la lutte contre le camping sauvage » table-ronde in « Le développement durable dans les pratiques professionnelles quotidiennes des agents de la DDE 49 », Angers, 2001, nov.                

· « La ville et la méditerranée » sous la direction de C.Vallat. Paris 2000, déc.  

 

 

Citations dans des articles 

· LOZANO, M.,  « Un loisir limité par la protection de l'environnement », Ouest-France, 4 août 2007 

· ROHOU, A., "Camping forcé pour 15000 franciliens", Le Monde pour MatinPLUS, n°11, mardi 20 février 2007, p.4 

· MERLO, A-M; "Accampento Parigi", Il Manifesto, 19.07.2006 

· DUCA, L., "Camping alternatif : de la tente à l'habitat léger de loisirs", Architecture à vivre, juillet 2006 

· PICARD, D., "La vie non rêvée dans les campings", Et les autres?, Fondation Abbé Pierre pour le logement des défavorisés, n°52, juillet 2006 

· CURTET-POULNER, I., "Les nouveaux bidonvilles", ParisObs, in Le Nouvel Obs, juin 2006. 

· BALLU, Th., "Quand la caravane a détrôné la tente", Ouest-France, 23 mai 2006. 

· LEBAS, M., "La cabane, un rêve de voyage immobile", Le Figaro, 22 mai 2006 

· GABRIELLI, A., "Le camping est un miroir passionnant de l'évolution de la société", p°9, Interview pour VDL Magazine, n°69, mars 2006. 

· De PREVOISIN, A., "Les campings travaillent trop sur leurs acquis", Interview pour Décisions, février 2006. 

· De THARLE, J-G., "L'esprit du camping : Tout un roman", Interview pour l'Officiel des Terrains, n°252, pp.42-46, février 2006 

· GILET, B., "L'esprit du camping de France et Elisabeth Poulain", La Nouvelle République, 22.12.2005 

· POTET, F., "Les caravanes de la misères", Le Monde, 22.12.2005 

· "Tout savoir sur le camping-caravning sur parcelles privées", Décisions, décembre 2005, p.28 

· TAYLOR, N., "Un guide du camping au champ", Le Parisien, 27.07.2005 

· LEWINO, F., "Avec mobil apparent", Le Point, n°1710, 23.06.2005 

· "Une nouvelle réglementation pour le caravaning", La Presse de la Manche, 28.03.2004

· "Caravaning : les nouvelles règles du jeu expliquées aux propriétaires", Ouest-France, 25.03.2004 

· JEANJEAN, B., "Habitats de loisirs : les idées fusent - Succès du concours d’architecture lancé en Sarthe", Ouest-France, 1.12.2003 

· MORTIER, B., L’habitat léger de loisirs déclenche une foule de concepts et d’idées, Le Maine-Libre, 29.11.2003. 

· GIL, M., Tourisme d’affaires, le tout balnéaire, Voyages d’Affaires, n°79, juin 2003, pp.80-85 (p.80) 

· De THARLE, J-G., France Poulain, Le Caravanier Camping-Caravaning, n°256, 07.03.2003

· SERVEAU, E., Tout sur le camping, La vie du Collectionneur, n°425, Interview, 30.08.2003

· GOURIN, D., D’abord l’auvent, puis le muret, Ouest-France, Interview, 22.08.2002 

· Caravanes sauvages sur le littoral, une réglementation en projet, Ouest-France, article paru suite à la réunion publique organisée dans le cadre de l’opération de résorption de la commune de Surtainville, Manche, 30.07.2001 

· Parution d’articles dans l’ARCA international et dans Echos Archi Nantes, déc. 1996 

"Camping" précaire

Dimanche 31 décembre 2006

Article de Frédéric Potet pour le Monde. Un partenariat de haut niveau. 20.12.2005. (texte intégral)

C'était il y a trois semaines, Pascal emménageait dans ses nouveaux murs. "Murs" est un bien grand mot pour cette petite caravane perdue au fond du camping municipal de La Ferté-Alais (Essonne). Une cloison s'affaisse, l'autre laisse l'air froid s'engouffrer dans une fenêtre cassée. "J'ose pas ronfler la nuit car j'ai peur que tout me tombe sur la gueule !", s'esclaffe "Barbe-Rousse", le locataire des lieux. SDF depuis "trois ou quatre ans", Pascal squatte habituellement un abri de pêcheurs, juste derrière le magasin Champion. Fin novembre, après les premières victimes de l'hiver, les services municipaux lui ont demandé de s'installer au camping. A la faveur du plan "grand froid", Pascal a donc transporté une partie de son barda dans cette caravane délabrée qui n'est même pas reliée à l'électricité. L'ancien manœuvre s'éclaire à la bougie. "Ça va être pratique pour la Noël !" Et se chauffe avec un poêle à pétrole prêté par des voisins sympas qui l'approvisionnent aussi en carburant.

Les voisins ? Ce n'est pas ce qui manque, ici. Une quarantaine de personnes vivent à l'année sur ce terrain de camping, idéalement situé à dix minutes de marche d'une station de RER. Salariés aux revenus modestes, allocataires de minima sociaux, divorcés, retraités, ménages en attente de logement... La plupart de ces campeurs sédentarisés le sont devenus par défaut, au gré des circonstances de la vie, ou parce que leurs revenus ne leur permettent pas de faire autrement. Le coût d'un emplacement est ici de 300 euros en moyenne par mois.

Il y a un an, ils étaient dix de plus : des mauvais payeurs, contre lesquels la municipalité a engagé une procédure après avoir repris en main la direction du site. Certains ont été expulsés, d'autres relogés. "Le précédent gérant était assez accommodant. Les gens qui n'avaient pas les moyens de payer leur loyer faisaient en échange des petits travaux d'entretien, comme ramasser les feuilles ou élaguer les arbres", se souvient Joe Sacco, qui vit lui-même à l'intérieur d'un bus à impériale. Cet ex-journaliste d'entreprise, originaire de l'île de Malte, est aujourd'hui à la tête de l'association Habitants de logements éphémères ou mobiles (Halem). Son but est de faire reconnaître la résidence mobile permanente comme toute autre résidence et de donner un statut à ses adeptes, qu'il s'agisse d'"économiquement faibles" ou de "transfuges du béton".

Combien sont-ils exactement en France à vivre en caravane ou mobile home ? Difficile de le savoir. Les gérants de camping se gardent bien de les comptabiliser, du fait qu'ils n'ont théoriquement pas le droit d'héberger qui que ce soit à l'année. Quant à ceux qui s'installent sur des parcelles privées, ils échappent le plus souvent aux statistiques. D'après l'urbaniste France Poulain, chercheuse au CNRS et auteur de L'Esprit du camping (Ed. Cheminements), entre "70 000 et 120 000" personnes habiteraient en caravane ou en mobile home. Pour elle, aucun doute : la recrudescence de la précarité et la crise de l'immobilier poussent chaque année davantage de travailleurs pauvres vers ce mode de vie, dernier recours avant la rue.

"On s'installe rarement dans une caravane de façon délibérée, explique-t-elle. Il faut qu'il y ait une rupture. Cette rupture est souvent professionnelle, comme une perte d'emploi, mais elle peut être aussi familiale : un divorce, un décès... Les gens se retrouvent alors sans rien, ils ont perdu leur logement et n'ont pas d'autre solution que d'aller au camping, en pensant que cela sera provisoire." Selon elle, "deux types de trajectoires résidentielles" se croisent dans les campings : "D'un côté, les trajectoires ascendantes des SDF qui parviennent à s'acheter une toile de tente. De l'autre, les trajectoires descendantes de petits salariés qui arrivent là parce qu'ils n'ont pas le choix. C'est le cas, par exemple, de plus en plus de jeunes ménages avec enfants qui attendent d'obtenir un logement social. Ou d'hommes ou de femmes qui acceptent un emploi à plusieurs centaines de kilomètres de leur conjoint et n'ont pas les moyens de payer deux logements."

L'idée de séjourner à demeure en camping s'impose rarement comme une évidence. Elle s'installe plutôt progressivement, au fil des mois et des années qui passent. Les urbanistes appellent cela le phénomène de "cabanisation". Un jour, un auvent est tendu devant la caravane. Renforcé par des cartons ou des planches, il peut doubler voire tripler la superficie habitable. Un autre jour, c'est une terrasse en béton qui est coulée. Clôturée de rondins ou de thuyas, elle améliorera elle aussi l'ordinaire. Un sas d'entrée, un robinet extérieur, un abri de jardin sont, plus tard, installés... Jusqu'à la pose de double vitrage aux fenêtres, symbole d'une sédentarisation assumée. Un beau matin, ce qui ne devait être qu'une habitation alternative est devenu, sans crier gare, un domicile définitif. Un "chez soi" presque douillet.

Comme celui d'Alain et Annie, à Tourmignies (Nord), à une vingtaine de kilomètres au sud de Lille. Comme d'autres, eux aussi pensaient ne rester "que quelques mois" en caravane. Alain venait de divorcer. Comme il se retrouvait dépossédé de sa maison, la vie au camping s'est imposée. Annie l'a rejoint. Vingt ans plus tard, ils y sont encore. "Malgré toutes nos démarches, on n'a jamais réussi à trouver un logement, racontent-ils. A chaque fois qu'on faisait une demande, on était bien obligés de dire qu'on vivait au camping. Automatiquement, les portes se refermaient devant nous."

Ce couple de quinquagénaires fait partie des derniers résidants permanents du site, ou du moins ce qu'il en reste. Ce parc de 18 hectares a été racheté, il y a un an, par la Communauté de communes du pays de Pévèle (CCPP) pour 1,6 million d'euros. L'idée de son président, le maire (UMP) de Templeuve, Luc Monnet, est de le transformer en un "complexe touristique et de loisirs", avec ferme pédagogique, chevaux, plan de baignade, jeux d'enfants, guinguette, chalets de location, cabanes dans les arbres... Le maire de Tourmignies, Alain Duchesne (UDF), s'oppose au projet, dont la première phase consiste évidemment à vider le terrain de ses occupants.

La plupart ont déjà levé le camp, en tout cas ceux qui venaient passer là les vacances et les week-ends des gens modestes, souvent originaires du Nord-Pas-de-Calais. Des indemnités de 200 et 700 euros leur ont été proposées pour déplacer leurs caravanes et leurs mobile homes. Reste le plus délicat : obtenir le départ des quinze familles "résidantes", que tout le monde avait un peu oubliées...

Une cellule sociale a été mise en place. Elle s'est donné six mois, avant l'arrivée des bulldozers, pour reloger tout ce beau (et pauvre) monde. Alain, employé communal sur le village voisin d'Attiches, et Annie, dame de cantine à Tourmignies, ont accepté un appartement de 24 m2, mais seulement pour y entasser leurs meubles et leurs appareils électroménagers. Pas question d'y dormir : "Si on y met un lit, on ne peut pas y mettre de table. C'est trop petit." Leur caravane n'est pourtant pas plus grande, mais grâce à un auvent sous lequel a été installé un petit salon avec télévision, table en formica et cage à oiseaux, la superficie totale est de "47 à 48 m2". Ils y ont vécu heureux avec leur fils Cédric, aujourd'hui boulanger. Depuis le rachat du terrain, "ce n'est plus pareil", se désolent-ils. Des amoncellements de détritus s'entassent ici et là, les blocs sanitaires sont sales ou fermés, le système de drainage n'est plus opérationnel, ce qui provoque des inondations sous les auvents. Et des "rats gros comme des chats", selon Alain, errent dans les allées désertées. Même les nains de jardin affichent des mines défraîchies. Plusieurs vols ont également été constatés ces derniers mois, au grand dam du couple de gérants, qui a prévu de partir le 31 décembre. La CCPP a beau avoir engagé un gardien et promis de nettoyer le terrain, les derniers occupants ont l'impression d'être livrés à leur propre sort.

Après vingt ans de caravane, Alain et Annie rêvent aujourd'hui d'"une petite maison" à eux. Ils aimeraient aussi régulariser leur situation. Le 9 décembre, Alain est allé à la gendarmerie pour faire tamponner son "carnet de circulation", comme il le fait tous les trois mois. A l'instar des gens du voyage et des SDF de longue date, l'homme ne possède pas d'autre papier d'identité. Son absence d'adresse fixe le prive également du droit de vote. "Et de carnets de chèques", précise-t-il. Autant de raisons qui le poussent à partir. A rentrer dans le rang.

Mais tous ne sont pas comme lui. La vie de bohème a aussi ses bons côtés. Et ses partisans. "Certains s'y complaisent. La frontière entre ce qui est de l'ordre du subi et du choisi n'est pas évidente, indique Joe Sacco, à La Ferté-Alais, dans le fatras de son bus londonien. La vie en caravane procure un sentiment unique de liberté. Il y a certes des inconvénients, comme la question du confort. Mais chacun s'y fait. Quand on aime son chien, on aime aussi ses puces." Pour France Poulain, "le mythe du camping" fonctionne à fond quel que soit le contexte. "Il y a toujours un petit air de vacances quand on campe, souligne-t-elle. Proposez à quelqu'un qui habite une caravane d'aller vivre dans un HLM : vous pouvez être sûr qu'il refusera. Et cela est d'autant plus vrai après les émeutes qui ont enflammé les banlieues."

Croisé sur sa moto dans le parc de Tourmignies, Xavier, 36 ans, ne dit pas le contraire. "Ici, on est au grand air et bien mieux que dans un studio où l'on ne peut pas dormir à cause du bruit. C'est un privilège d'être en pleine nature, prêche cet ancien magasinier, actuellement en reconversion. En camping, il se crée également un contact entre les gens qu'on ne trouve pas en ville, de la convivialité, de l'entraide... Je ne dis pas que c'est le paradis. En ce moment, je dois prendre ma douche dans les sanitaires à l'autre bout du terrain et je fais pipi dehors. Mais on n'est pas à plaindre. On a l'eau et l'électricité, alors que tant de gens dorment sous les ponts." L'amour de la verdure n'est évidemment pas la seule raison qui conduit jusqu'au camping. Après plusieurs années de vie en mobile home, Xavier le reconnaît : "C'est vraiment pas facile de se loger quand on touche un salaire de misère. Vivre au camping, c'est un choix obligé."

Obligé, mais interdit. La loi n'autorise pas à élire domicile sur des terrains dits de "loisirs" ou de "tourisme". Sauf que personne n'y trouve à redire. Préfectures et collectivités locales préfèrent fermer les yeux. Elles n'ont pas de solutions de relogement à proposer à ces résidants souvent défavorisés. Ironie du sort, certains sont même parfois "placés" en camping par les collectivités ou "par des Ddass", comme le note France Poulain : "Face à la pénurie de logements sociaux et aux problèmes d'insalubrité des hôtels meublés, le camping peut apparaître comme une solution acceptable dans des situations de logement d'urgence."

Le manque de concertation des autorités sur le sujet ne fait pas, en tout cas, que des malheureux. De nombreux propriétaires de camping sont ravis d'accueillir des "clients" en dehors de la période estivale. Certains n'hésitent pas à transformer leur offre pour la rendre plus "résidentielle" et moins "touristique". "On voit des gérants diviser leurs terrains en quatre, observe France Poulain. Le premier quart est destiné aux campeurs à l'année possédant leur propre caravane, le deuxième quart accueille des mobile homes mis en location et le troisième quart des chalets également en location. Seul le dernier quart est réservé aux parcelles libres, pour les touristes."

Retour à Tourmignies, tout au fond du camping où vivent Daniel, 57 ans, un ancien conducteur de camions, et son épouse, Marie-Paule. Un premier licenciement économique, il y a dix ans, l'a conduit ici : "On a été obligés de vendre la maison." Un deuxième licenciement, en 2002, l'y a enraciné. Surnommé "Pétrole" parce que sa caravane est toujours bien chauffée, l'homme est aujourd'hui en préretraite et touche une pension d'invalidité en raison de deux opérations au dos. La perspective d'être relogé en appartement ne l'enchante guère. Ces derniers temps, Daniel pensait installer sa caravane dans les Hautes-Alpes, où vit son fils, plombier chauffagiste, mais celui-ci, "trop pris par son travail", n'a pas pu venir les chercher. L'errance devrait se poursuivre non loin de Tourmignies, dans un camping d'une commune des environs où il a trouvé une place. Seul problème : le terrain n'est pas ouvert l'hiver. Alors ? "Alors on verra bien."

 


 

 

Le casse-tête du statut "camping"

Vivre au camping parce qu'on est pauvre, ou pour toute autre raison, ne procure aucun droit. Tout au contraire. Les caisses d'allocations familiales (CAF) refusent, par exemple, d'accorder des aides au logement aux usagers du caravaning à l'année. Pure question administrative : pour bénéficier de ce type d'allocation, il faut non seulement être locataire de son logement mais aussi que celui-ci soit immobile — et même "immobilisé". Ce qui n'est évidemment pas le cas de la grande majorité des caravanes et des mobile homes.

 Comme le déplore Joe Sacco, président de l'association Habitants de logements éphémères ou mobiles (Halem), "payer 200 à 300 euros de loyer dans un camping revient donc plus cher que de payer la même somme pour une habitation en dur, étant donné qu'on n'a pas droit aux allocations logement".

 Oter les roues et la barre de traction de sa résidence mobile est une solution assez tentante. Dans certains cas, les CAF octroient des aides à des familles dont les caravanes ou les mobile homes sont devenus "fixes". Mais un autre problème se pose : si une caravane ou un mobile home perd ses moyens de mobilité, ils deviennent automatiquement une "habitation légère de loisir" (HLL), de type chalet, ce qui les place dans une autre réglementation. Les HLL sont en effet soumises à des "quotas" — elles ne peuvent pas être plus de 35 par terrain de loisirs (ou 20 % des emplacements maximum). Une telle "transformation" ne peut pas se faire, en tout cas, à l'insu du propriétaire du site.

 Ce n'est pas le seul casse-tête. Parce que l'administration ne reconnaît pas toujours leur domiciliation, certains locataires, notamment les plus démunis, préfèrent donner une deuxième adresse — chez des parents ou des amis — pour être sûr de continuer à toucher le RMI, par exemple. Voire pour chercher du travail.

 Leur situation n'est en fait avantageuse que sur le plan fiscal puisque la clientèle des campings n'est pas soumise aux impôts locaux. Mais cette faveur est menacée par la future taxe d'habitation sur les résidences mobiles, actuellement débattue au Parlement. Destiné aux gens du voyage, ce nouvel impôt — initialement fixé à 75 euros par m2 dans un amendement du député Jérôme Chartier (UMP) — pourrait également concerner les résidants permanents des campings, à l'exception de ceux qui ne sont pas assujettis à l'impôt sur le revenu.

 Habiter dans une caravane ou dans un mobile home suppose, enfin, d'accepter un certain nombre de règles, variables d'un site à l'autre car soumises à l'arbitraire de gérants de camping qui font la pluie et le beau temps chez eux. Ils ont toute latitude pour mettre à la porte les mauvais payeurs, voire ceux qui n'entretiennent pas leur parcelle avec suffisamment de soin. Certains propriétaires flirtent également avec ce qui est autorisé, et ne s'en cachent pas. A Villers-Saint-Paul (Oise), tout près de Creil, Claude Bichut explique qu'il demande des "feuilles de paye" aux nouveaux arrivants, alors qu'aucun bail n'est établi. "A ceux qui sont en CDD ou en intérim, on fait comprendre qu'ils n'arriveront pas à payer", poursuit-il.

 Classé quatre étoiles, son parc résidentiel de loisirs est "un petit village" propret où ne vivent que des gens à l'année, et dans des conditions plutôt confortables. Les mobile homes et les chalets sont loués entre 350 et 500 euros par mois. Ils ont le téléphone, l'Internet haut débit (ADSL), des doubles vitrages et même des poubelles pour le tri sélectif. "Contrairement à ce qu'on croit, le caravaning n'est pas un mode de vie réservé à une certaine classe sociale, indique M. Bichut. J'ai ici deux ingénieurs, des personnes qui travaillent à Roissy, d'autres qui sont en attente d'un appartement... Le divorce m'aide aussi beaucoup. Souvent, ce sont les femmes qui conservent la maison après un divorce. Je récupère alors les hommes pendant un an ou plus, le temps qu'ils trouvent une solution."

 Mais de "vrais" pauvres, non : pas ici. "On fait barrage, sinon c'est l'enfer", assume le maître des lieux.

Par France Poulain
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Dimanche 31 décembre 2006

La vie non rêvée dans les campings. un article écrit par D.Picard de la fondation Abbé Pierre. un article de fond sur un sujet dont on parle peu. (texte intégral).


C’est la rentrée. Pourtant une partie de la population va camper toute l’année faute de logement. Un dossier de la Fondation Abbé Pierre.
Jean s’est installé il y a 2 ans à “La Sablière”, le camping municipal de La Ferté-Alais. Vivre en caravane lui revient à 320 euros/mois, sans compter le chauffage. « J’étais vraiment forcé de venir ici. J’étais endetté et je venais de divorcer. J’ai dû quitter mon logement. A l’époque, j’étais cariste en intérim et si je pouvais gagner jusqu’à 1200 euros mensuels, il y avait aussi des mois où je vivais avec 600 euros d’Assedic. Comment voulez-vous vous loger ? Ici, je vis dans 18m2, mais j’ai un toit en hiver et je peux manger à ma faim. » Au fil des mois, Jean a isolé sa caravane et construit un cabanon sur sa parcelle pour mettre un congélateur et ranger ses outils. Il s’est résigné à ce mode de vie dont il connaît les limites. « Il ne faut surtout pas dire que l’on vit sur un camping quand on est en intérim. On n’est pas pris au sérieux. On nous prend pour des “Romanos”. Je sais qu’il y a des personnes ici qui ont eu du mal à faire refaire leur carte d’identité à cause de leur adresse. » Au mois de mai dernier, Jean a été embauché en CDI au supermarché de la commune voisine. « Je ne fais que 30 heures par mois et vu le coût de la vie, il va falloir que je vende ma voiture. Je ne sais pas combien de temps je vais rester ici. »

Célibataire, sans enfant, difficile d’obtenir un HLM. A “La Sablière”, ils sont une trentaine installés à l’année. C’est ici que s’est constituée en 2004 l’Association des Habitants de Logements Ephémères ou Mobiles (Halém). « Nous voulons que la caravane soit reconnue comme un domicile à part entière. Sinon, nous finirons tous dans des bidonvilles. On doit accepter cette forme d’habitat qui évite à certains d’entre nous d’être à la rue » note amèrement Patrice Cerné, secrétaire de l’association. En quelques années, les résidants à l’année sont devenus indésirables sur les campings privés et publics. « La logique du camping est d’abord commerciale et les places à l’année ne sont pas rentables, d’ailleurs de moins en moins de campings ouvrent 12 mois par an. C’est très lourd et beaucoup de gérants ont peur pour leur image. Quand ils acceptent des résidants en situation précaire, ils les regroupent sur une partie du camping » note France Poulain, chercheure associée au CNRS.

Le camping n’a pas une vocation sociale.A La Ferté-Alais, la mairie a repris la gestion du camping deux étoiles il y a 3 ans, avec la ferme intention de développer le tourisme vert sur la commune. « Pour cela, elle a d’abord expulsé une dizaine de personnes qui étaient en difficulté de paiement. C’est à ce moment-là que nous avons décidé de réagir et créé l’association. Puis le règlement intérieur du camping a été changé et durci. Depuis 2004, on demande à tous les arrivants une caution de 500 euros, des fiches de paye et une adresse extérieure pour bien souligner le fait que vivre à l’année sur le camping est interdit » souligne Patrice Cerné. Il n’y a pas si longtemps, de telles mesures étaient inimaginables.

La solidarité s’organise. Rentabiliser les campings en ouvrant uniquement les portes des terrains aux touristes d’avril à octobre, telle est la tendance. Tous les campings obéissent à la même logique économique et répondent de moins en moins aux sollicitations des services sociaux qui y orientaient fréquemment des personnes en difficulté. Les quelques adresses qui dérogent à la règle sont débordées. « Je suis effaré. Au mois de mai, j’avais déjà refusé cinquante personnes que le conseil général de l’Essonne et les communes voisines voulaient me confier pour l’hiver prochain. Et ce ne sont pas des chômeurs, ce sont des gens qui travaillent et qui arrivent ici avec des dettes, des impayés de loyer » affirme Jean-Louis Camus, gérant du camping d’Itteville, commune mitoyenne de la Ferté-Alais. "Je suis gérant depuis 1993 et je veux arrêter. Le problème c’est que la mairie veut reprendre l’activité, mais pas les cas sociaux. » Sur son camping une étoile, Jean-Louis réserve 32 parcelles aux personnes en situation précaire. « Les 180 autres sont pour les touristes. » Le plan d’eau du camping attire assez de monde en été et avec l’activité d’hivernage des caravanes, Jean-Louis n’a pas de problème de trésorerie. "Les gens en difficulté me payent quand ils peuvent. Je leur dis qu’ils sont chez eux, mais je veux qu’ils entretiennent. » Jean-Louis fait chaque jour le tour de ses clients "pas comme les autres". En échange, l’un retape une caravane, l’autre embellit sa parcelle. Hors saison, une petite communauté solidaire se crée et s’enracine. « Pour se loger à Itteville, c’est impossible. Il n’y a pas de logements sociaux et dans le privé, il faut compter au moins 450 euros/mois, sans les charges. J’ai une employée municipale sur le terrain. Elle et son mari attendent un logement depuis 4 ans. » Michel est divorcé, il est arrivé sur le camping le 1er janvier dernier. Licencié, il a vécu avec sa mère dans une cabane en bois, sans eau ni électricité. « Avec mon chômage, j’arrive à payer la caravane et la pension alimentaire de ma fille. A 51 ans, je ne sais pas si je retrouverai du travail ni combien de temps je vais rester là. »

La vie en sursis. Un petit coin salon, deux chambres exiguës, l’une avec un lit superposé et l’autre avec un matelas au sol, un cabinet-toilettes. Le tout dans 24 m2 que Soraya et son mari partagent avec leurs 2 enfants sur le camping du Val d’Aran, à quelques km de Sanary-sur-Mer. En quatre ans, c’est le 5e mobilehome de la famille. A chaque fois, l’espace habitable a été réduit. « Nous payons 350 euros par mois, eau et chauffage compris. On touche le RMI, c’est juste et il faut tenir le mois avec 100 euros. C’est surtout l’essence qui fait mal. On compte 10 euros/jour pour emmener les enfants à l’école. » Les enfants de 6 ans et 9 ans sont scolarisés sur la commune depuis l’arrivée de la famille sur le camping. Il y a 3 ans, les parents ont fait 6 demandes de logement social sur tout le secteur. « Dès qu’on dit qu’on est sur le camping, les portes se ferment. Comme on a un hébergement, on n’est pas prioritaire. » Pourtant, loger sur un camping à l’année est illégal. « Cette forme d’habitat est un habitat de loisir, avec des surfaces habitables inférieures à la loi qui sont compensées par les infrastructures collectives extérieures (sanitaires...). Le problème c’est que de plus en plus de personnes restent à l’année dans les campings, faute d’autre solution. Jusqu’ici les résidants restaient en moyenne quatre ans sur un camping, mais avec la crise du logement, il faut s’attendre à ce que cette durée s’allonge » note France Poulain, « Il y a un phénomène nouveau : de plus en plus de familles modestes s’installent sur les campings dans l’attente de trouver un logement accessible. Les gérants de camping privilégient les familles qui ont un salaire et du coup, les plus précaires sont obligés de partir. “Ces "nouveaux exclus” des campings finissent sur des terrains plus éloignés des villes et moins confortables. Parfois même dans des bidonvilles... Retour au Val d’Aran, sur ce camping de 6 hectares qui battait son plein dans les années 80 et affichait 3 étoiles. A l’époque, le gérant, Louis Dossetto, proposait 460 emplacements à ses clients. Propriétaires et locataires se partageaient bungalows et caravanes ; quelque 70 parcelles étaient louées à l’année. « Nous avions des employés, des retraités mais aussi quelques familles en difficulté que les services sociaux nous envoyaient » confirme le gérant. Aujourd’hui, le camping est déclassé et la mairie de Sanary-sur-Mer a obtenu sa fermeture définitive en octobre dernier. Depuis 9 mois, une quarantaine de familles, dont celle de Soraya, vivent illégalement sur place en attendant d’être relogées. Ou expulsées.

Facile d’y entrer. Pas d’en sortir. Un emplacement sans attendre, pas de caution à déposer ou de garant à présenter. De plus en plus de personnes en difficulté de logement trouvent refuge sur les campings "en attendant mieux". Envers du décor, les sanitaires collectifs sont glacés en hiver, la douche est minutée et payante. Quant au chauffage au pétrole, il est contraignant et cher. Jeunes en contrats précaires, adultes en rupture familiale ou au chômage, ils n’ont pas eu d’autre choix.Ma fille a honte. Alexia a fui la cité strasbourgeoise où elle habitait pour venir au Val d’Aran sur le camping il y a 13 ans. Aujourd’hui, seule avec 2 enfants, elle vit dans un bungalow qu’elle a prolongé d’un auvent pour gagner quelques mètres carrés. « Ma fille de 16 ans en a vraiment marre de cette vie, elle n’invite jamais d’amis chez nous, elle a honte. On nous prend pour des gitans. Je paye ici 380 euros/mois, il me reste tout juste de quoi nous nourrir. Si je trouvais un logement social, je toucherais l’APL (Aide Personnalisée au Logement) et on vivrait bien mieux. J’ai fait 6 demandes dans les communes environnantes. Il n’y a rien pour nous. Je vis dans l’angoisse car je ne sais pas ce qu’on va devenir. » Comme Soraya, Alexia est suivie par une assistante sociale du Collectif Habitat Varois (CHV), l’association toulonnaise qui travaille depuis 2004 avec les familles les plus en difficulté du camping. Grâce à l’implication de la Fondation via son Agence régionale PACA, une Maitrise d’Oeuvre Urbaine et Sociale (MOUS) a été mise en place en 2005 avec le CHV pour aider au relogement de tous les résidants, avec l’aide de l’Etat et des collectivités locales. Aujourd’hui, seule une dizaine d’entre eux sont relogés. Pour éviter l’expulsion, certaines familles ont tenté de quitter le camping. Elles sont revenues, les loyers du parc privé dans cette région touristique étant inabordables.Déconnectées du réel.« Au bout de plusieurs années ici, la réalité leur échappe, la vie en milieu urbain les angoisse. Sur le camping, elles vivent en communauté... Nous essayons de trouver des solutions au cas par cas. Mais plus la famille est en difficulté, plus c’est dur » note Florence Rousseau, directrice du CHV.

« Je ne peux pas être assistante sociale »Fabienne et son compagnon sont propriétaires d’un camping une étoile de 8 000 m2 à quelques km de La Roche-sur-Yon. Sur le terrain, 11 chalets en location et 25 emplacements pour des caravanes. Pour elle, accueillir des résidants à l’année en situation précaire relève du défi. « Nous avons fait l’expérience pendant deux ans. C’est très lourd, car il faut être très présent et jouer le rôle d’une assistante sociale, or nous ne sommes pas formés pour ce travail, et pourtant j’ai été infirmière... C’est difficile de mener de front une activité économique et une activité sociale. Notre trésorerie tient le coup grâce aux mois d’été pendant lesquels nous pratiquons des tarifs plus élevés. »

S’improviser assistant social.En basse saison, un chalet avec une chambre se loue 380 euros/mois, le même se loue 270 euros la semaine en été. « C’est comme cela que nous arrivons à nous en sortir. Les tarifs en hiver nous permettent de couvrir les frais de fonctionnement. Rester ouvert toute l’année, c’est loin d’être évident... » Plus on s’approche de la côte Atlantique, plus les campings sont vastes et de qualité mais l’hiver, ils ferment leurs portes. Seuls 3 campings autour de La Roche-sur-Yon sont ouverts toute l’année. « Quand vous savez que pour une demande HLM sur La Roche, il y a au moins 2 ans d’attente, on comprend pourquoi certaines personnes qui travaillent et ont un revenu modeste restent plusieurs années chez nous... Beaucoup de résidants ont un salaire et travaillent en ville. Nous n’avons aucun problème de remplissage en hiver. »

Des cas sociaux très lourds.Etudiants, ouvriers, stagiaires, couples en attente de fin de travaux dans leur futur domicile... le camping affiche complet en toute saison. « J’ai eu des résidants qui étaient vraiment en difficulté sociale, et quand il faut gérer à la fois les impayés et les problèmes de nuisance, cela n’est plus possible. J’ai le cas d’une jeune femme, arrivée en urgence sur le camping il y a 3 ans avec ses enfants, envoyée par les services sociaux, qui continue de me régler sa location 3 ans plus tard alors qu’elle n’est plus ici... » France Poulain a entendu ce genre de témoignage plus d’une fois. « Même si le camping reste souple comme l’hôtel et que l’on ne demande ni bail ni caution, l’image de marque du terrain ne doit pas être mise en jeu. » Aujourd’hui, les résidants à l’année ne doivent pas représenter de risque pour le gérant ou le propriétaire. Ou alors, il doit être minime. La situation est tendue sur bon nombre de terrains et le problème des résidants à l’année ne pourra pas être éternellement éludé ou caché. En 2005, quelque 35 000 mobilehomes se sont vendus en France. « C’est l’un des plus gros marchés de vente dans notre pays. De plus en plus de familles investissent dans ce mode d’habitat. Bien souvent, lorsque le couple divorce, l’un des conjoints se retrouve sur un terrain de camping. Il y a de plus en plus de situations spécifiques sur les campings et elles sont très peu connues et recensées. Cela va pourtant devenir un vrai problème, car beaucoup de gérants vont arriver à l’âge de la retraite et les terrains seront rachetés. Les futurs propriétaires appliqueront une politique commerciale. » Que deviendront alors tous les résidants qui ne sont ni des touristes ni des vacanciers ?

Le camping : combien ça coûte ?Moyenne nationale pour un camping une ou deux étoiles. Pour louer un mobilehome :• de 200 à 700 euros/semaine en location l’été (location terrain + habitat)• de 500 à 700 euros/mois hors saison d’été (location terrain + habitat)• de 300 à 700 euros pour la parcelle seule au mois. Et de 1000 à 2500 euros si l’on paye à l’année.Les personnes en situation précaire qui payent mensuellement ont donc une facture plus importante et sont pénalisées.Pour les caravanes :• de 1 000 à 2 500 euros/an pour une parcelle seule. Très peu de personnes louent à l’année. La plupart de celles qui le font sont en situation précaire.• louer l’emplacement et l’habitat revient moins cher : de 750 à 1900 euros/an pour une parcelle et une caravane.Dans l’un et l’autre cas, l’électricité est à la charge du locataire ; l’eau et l’assainissement sont compris dans le loyer... mais il faut rajouter les frais de raccordement lors de l’implantation de l’habitat, qui peuvent atteindre plus de 4 000 euros !

Dossier extrait du journal de la Fondation Abbé Pierre "Et les autres" n°52 - juillet 2006, avec son aimable autorisation.

 

Par France Poulain
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Jeudi 15 février 2007

Ce texte est issu d'une conférence présentée lors de la journée nationale de lutte contre l'habitat indigne, Le Mans, Nov. 2006

Lutter contre l'habitat précaire, c'est également lutter contre les idées reçues qui s'y attachent. Et elles sont nombreuses lorsqu'il en est question dans les terrains de camping. En effet, en quoi le camping peut-il être précaire ? Quel peut être le lien entre le tourisme, activité coûteuse et superflue, et la précarité ? Il est possible de répondre à toutes ces interrogations en analysant la manière dont la société les appréhende, y répond ou justement parfois les ignore.

Commençons tout d'abord avec ce qui guide notre action quotidienne : « Il faut [et/ou] on peut faire quelque chose ». Oui, et en premier lieu, il s'agit de dépasser l'assertion que « cela n'existe pas » puisqu'il s'agit de camping, premier mode d'hébergement en France pour les loisirs, qui n'inclut pas le séjour à l'année pour des personnes dont ce serait l'habitat principal. En second lieu, il est nécessaire d'en parler. L'invisibilité de ces dizaines de milliers de familles- créée, tolérée et pérennisée par la société toute entière – conduit à ce que ces faux campeurs n'apparaissent en terme statistiques et que les chiffres concernant le mal-logement soient minorés. Dès lors, ces personnes ont bien des difficultés à rejoindre le parc classique. Et ce ne sont pas les opérations de répression qui pourront les y aider réellement. Car si « c'est illégal [donc] il y a un coupable » est véridique si l'on considère que c'est la société toute entière qui en porte la responsabilité. Penser que ces personnes qui vivent dans des conditions précaires, en ne respectant certes pas les règles comprises dans le code de l'urbanisme, sont les seules responsables conduit à déresponsabiliser chacun d'entre nous de la part de tolérance qu'il génère par son comportement.

Car penser qu' « ils ont fait le choix du camping » fait partie des a priori consensuels portant sur la manière dont ces personnes sont arrivées dans un terrain de camping. Ils démontrent parfaitement que le phénomène est mal connu car des généralisations émergent alors que les catégories de résidants sont multiples. Ils existent des baroudeurs, proches des travellers britanniques, qui ne souhaitent pas habiter dans d'autres conditions, des retraités pour qui se pose la question de déterminer s'ils rentrent dans la catégorie des précaires et ce même s'ils habitent à l'année dans un camping, des jeunes étudiants, des familles avec enfants,... mais la généralité exposant que « ce sont tous des gens du voyage » est fausse. Dire alors que « c'est la conséquence de la crise du logement » ou que « C'est récent » correspond à une facilité puisque certains sont présents depuis plus de 25 ans, soit depuis l'entrée en crise de notre société contemporaine au début des années 1980. Alors si, certains ne restent que quelques mois pour avoir un boulot d'été en bord de mer, que d'autres demeurent seulement trois ou quatre mois le temps de trouver un logement dans le parc public mais plus souvent privé, ils sont de plus en plus à demeurer le temps d'un cycle résidentiel de location, soit environ 4 ans. Pour certains, « c'est une descente résidentielle » et pour d'autres c'est une remontée, comme pour tous ces anciens SDF venus de la rue qui trouvent dans la tente ou la caravane une extension de leur enveloppe corporelle qui leur a servi de toit pendant de nombreuses années. Pour ces derniers, l'habitat en camping est déjà une victoire, même si leur place, à terme, ne peut être dans un lieu dédié aux loisirs.

Si les catégories sont multiples, quelle résonance donner alors aux chiffres concernant la totalité? Certaines affirmations portent sur le nombre de personnes qui habitent à l'année dans les terrains de camping. Mais, comme cette pratique n'est pas autorisée, il n'existe pas non plus de case la recensant dans les statistiques officielles. Les estimations portent aujourd'hui sur un chiffre oscillant entre 70.000 et 120.000 personnes. Alors dire que « c'est un phénomène marginal dans l'habitat indigne » est exact mais il ne faut pas les oublier quand même. Quand à dire qu' « ils sont de plus en plus nombreux » serait en grande partie inexact. Les gérants n'ouvrent pas plus d'emplacements, car leur activité commerciale est liée au tourisme et ils ne peuvent changer l'image de leur camping sans prendre le risque de perdre leur clientèle de référence. Néanmoins, on assiste à un phénomène de « taquet » qui pousse les plus pauvres hors des terrains, remplacés par des familles disposant de plus de ressources. Et on les retrouvent alors sur parcelles privées dans une précarité et une invisibilité bien plus grandes encore.

Par France Poulain
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Vendredi 23 février 2007

MatinPLUS n°11 – mardi 20 février 2007 – Comprendre / Paris / Ile de France

Par Anne ROHOU. Le Monde pour MatinPLUS. Précarité. Faute de trouver de vrais logements, un nombre croissant d’habitants d’Ile de France s’installent à demeure, et en toute illégalité, dans des caravanes, autour de Paris. Les autorités ferment les yeux.  

 

Camping forcé pour 15000 franciliens  

Quelques 150000 Français vivraient à l’année au camping, après une perte de logement ou d’emploi, un divorce, un deuil, estime France Poulain, urbaniste au CNRS, auteur du Guide du camping-caravaning sur parcelles privées. « On voit de plus en plus de retraités ou de couples avec enfants, qui travaillent parfois en CDI, qui resteront là en moyenne quatre ans avant de trouver un logement traditionnel, note-t-elle. Les gérants de camping les acceptent plus facilement que les SDF, qui n’ont pas de bulletins de salaire. » Elle estime que 5 à 10% des parcelles sont ainsi occupées à l’année. 

En, Ile-de-France, 15000 personnes auraient adopté cet habitat, qui n’est répertorié ni par l’Insee, ni par le ministère du Tourisme. Les gérants des terrains se font discrets : louer un emplacement à l’année est illégal depuis un loi de 1972. Mais tout le monde ferme les yeux. A moins de gros problèmes d’insalubrité ou de sécurité, aucune expulsion n’a jusque là été ordonnée. « Changeons la loi ! », lance Joe Sacco, installé depuis deux ans dans un bus à impériale, au camping municipal de La Ferté-Alais (Essonne). Il y compte une quarantaine de voisins, seuls ou en couple, dans des caravanes ou des mobil-homes, louent environ 300 euros leur emplacement. Les campings voisins, à Itteville, Beaune, Ollainville, Courdimanche… hébergent plusieurs dizaines de personnes. A Cergy ‘Val d’Oise), 348 parcelles sont occupées à l’année sur un terrain dont le gérant est aujourd’hui parti. « J’ai voulu ouvrir un compte à La Poste. Quand je leur ai donné mon adresse au camping, ils m’ont dit : ‘’C’est même pas la peine qu’on vous donne un dossier’’… », raconte Joe Sacco, qui a fondé l’association Halem (Habitants de logements éphémères ou mobiles). Il abreuve les élus de courriers pour qu’ils autorisent les gérants de campings à louer 30% de leur surface à l’année, afin de permettre aux habitants d’y établir une adresse officielle ouvrant droit aux aides au logement. En vain jusqu’ici. 

Par France Poulain
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Vendredi 23 février 2007

Par France Poulain
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